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EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Espagne  
Retour aux urnes  
Les Espagnols sont à nouveau convoqués aux urnes le 10 novembre prochain, mais rien ne permet d’affirmer que ce scrutin  
permettra de sortir de l’impasse. Le paysage politique reste trop fragmenté pour produire des coalitions durables. La conduite à tenir  
face à l’indépendantisme catalan exacerbe les clivages et aide à justifier le manque de coopération. Pendant ce temps, la croissance  
a ralenti de façon un peu plus marquée qu’on ne le croyait jusqu’ici, tout en restant à un niveau, 2%, que beaucoup d’autres grands  
pays européens pourraient envier. La préparation et l’adoption d’un budget pour 2020 attendront la formation d’un nouveau  
gouvernement.  
L’impasse politique  
1- Croissance et inflation  
Nouvel échec collectif de la politique espagnole : bien qu’arrivé en  
tête des élections législatives anticipées du 28 avril, Pedro Sànchez  
n’est pas parvenu à former un gouvernement susceptible d’être  
investi par le Congrès des députés. Le leader socialiste a cherché à  
former un gouvernement minoritaire en s’appuyant sur son seul  
parti, mais son projet sest heurté à la volonté de Podémos  
d’intégrer le gouvernement au sein d’une véritable coalition. Il a  
finalement renoncé fin septembre à rechercher une nouvelle  
investiture, et laissé le Roi convoquer de nouvelles élections. Les  
citoyens seront donc de retour aux urnes le 10 novembre prochain  
pour la quatrième fois en quatre ans, afin d’élire leurs députés.  
Même s’ils peuvent, bien sûr, évoluer dans les prochaines semaines,  
les premiers sondages laissent toutefois penser que les électeurs  
n’ont pas l’intention de modifier profondément les choix exprimés il y  
a moins de six mois. Si ces tendances se confirment, le scrutin  
laisserait presque inchangés les rapports de force au sein de  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
.2  
Prévision  
3.0  
2
.9  
2.4  
2
2.0  
1
.7  
1
.6  
0.8  
19  
0
.7  
-
0.3  
16  
17  
18  
19  
20  
16  
17  
18  
20  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2
% (2,1% g.a.) ; la croissance de la consommation des ménages  
n’atteignant quant à elle plus que 0,8% g.a. Dans ce contexte, nous  
avons revu notre prévision pour 2020 autour de 1,5%. L’effet sur le  
marché du travail de ce ralentissement commence à se faire sentir,  
avec une hausse de l’emploi de seulement 0,3% t/t au T2, au plus  
bas depuis 2014. Le taux de chômage, qui vient de s’afficher en  
deçà des 14% pour la première fois depuis dix ans (13,9% au mois  
de juillet), reste à ce stade orienté à la baisse, mais de façon moins  
marquée.  
1
l’hémicycle par rapport à la situation actuelle . Cela imposerait alors  
aux états-majors des partis politiques de se résoudre à ajuster leurs  
positions pour sortir de l’impasse actuelle.  
Le ralentissement se précise  
L’image de l’économie espagnole dans le panorama européen n’a  
pas changé : comparée aux autres grandes économies de la zone,  
l’Espagne se porte plutôt bien. Elle bénéficie d’une croissance plus  
dynamique, assise sur des bases relativement larges et solides.  
Résiliente jusqu’ici, l’activité a toutefois donné ces dernières  
semaines des signes clairs que le ralentissement économique, déjà  
très perceptible au niveau européen depuis plusieurs trimestres,  
prend forme et s’amplifie également dans la péninsule. Dans le  
secteur manufacturier en particulier, l’indice PMI des directeurs  
d’achats s’est ainsi clairement installé dans la zone de contraction  
cet été. En outre, les statistiques pour la croissance de 2018 et  
début 2019 ont été assez nettement révisées. Elles font désormais  
état d’une croissance moins vive même si elle est plus équilibrée,  
avec une consommation privée bien moins robuste qu’initialement  
annoncé et un ralentissement du commerce extérieur moins marqué.  
Au final, la croissance du PIB pour 2018 est revue à la baisse à  
 Les finances publiques en pilote automatique  
Dans ce contexte, la conduite des finances publiques reste sur  
pilote automatique. Pas plus que pour 2019, la situation politique ne  
devrait rendre possibles la préparation et l’adoption d’un projet de  
budget pour 2020, du moins d’ici la fin de l’année. Restent, dès lors,  
deux grands facteurs susceptibles de peser sur l’évolution du solde  
budgétaire : le ralentissement économique un peu plus marqué que  
prévu, qui pèse en particulier sur les recettes fiscales, et la chute  
des taux d’intérêt souverains dans la zone euro, qui amène  
régulièrement les États à revoir à la baisse le coût moyen de la  
dette à l’émission (0,37% en Espagne pour la dette émise au  
premier semestre 2019) et la charge annuelle de la dette pour les  
finances publiques (2,4 points de PIB attendus en avril dernier).  
Qu’il atteigne ou pas la cible d’un déficit de 2% du PIB en 2019, le  
futur gouvernement aura besoin de soutien parlementaire s’il  
conserve l’ambition d’équilibrer les finances publiques à l’horizon  
2022.  
2,4% (-0,2 pp). Surtout, elle s’établit mi-2019 à peine au-dessus de  
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Selon les estimations de Politico Poll of Polls au 29 septembre 2019, le Parti  
Populaire renforcerait son résultat (21% des suffrages estimés contre 17% en avril)  
au détriment de Ciudadanos (12% contre 16%). Les scores du PSOE (29%), de  
Podémos (13% contre 14%), de Vox (9% contre 10%), et des nationalistes catalans  
ERC (4% contre 3%) et Junts (2%) notamment resteraient quasiment inchangés.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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