Emerging

PDF
e
15  
EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Malaisie  
Revirement budgétaire risqué  
Le gouvernement nouvellement élu de Mahatir Mohamed hérite d’un pays aux fondamentaux macroéconomiques solides en dépit  
er  
de sa vulnérabilité à l’environnement extérieur. Au 1 trimestre 2018, la croissance est restée robuste et les perspectives sont  
favorables. Néanmoins, certains risques augmentent. Les incertitudes qui entourent la politique fiscale pourraient peser sur les  
investissements publics et privés. Par ailleurs, la suppression de la taxe sur les biens et services et le gel des prix sur le diesel  
pourraient entraîner une hausse du déficit budgétaire dès l’exercice 2018. Le nouveau gouvernement devrait toutefois parvenir à  
mettre fin à la détérioration de l’environnement des affaires observée depuis cinq ans.  
1-Prévisions  
La croissance reste robuste  
2
016 2017 2018e 2019e  
En 2017, la croissance économique en Malaisie a fortement rebondi  
à 5,9% (contre 4,2% en 2016), soit un rythme supérieur à son  
potentiel estimé à 5,3% selon le FMI.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,2  
2,1  
5,9  
3,8  
5,4  
2,1  
5,2  
2,9  
-3,1 -3,0 -3,1 -3,4  
52,7 50,8 53,6 53,9  
2,4 3,0 3,3 3,1  
74,2 65,0 56,2 52,0  
Au premier trimestre 2018, l’activité est restée robuste (+5,5% en  
glissement annuel), bien qu’en légère décélération par rapport à  
l’année précédente. La croissance a été soutenue par le  
dynamisme de la consommation privée (+6,8% en g.a.), elle-même  
favorisée par le ralentissement de l’inflation (+1,8% en g.a. au  
T1 2018 contre 3,8% en 2017) et la bonne tenue du marché de  
l’emploi. Dans le même temps, la contribution des exportations  
nettes à la croissance a fortement augmenté conjointement à la  
baisse des importations. En revanche, les investissements ont  
diminué de 0,1% en g.a., reflet d’un effet de base défavorable et  
des incertitudes qui prévalaient à la veille des élections.  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDMYR (fin d'année)  
91  
5,6  
4,1  
99 108 113  
5,4  
4,3  
5,4  
4,0  
5,4  
3,9  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance robuste au T1-18 bien qu’en légère décélération  
PIB en g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage (pp)  
Les perspectives de croissance restent bien orientées, même si les  
mesures fiscales annoncées par le nouveau gouvernement, élu en  
mai, pourraient peser sur l’activité économique au cours des deux  
prochaines années. En effet, alors que les mesures prises en faveur  
d’une hausse des revenus disponibles des ménages devraient  
soutenir la consommation privée, les investissements pourraient  
être découragés par un environnement plus incertain.  
 PIB, g.a.  Consommation des ménages  Dépenses publiques  
Investissement Variation des stocks Exportations nettes  
Erreurs statistiques  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
er  
La suppression de la taxe sur les biens et services au 1 juin 2018  
(
mise en place en 2015) et la réinstauration de subventions sur les  
prix de l’essence devraient soutenir la consommation des ménages.  
Néanmoins, certaines zones d’ombres subsistent quant au  
rétablissement de l’ancienne taxe sur les services à l’automne. Par  
ailleurs, le gouvernement a d’ores et déjà prévu de renégocier, voire  
de supprimer, certains gros projets d’investissements publics pour  
contenir le risque de dérapage budgétaire induit par la baisse des  
recettes budgétaires et la hausse des dépenses sociales.  
L’incertitude sur l’exécution de certains travaux pourrait également  
peser sur les investissements étrangers.  
-
-
-
-
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source: CEIC  
La consolidation des finances publiques résulte d’une baisse des  
dépenses de 1,1 pp, à 19,4% du PIB, et en particulier des dépenses  
courantes. Le ratio des recettes budgétaires rapportées au PIB a  
diminué constamment pour être ramené à 16,3% en 2017, reflet de  
la forte baisse des recettes pétrolières qui n’a été que partiellement  
compensée par la hausse des prélèvements indirects.  
Risque de dérapage budgétaire  
En 2017, pour la huitième année consécutive, le déficit budgétaire a  
diminué pour atteindre 3% du PIB (alors qu’il s’établissait à 6,7% en  
2009). Par ailleurs, même si la dette publique reste relativement  
élevée, elle a baissé de 3,7 points de pourcentage (pp) à 50,8% du  
PIB depuis son point haut de 2015, reflet de la politique de rigueur  
adoptée par le précédent gouvernement.  
Cette consolidation pourrait toutefois être fragilisée par l’adoption de  
mesures fiscales en faveur des ménages par le nouveau  
gouvernement de Mahatir Mohamed.  
e
16  
EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
La suppression de la taxe sur les biens et services réduira la base  
fiscale. En 2017, cette taxe avait rapporté l’équivalent de 3,3% du  
PIB (20% des revenus). A titre de comparaison, les recettes issues  
de la taxe sur les services (supprimée au profit de la taxe sur les  
biens et services en 2015) ne s’élevaient en 2015 qu’à 1,6% de PIB.  
La suppression de la taxe sur les biens et services au 1er juin  
réduirait, selon les estimations du gouvernement, les recettes  
budgétaires de 1,4% du PIB en 2018 (en supposant qu’il  
réintroduise, comme il l’a annoncé, la taxe sur les services dès  
septembre 2018). La perte serait supérieure à 1,7% du PIB en 2019.  
3
%
- Finances publiques : consolidation depuis 2010  
du PIB  
Revenus  Dépenses  Solde budgétaire  
3
0
5
0
2
2
15  
1
0
5
0
5
Par ailleurs, le gouvernement a annoncé la réintroduction de  
subventions sur le prix de l’essence. Or, leur suppression en  
décembre 2014, par le gouvernement précédent, avait permis de  
réduire les dépenses de 1,8% du PIB. Néanmoins, à ce jour, le  
gouvernement n’a annoncé qu’un gel des prix d’une certaine  
catégorie de diesel, ce qui pourrait limiter le coût à 0,2% du PIB.  
-
-10  
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Source : CEIC  
Le gouvernement prévoit de compenser les pertes de revenus en  
réduisant fortement les dépenses d’infrastructure initiées par le  
gouvernement précédent. Néanmoins, à ce jour, le détail de cette  
mesure n’a pas encore été divulgué.  
Au T1 2018 le solde courant a atteint près de USD 15 mds (4,4% du  
PIB annualisé) sous l’impulsion d’une très forte hausse du surplus  
commercial (+2,9 pp à 8,7% du PIB). Par ailleurs, les premières  
statistiques du deuxième trimestre confirment le dynamisme des  
exportations.  
En 2018, la forte hausse des revenus du pétrole permettra de  
compenser en partie les baisses de revenus. Mais cela pourrait ne  
pas être suffisant pour contenir le déficit budgétaire sous le seuil  
des 3% du PIB, même si le nouveau gouvernement a annoncé qu’il  
respecterait la cible de 2,8% du PIB fixée par le gouvernement  
précédent. En outre, cela augmentera la dépendance aux recettes  
pétrolières.  
Ainsi, en dépit des sorties de capitaux, les réserves de change n’ont  
enregistré qu’un modeste recul et, à fin juin, le ringgit s’était  
déprécié de moins de 5% contre le dollar depuis le mois d’avril.  
Vers une amélioration de l’environnement des  
affaires ?  
Légères tensions sur la balance des paiements  
Pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1957, le  
parti au pouvoir, le Barisan Nasional, dirigé par Najib Razak, a  
perdu les élections au profit du parti de coalition, le Pakatan  
Harapan, dirigé par M. Mahatir. Ce dernier a par ailleurs obtenu la  
majorité à la chambre basse du parlement en remportant 113  
sièges sur 222.  
La Malaisie est très vulnérable à l’environnement extérieur en raison  
de son degré d’ouverture élevé (135,8% du PIB) et de l’importance  
des investisseurs étrangers sur les marchés d’actions et  
d’obligations. Ces derniers détenaient 28% des actions malaises fin  
mai 2018 et 27,1% de la dette obligataire du gouvernement fin 2017.  
Au T1 2018, les engagements de la Malaisie vis-à-vis de l’étranger  
s’élevaient à 128,7% du PIB. Le stock d’investissements de  
portefeuille détenus par les investisseurs étrangers, bien qu’en  
baisse de 11 points de pourcentage depuis 2013, à 49,2% du PIB,  
restait relativement élevé par rapport aux autres pays dAsie (26,6%  
du PIB en Indonésie, 36,5% du PIB en Thaïlande, 50,5% du PIB en  
Corée et 10,6% du PIB en Inde) et représentait plus de trois fois les  
réserves de change du pays.  
Cette victoire électorale a généré une certaine inquiétude sur le plan  
budgétaire mais elle pourrait permettre d’améliorer l’environnement  
des affaires qui s’est constamment dégradé depuis 2012, même s’il  
reste meilleur que dans les autres pays de l’ASEAN.  
Selon l’enquête Doing Business de la Banque mondiale, le pays  
e
e
était classé en 2017, 24 sur 189, alors qu’il atteignait la 8 place  
cinq ans plus tôt. En termes de gouvernance, toujours selon la  
Banque mondiale, la Malaisie a perdu 15 places en 2017 et se  
La Malaisie n’a pas été épargnée par le mouvement de défiance  
des investisseurs étrangers vis-à-vis des pays émergents d’Asie  
depuis le mois d’avril. En effet, même si le pays profite de  
l’augmentation des prix internationaux du pétrole, les investisseurs  
étrangers s’inquiètent des risques de dérapage budgétaire avec  
l’arrivée du nouveau gouvernement. Ainsi, entre avril et mai, la part  
de la dette détenue par les investisseurs étrangers a diminué de  
e
classe désormais à la 79 place sur 211 pays (la Corée étant  
classée 53 ). Les deux principaux points de faiblesse sont la liberté  
e
d’expression et la lutte contre la corruption. Sur ce dernier point,  
e
selon Transparency International, la Malaisie était classée 62 sur  
80 pays en 2017 soit huit places de moins qu’en 2012.  
1
L’arrivée au pouvoir de M. Mahatir pourrait inverser cette tendance  
car il a fait de la lutte contre la corruption l’un des éléments clés de  
sa campagne électorale.  
9
% et les rendements à dix ans ont augmenté de 30 points de base  
à 4,2%. Néanmoins, à ce jour les tensions sur le ringgit restent  
encore contenues par rapport aux autres pays car la hausse du  
surplus courant compense en partie les sorties de capitaux.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2054 articles et 566 vidéos