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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Equateur  
Situation délicate  
Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2017, Lenin Moreno entreprend une radicale transformation de l’économie du pays. L’objectif  
est d’augmenter le poids du secteur privé, assainir les finances publiques et augmenter l’attractivité du pays aux yeux des  
investisseurs étrangers. A très court terme cependant, l’économie doit faire face au ralentissement de la croissance et à une forte  
augmentation de la dette publique, observés depuis la chute des cours des matières premières en 2014. Les mesures proposées  
sont bienvenues, mais elles pourraient s’avérer insuffisantes pour permettre au gouvernement de renforcer durablement sa  
solvabilité.  
La fin de la révolution citoyenne  
1-Prévisions  
En mai 2017, Lenin Moreno a été élu à la présidence de l’Equateur,  
avec l’appui de son prédécesseur (Rafael Correa, au pouvoir depuis  
2016 2017e 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette du gov. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
-1,6  
3,0  
2,0  
1,8  
2007) et de leur parti (Alianza Pais). Dès son arrivée au pouvoir, le  
1,7  
0,4  
0,6  
1,6  
nouveau président a pris ses distances avec son parti et le  
-8,3 -5,3 -5.0 -3,7  
42,9 45,0 48,0 50,1  
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socialisme du 21 siècle ». Il a fait de la lutte contre la corruption  
«
une priorité de son mandat et multiplié les signes d’ouverture en  
direction du secteur privé.  
1,5 -0,2  
0,1 -0,1  
34,9 38,3 42,7 43,7  
Un référendum et une consultation populaire ont eu lieu début  
février, marquant la volonté de s’émanciper totalement de la  
politique menée par le précédent gouvernement. Les questions  
portaient sur trois sujets principaux : le rétablissement de la limite  
de deux mandats électifs (revenant sur la disposition prise par le  
précédent gouvernement en 2015, qui instaurait la « réélection sans  
limite »), l’interdiction de participer à la vie politique pour toute  
personne condamnée pour acte de corruption, la réforme du  
Conseil de participation citoyenne et de contrôle social (créé par le  
gouvernement Correa, et dirigé par de proches collaborateurs de  
l’ancien président).  
Réserves de change, mds USD  
4,3  
2,5  
1,3  
3,7  
1,9  
3,5  
2,0  
Réserves de change, en mois d'imports 2,7  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Rebond de croissance en 2017  
PIB en g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage (pp)  
PIB, g.a.  Consommation des ménages  Dépenses publiques  
Investissement  Exportations nettes  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
La victoire du « oui » à près des deux tiers des voix pour la grande  
majorité des questions posées renforce la légitimité du  
gouvernement, aussi bien concernant le renouvellement du  
personnel politique que l’application d’une politique économique  
plus libérale. De plus, la suppression de la « réélection sans limite »  
enlève à Rafael Correa toute possibilité de se présenter de nouveau  
aux élections présidentielles en 2021.  
-
-
Ralentissement de la croissance  
Depuis la chute des prix des matières premières en 2014, la  
croissance en Equateur a fortement ralenti : le PIB a progressé de  
-6  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
0,5% en moyenne entre 2015 et 2017, alors que la progression était  
Source : Banque centrale  
de 4,4% en moyenne entre 2005 et 2014. La croissance du PIB a  
atteint 3% en 2017, mais elle devrait de nouveau ralentir en 2018 et  
améliorer le climat des affaires, libérer le secteur privé, améliorer la  
compétitivité du pays et attirer les investisseurs étrangers. Les  
mesures devraient s’étaler jusqu’en 2021, à la fin du mandat.  
2019, et rester proche de 2%. D’une part, parce que les effets des  
soutiens à la croissance mis en place par le gouvernement se  
dissipent progressivement ; d’autre part, parce que la remontée des  
prix des matières premières ne suffira pas à compenser la faiblesse  
de la demande interne.  
Sur le plan budgétaire, la priorité est de réduire progressivement le  
déficit, pour le ramener à 2,5% du PIB en 2021. Celui-ci a fortement  
augmenté depuis 2013, sous l’effet conjugué des projets  
d’amélioration des infrastructures pétrolières, mis en place par le  
gouvernement précédent, et de la chute des prix des matières  
premières. Après moins de 1% du PIB en moyenne entre 2004 et  
Le gouvernement s’est appuyé sur les résultats du référendum pour  
proposer, début avril, un plan économique, articulé autour de quatre  
axes principaux : 1/ consolider les finances publiques, 2/ réformer le  
secteur public, 3/ maintenir la balance courante à l’équilibre, 4/  
2
013, le déficit a atteint plus de 5% du PIB entre 2014 et 2017.  
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Il devrait passer à 5,0% du PIB en 2018, contre 5,3% en 2017. Les  
mesures proposées visent surtout une augmentation des revenus,  
qui représentent actuellement moins de 20% du PIB (19,4% en  
3
- Service de la dette  
USD mds  
Intérêts  Amortissement  
2017) et une optimisation des dépenses (24,5% du PIB en 2017).  
Ces mesures ont été renforcées par les nouveaux engagements et  
la proposition de loi formulés par le nouveau ministre des Finances,  
nommé début mai. La création d’un fonds de stabilisation a  
également été annoncée.  
4
.0  
3.5  
3.0  
.5  
2.0  
2
La politique économique ne devrait cependant pas radicalement  
changer à court terme, compte tenu des difficultés de mise en  
œuvre fréquemment rencontrées dans le pays. En outre, le vote des  
mesures fiscales poussera le parti présidentiel de s’allier avec  
l’opposition, ce qui représentera une difficulté supplémentaire.  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
La politique économique reste contrainte par la dollarisation totale  
(
i.e. l’adoption du dollar comme monnaie légale exclusive) mise en  
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028  
place au cours de l’année 2000. La conversion en dollars de la  
monnaie en circulation, des dépôts, des crédits et des encours a  
contribué à la stabilisation des fondamentaux macroéconomiques  
du pays, suite à la crise économique, bancaire et politique qui a eu  
lieu en 1998-2000. Alors qu’il était de 91% en 2000, le taux  
d’inflation s’est stabilisé à des niveaux relativement bas (3,8% en  
moyenne entre 2007 et 2017, et 0,4% en 2017).  
Source : Ministère des Finances  
dépasser le seuil de 40% du PIB qui aurait contraint le  
gouvernement à demander l’approbation du parlement dans le cas  
d’une nouvelle émission de dette et, surtout, à mettre en place un  
plan d’assainissement budgétaire. Dès son arrivée au pouvoir, le  
gouvernement Moreno est revenu sur ces dispositions et s’est  
engagé à plus de transparence et de discipline budgétaire. La dette  
devrait encore augmenter en 2018 (estimée à 48% du PIB) puis se  
stabiliser autour de 50% du PIB en 2019-2020.  
Cela dit, le coût de la dollarisation totale est relativement élevé. Tout  
d’abord, la banque centrale abandonne les droits de seigneuriage  
jusqu’alors perçus sur l’émission de la monnaie nationale (ceux-ci  
sont transférés aux autorités monétaires du pays émetteur). Ensuite,  
les possibilités d’intervention de prêteur en dernier ressort sont  
conditionnées par l’existence de réserves de change excédentaires.  
Enfin, le pays dollarisé est privé d’une politique monétaire  
indépendante. La masse monétaire ne peut donc augmenter  
qu’avec des entrées nettes de devises qui peuvent provenir d’un  
excédent courant, des investissements directs étrangers ou encore  
d’émissions de dette.  
La situation actuelle est délicate pour l’Equateur. En attendant les  
fruits d’éventuelles réformes structurelles, les besoins de liquidité  
pourraient pousser le gouvernement à de nouvelles émissions de  
dette. Ses besoins de financement augmenteront à des niveaux  
dangereusement élevés au cours des deux prochaines années : en  
2
019 et 2020, le service de la dette représentera respectivement  
USD 1,4 md et USD 2,8 mds.  
Augmentation de la dette publique  
Dans le courant du mois de juin, le gouvernement a repris contact  
avec le FMI après que la communication a été interrompue pendant  
près de dix ans. Une reprise des relations avec les institutions  
internationales faciliterait l’obtention des financements nécessaires,  
mais imposera certainement une consolidation budgétaire plus  
rapide que ce qui a été annoncé.  
Depuis 2014, la seule possibilité pour l’Equateur d’augmenter sa  
masse monétaire a été l’émission de dette : le solde courant était  
légèrement déficitaire depuis 2015 (-0,3% du PIB en moyenne), en  
dépit de fortes restrictions à l’importation. Les investissements  
directs étrangers (IDE) atteignent, quant à eux, un niveau  
relativement bas, compte tenu notamment de l’importance du  
secteur public dans le pays. Les IDE ne représentaient que 0,6% du  
PIB en 2017.  
La dette publique est passée de 27% du PIB en 2014 à 45% en  
2
017, conséquence de la montée des déficits budgétaires, du  
ralentissement de la croissance du PIB et de la hausse de la charge  
d’intérêts. Le profil de la dette n’est pas favorable : le pays  
emprunte à des taux élevés (9% en moyenne) et les paiements  
d’intérêts ont doublé en quelques années. Ils représentaient 2,4%  
du PIB en 2017 (contre 1,2% en 2013).  
En 2016, le gouvernement avait modifié le mode de calcul de la  
dette, en excluant la partie due aux institutions publiques. Cette  
modification a permis d’alléger artificiellement la dette, et d’éviter de  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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