Emerging

Situation d’urgence

Nigeria  
Situation d’urgence  
Malgré un léger redressement depuis le mois de février, la faiblesse des cours du pétrole continue de pénaliser sérieusement l’activité économique,  
les comptes extérieurs et les finances publiques du Nigeria. L’économie a également pâti de la chute de la production pétrolière de ces derniers  
mois et pourrait s’être contractée au premier semestre 2016. Les autorités ont dû procéder à d’importants ajustements en réponse à la baisse des  
recettes pétrolières et à la détérioration des équilibres macroéconomiques. Le 20 juin, elles ont introduit un régime de change plus flexible, qui a  
entraîné une dévaluation immédiate de 30% du naira face au dollar. Les tensions politiques et sociales restent fortes, alimentées par la dégradation  
du revenu réel des ménages et les troubles dans la région du delta du Niger.  
La récession frappe à la porte  
1
- Synthèse des prévisions  
La croissance du PIB réel s’est effondrée, passant de 6,3% en 2014  
à 2,7% en 2015, et l’économie devrait basculer dans la récession  
cette année. De fait, le PIB réel a déjà reculé de 0,4% en g.a. au  
T1 2016, en raison des mauvaises performances des secteurs  
pétrolier et non pétrolier. Le PIB réel aura probablement enregistré  
une nouvelle contraction au deuxième trimestre 2016, la  
recrudescence récente de la violence dans le delta du Niger s’étant  
soldée par des dégâts importants causés aux infrastructures  
pétrolières et de sérieuses pertes de production. La production de  
brut a chuté d’environ 1,4 million de barils par jour (b/j) en mai 2016,  
contre 1,8 million de b/j en moyenne au T1 2016 et 1,9 million de b/j  
au T4 2015. La baisse de la production est venue aggraver la  
détérioration des recettes à l’exportation, qui n’ont cessé de reculer  
depuis 2014 dans le sillage de la chute des prix du pétrole. Le prix  
du baril de brut nigérian s’est légèrement redressé depuis février  
dernier, conformément aux tendances mondiales, mais il reste très  
bas, se maintenant à USD 42 par baril en avril 2016, contre une  
moyenne de USD 112 en 2011-2013. Pour l’ensemble de l’année  
2
014 2015f 2016f 2017f  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,3  
2,7  
9,0  
-0,5  
20,0  
-4,7  
15,0  
-3,3  
5,9  
2,5  
14,0  
-4,3  
17,1  
-2,7  
7,1  
8,0  
-2,1  
10,6  
0,2  
-4,0  
11,5  
-3,1  
4,7  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
4,3  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change NGN/USD (fin d'année)  
34,2  
3,8  
28,3  
4,0  
26,0  
3,9  
24,0  
3,5  
168  
198  
300  
330  
f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche économique Groupe  
2- Sous le choc  
PIB réel, g.a. en % (é.g.)  Brut Bonny Light, USD/baril (é.d.)  
8
180  
7
6
5
4
3
2
1
0
1
160  
140  
120  
100  
80  
2
016, nous prévoyons un repli du PIB réel de 0,5%, avant un début  
de redressement en 2017.  
La chute des recettes générées par les exportations pétrolières au  
cours des deux dernières années a, à la fois, durement frappé  
l’activité dans le secteur pétrolier (qui s’est contracté) et eu de  
nombreuses conséquences directes et indirectes sur le reste de  
l’économie. Tout d’abord, la baisse des recettes budgétaires liées  
au pétrole s’est soldée par une réduction des dépenses et des  
investissements publics, tandis que la diminution des recettes  
d’exportation a entraîné un repli des liquidités en devises dans  
l’économie, ce qui a également limité l’offre de crédit domestique.  
En outre, les mesures mises en œuvre par les autorités pour  
répondre à la détérioration des comptes extérieurs et aux pressions  
sur la monnaie (contrôles des changes, restrictions aux  
importations) ont accentué le durcissement des conditions  
monétaires locales et le ralentissement de l’activité économique.  
Par ailleurs, la confiance des entreprises a atteint des niveaux  
historiquement bas, à cause des incertitudes entourant la politique  
de change, le cadre réglementaire dans l’industrie pétrolière et, de  
manière générale, les conditions de sécurité dans le pays. Les  
incertitudes liées au régime de change ont également eu un  
important rôle dissuasif sur les entrées de capitaux étrangers au  
cours des derniers mois.  
60  
40  
20  
-
0
2
011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Sources : Office national des statistiques, Banque centrale du Nigeria  
disponible réel des ménages (l’IPC ressortait à 15% en g.a. en mai  
016, le taux le plus élevé depuis juillet 2012) et les mesures  
d’ajustement budgétaire ont lourdement pesé sur la demande  
2
interne.  
La dégradation générale du niveau de vie et la pénurie d’offres  
d’emplois dans le secteur formel vont continuer à nourrir l’agitation  
sociale. Une amélioration est peu probable à court terme dans le  
contexte actuel de faiblesse des prix du pétrole. Bien au contraire,  
les tensions sociales pourraient s’aggraver devant l’absence de  
mesures concrètes visant à régler les problèmes de sécurité et  
relever les défis sociaux. Le président Muhammadu Buhari devrait  
continuer de faire face à une situation très compliquée aussi  
longtemps que les prix du pétrole ne connaîtront pas de  
redressement durable.  
Tous ces facteurs conjugués ont pénalisé l’activité économique,  
avec des conséquences sur l’emploi, les recettes fiscales ainsi que  
sur le secteur financier. La hausse du chômage, la chute du revenu  
economic-research.bnpparibas.com  
Nigeria  
3ème trimestre 2016  
26  
Le nouveau régime de change n’est pas la panacée  
3
- Dévaluation  
Compte tenu de la chute de la production pétrolière, le solde de la  
balance courante va rester déficitaire en 2016, en dépit du  
redressement récent des cours du brut. La balance commerciale est  
déjà déficitaire, malgré le repli des importations, une situation en  
partie compensée par la résorption du déficit de la balance des  
services et des revenus.  
Réserves de change, USD millions (é.g.) Taux de change officiel  
NGN/USD (é.d)  
70000  
300  
50  
200  
60000  
50000  
40000  
30000  
20000  
2
Face à la détérioration notable de la balance courante et des  
entrées de capitaux, les autorités ont introduit des contrôles de  
change à la mi-2015. Ces mesures, ajoutées à la chute des recettes  
en devises et au resserrement de la politique monétaire, ont  
entraîné une pénurie de dollars dans l’économie et, dans le même  
laps de temps, le développement d’un marché parallèle (sur lequel  
le billet vert se négocie au-dessus de 350 nairas, contre 199 nairas  
au taux officiel qui a été maintenu entre février 2015 et le 19 juin  
1
50  
00  
1
10000  
0
50  
06  
07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
2
016).  
Sources : Banque centrale du Nigeria, Macrobond  
Malgré les contrôles des changes, la détérioration persistante de la  
balance des paiements, ajoutée à la nécessité de soutenir la parité  
fixe face au dollar, a conduit à l’épuisement des réserves de change  
de la banque centrale. En mai 2016, ces réserves se situaient à  
USD 26,6 mds, contre USD 47,7 mds trois ans plus tôt, et  
représentaient environ 4 mois d’importations.  
ministre des Finances a annoncé la mise à disposition d’un nouveau  
prêt à court terme pour les Etats en difficulté.  
Les hypothèses retenues pour le budget 2016 sont très optimistes  
(
par exemple, la production pétrolière est attendue à 2,2 millions de  
Le régime de change du Nigeria était devenu intenable. A compter  
du 20 juin, les autorités ont abandonné leur politique de taux de  
change différenciés, au profit d’un régime de change unique et plus  
flexible. Le taux de change est à présent fixé par les opérateurs  
primaires sur le marché interbancaire, la banque centrale restant  
habilitée à intervenir le cas échéant. Cette réforme a eu pour effet  
immédiat de provoquer un choc sur le change, le naira perdant, dès  
le 20 juin, 30% de sa valeur face au dollar. Le taux de change est  
resté stable depuis cette date, mais les pressions sur la monnaie ne  
sont pas près de se dissiper compte tenu de la dynamique négative  
de la balance des paiements et de l’écart persistant entre les  
marchés officiel et parallèle.  
barils/jour en moyenne contre 1,9 million en 2015 et les recettes  
non pétrolières devraient être quasiment multipliées par deux ; le  
budget est par ailleurs basé sur un baril à USD 38, un niveau qui  
semble réaliste dans l’environnement actuel). Le gouvernement  
envisage en outre de soutenir la demande intérieure en donnant la  
priorité aux investissements sur les dépenses courantes et en  
augmentant les prestations sociales. Dans l’ensemble, le déficit  
budgétaire consolidé devrait, selon nos prévisions, atteindre 4,7%  
du PIB en 2016 pour commencer à reculer en 2017, dans  
l’hypothèse d’un redressement des cours du brut.  
La dette des administrations publiques reste faible ; elle était  
estimée à 12% du PIB à la fin de 2015. Elle pourrait néanmoins  
augmenter et atteindre au moins 15% du PIB en 2016, sous l’effet  
conjugué du ralentissement de la croissance économique, du  
creusement des déficits budgétaires et de l’importante dépréciation  
du naira. La dynamique de la dette publique est jugée vulnérable  
aux chocs sur le solde primaire, les taux d’intérêt et le taux de  
change. Avant la dépréciation du naira en juin 2016, les versements  
d’intérêts étaient déjà censés augmenter de 35% dans le budget  
La dévaluation du naira devrait avoir un effet défavorable à court  
terme sur l’activité économique en raison de ses répercussions sur  
l’inflation (prévue à 20% en moyenne en 2016). En revanche,  
plusieurs secteurs pourraient bénéficier de l’allégement des  
restrictions de change  malgré le maintien par les autorités de  
légères restrictions sur une liste de 41 produits dont l’importation est  
interdite, pour encourager la production nationale.  
2
016. Moins d’un cinquième de la dette publique est libellé en  
Détérioration des finances publiques  
devises, mais la dévaluation de la monnaie cette année ne  
manquera pas d’alourdir le fardeau de la dette et du service de la  
dette.  
La dépréciation de la monnaie va engendrer une amélioration  
mécanique des comptes publics en augmentant les recettes  
pétrolières libellées en nairas. Ceci pourrait contribuer à compenser  
en partie la détérioration des finances publiques liée à  
l’effondrement de ces mêmes recettes pétrolières en dollars. Malgré  
les mesures d’ajustement budgétaire adoptées (baisses des  
dépenses publiques au niveau fédéral et au niveau des Etats),  
certaines collectivités locales ont été confrontées à des difficultés  
financières grandissantes au cours de l’année écoulée, amenant le  
gouvernement fédéral à intervenir à plusieurs occasions pour les  
aider à faire face à leur pénurie de liquidités. En juin dernier, le  
economic-research.bnpparibas.com  
Nigeria  
3ème trimestre 2016  
27  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2422 articles et 621 vidéos