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EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Brésil  
Sous les projecteurs  
Suite aux incendies en Amazonie, les projecteurs du monde entier ont été braqués sur le Brésil. Le président Jair Bolsonaro subit  
des pressions pour son manque d’engagement en matière de protection de l’environnement. La croissance économique peine  
toujours à se redresser. Les indicateurs de confiance restent mitigés et l’investissement demeure faible. Face à un environnement  
extérieur moins porteur et à un risque inflationniste contenu, la banque centrale a abaissé son taux directeur de 100 points de base  
depuis août. La réforme des retraites a été approuvée au premier tour au Sénat mais s’est trouvée édulcorée. Au cours de  
l’automne, d’importantes réformes devraient être déployées et les privatisations devraient s’accélérer.  
Un gouvernement dans la ligne de mire  
1- Prévisions  
Au cours des derniers mois, le président Jair Bolsonaro a attiré  
l’attention en raison de sa gestion des feux en Amazonie, son  
absence remarquée au Sommet pour le climat à l’ONU et ses vifs  
échanges avec le président français Emmanuel Macron. Par ailleurs,  
les dons allemands et norvégiens (de EUR 30 millions chacun) au  
Fonds pour l’Amazonie ont été suspendus, les deux bailleurs  
invoquant le manque de réelle volonté du gouvernement brésilien à  
combattre la déforestation.  
2
017  
2018 2019e 2020e  
PIB (croissance %)  
1,1  
1,1  
0,5  
2,0  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique brute (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
3,0  
3,7  
3,1  
3,5  
-7,8  
-7,1  
-6,7  
-6,8  
74  
77  
82  
82  
-0,5  
-0,8  
-1,1  
-1,7  
Dette externe (en % du PIB)  
27  
33  
35  
38  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDBRL (fin d'année)  
373  
374  
365  
360  
Ces joutes diplomatiques et ces sanctions financières laissent pour  
l’instant planer le doute quant à l’entérinement d’un accord de libre-  
échange entre l’Union européenne et le Mercosur, déjà contesté.  
Celui-ci imposerait en effet le respect de normes et de traités  
internationaux en matière de protection de l’environnement  
20  
18  
18  
18  
3,3  
3,9  
3,8  
3,4  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Dynamique des taux  
(
notamment le respect de l’accord de Paris). Les manquements du  
Brésil ont également suscité la réaction de grandes entreprises,  
sociétés de gestion d’actifs, fonds de pension et autres compagnies  
d’assurance. Un collectif de 230 investisseurs institutionnels  
totalisant USD 1 620 mds d’actifs sous gestion a notamment publié  
une déclaration exhortant les entreprises à s’assurer que leurs  
chaînes d’approvisionnement excluent toute activité contribuant à la  
déforestation en Amazonie. En réponse à ces pressions, le pays a  
lancé une campagne de communication pour améliorer l’image du  
Brésil à l’étranger. D’abord sur les réseaux sociaux, puis par  
l’entremise de plusieurs ministres mobilisés notamment aux Etats-  
Unis et en Europe. Leur mission a été de convaincre les entreprises  
et les investisseurs étrangers que la protection de la forêt tropicale,  
la lutte contre les activités illégales qui la menacent (agriculture,  
pâturage sauvages, abattage, départs de feu) ainsi que la réduction  
de la pauvreté dans la région passent par l’exploitation de ses  
richesses et son développement économique.  
▪▪▪ Taux d’intérêt nominal (SELIC, %)  
Taux d’intérêt réel (%)  Taux d’inflation (IPCA,%, g.a.)  
16  
%
Cibles  
annoncées  
de la BCB  
1
4
2
1
Borne  
supérieure  
10  
8
Inflation  
cible  
6
4
2
Borne  
inférieure  
0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
Sources : IBGE, BCB  
Une reprise toujours fragile  
meilleure tenue de l’activité dans les services (+0,8% m/m, cvs) et  
des ventes de détail en hausse (+1% m/m et 4,3% en g.a.). En  
cause, l’érosion de la production industrielle qui se poursuit. En  
glissement annuel, le repli est de -3.3% pour juillet-août avec un  
recul prononcé de la production de biens intermédiaires. Les  
perspectives de croissance dans le secteur industriel restent fragiles  
en raison du ralentissement mondial et de la récession en Argentine,  
Ainsi, les indicateurs de confiance dans l’industrie (indices FGV et  
CNI) ne marquent aucune amélioration en septembre. Par ailleurs,  
Petrobras a annoncé en septembre une augmentation du prix de  
l’essence de 3,5% et du gasoil de 4,2% qui pourrait peser sur la  
consommation des ménages voire attiser le mécontentement social  
(même si pour l’instant les chauffeurs routiers n’ont pas réagi).  
L’économie peine toujours à trouver des relais de croissance. Alors  
que l’on craignait une récession au 1 semestre, le PIB au T2 a  
er  
finalement surpris à la hausse progressant de 0,4% t/t. Sur un an, la  
progression est plus nette (+0,9%) en raison d’un effet de base  
important lié aux conséquences sur l’activité de la grève des  
chauffeurs routiers au T2 2018. En termes d’offre, la croissance a  
profité d’un rebond dans l’industrie (notamment dans le secteur  
manufacturier et la construction) avec une contribution de 0,14 point  
de pourcentage (pp) après deux trimestres de contribution négative.  
Les indicateurs disponibles au T3 laissent augurer une croissance  
relativement faible. L’indicateur avancé d’activité (IBC-BR) produit  
par la banque centrale s’est replié en juillet (-0,2%) malgré une  
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A court terme, les dépenses publiques ne devraient toujours pas  
constituer un relais de croissance. Le budget prévisionnel pour 2020  
prévoit en effet une contraction de l’investissement public d’environ  
BRL 7 mds par rapport à 2019. Le total des dépenses  
d’investissement prévues (BRL 19,4 mds, soit 0,3% du PIB)  
seraient les plus faibles depuis 10 ans. En revanche, la  
consommation privée et l’investissement résidentiel devraient  
bénéficier d’une mesure provisoire permettant le déblocage de  
fonds des comptes FGTS 1 (BRL 42 mds) au cours des deux  
prochaines années. Ces fonds pourront être utilisés comme  
collatéral pour l’octroi de crédits hypothécaires, ce qui devrait aussi  
soutenir le crédit immobilier qui stagne depuis la fin de la récession.  
3- Gouvernement central : évolution des dépenses (% PIB)  
▪▪▪ Dépenses obligatoires (é.d.)  Dépenses discrétionnaires (é.g.)  
6
5
4
3
17  
% PIB  
16  
1
1
1
1
1
1
5
4
3
2
1
0
%
PIB  
2019  
Comptes externes : ballotés mais sans risque majeur  
2
001  
2003  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Le déficit du compte courant se creuse mais reste modéré, à 1,8%  
du PIB sur 12 mois glissants en août contre -0,8% fin 2018. La  
faiblesse persistante des cours du sucre et du café (dont le Brésil  
Source : Trésor national  
d’actifs qui profitent surtout au marché boursier. Ainsi, la baisse des  
taux au cours des dernières années, conjuguée à la décote du  
souverain dans la classe speculative en 2015, a provoqué une  
chute des détentions de titres de dette souverains sur le marché  
local de la part des non-résidents (de 21% 2015 à 12% en 2019).  
Plus généralement, pour une partie des investisseurs internationaux,  
la réduction des taux brésiliens a également diminué l’attrait les  
opérations de portage (carry trade). Inversement, cette baisse a  
encouragé les entreprises brésiliennes à échanger leurs dettes  
libellées en devise en monnaie locale.  
er  
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est respectivement 1 et 2 exportateur mondial) pèsent sur les  
exportations en valeur. De plus, les exportations à destination de  
l’Argentine continuent de se tasser. Heureusement, dans le même  
temps, les exportations vers la Chine sont soutenues par les  
exportations de viande bovine (en hausse de 15% en g.a. sur la  
période janvier-août en raison notamment de l’épidémie de peste  
porcine qui affecte l’empire du milieu). Jusqu’à présent, le déficit  
courant reste largement couvert par les investissements directs nets  
(
2,8% du PIB sur 12 mois glissants) et, d’une manière générale, les  
flux de capitaux couvrent les besoins de financement externe. Les  
réserves de change ont continué d’augmenter sur les 8 premiers  
mois de l’année (USD 386 mds fin août contre 374 mds fin 2018)  
mais ont chuté en septembre à USD 376 mds suite aux  
interventions de la banque centrale sur le marché au comptant.  
Des avancées dans les réformes  
La proposition de réforme des retraites a été approuvée par le  
Sénat lors d’un vote au premier tour (un deuxième vote devrait avoir  
lieu d’ici la fin du mois). Les économies réalisées grâce à la réforme  
devraient in fine s’élever à environ BRL 800 mds sur 10 ans contre  
BRL 910 mds initialement prévu à la suite du vote à la Chambre des  
députés en août dernier. Cet automne, le gouvernement présentera  
son projet de réforme fiscale et déploiera son programme de  
privatisations et concessions. Il pourrait concerner un tiers des 130  
entreprises publiques. A noter que d’après une décision de la Cour  
suprême rendue en juin, les filiales (la moitié des entreprises)  
n’auront pas besoin de l’approbation du Congrès pour être vendues.  
De nouvelles mesures ont été également adoptées pour libéraliser  
l’économie et soutenir l’entreprenariat : i/ amélioration de l’accès au  
Cependant, la devise, qui s’était redressée contre le dollar entre mai  
et juillet, a fortement chuté en août (-9%) et reste, depuis,  
cantonnée au-delà du seuil de 4 BRLUSD. Malgré une balance de  
base largement excédentaire, cet accès de faiblesse du real  
rappelle sa sensibilité aux sorties nettes d’investissements de  
portefeuille (USD 5,1 mds en août sur 12 mois glissants), même si  
le Brésil n’est pas, de ce point de vue, le plus vulnérable au sein  
des pays émergents. Cette sensibilité se trouve actuellement  
accentuée par l’assouplissement de la politique monétaire.  
2
Taux bas : la nouvelle donne  
crédit pour les petites et micro entreprises , ii/ nouveau cadre  
réglementaire dans le secteur des télécommunications, iii/ réduction  
de barrières tarifaires sur 2 300 produits. Les autorités espèrent  
atteindre un niveau d’ouverture commerciale de 30% du PIB dans 4  
ans contre 22% actuellement.  
La banque centrale (BCB) a abaissé son taux directeur SELIC de  
0 points de base à deux reprises depuis le mois d’août pour le  
porter à 5,5 % contre 6,5% depuis mars 2018. L’inflation reste  
contenue en deçà de la cible de la BCB pour 2019 (2,9% en  
septembre vs 4,25%). D’après l’enquête mensuelle publiée par la  
banque centrale, le consensus de marché anticipe un taux SELIC à  
5
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,75% d’ici fin 2019 et une légère remontée à 5% fin 2020.  
Cet environnement de taux bas crée des dynamiques nouvelles sur  
les marchés. Les investisseurs au niveau local, accoutumés à des  
rendements obligataires élevés, procèdent à des réallocations  
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Le Fonds de garantie pour temps de service est une cotisation patronale  
Une nouvelle loi, votée en avril 2019 permet la création d’Empresas simples  
équivalente à environ 8% du salaire, protégeant entre autres choses contre le  
risque de chômage. L’argent est déposé sur un compte de la banque publique  
Caixa Federal.  
de credito (ESC), un type de société de microfinance permettant aux petites et  
micro entreprises un accès à des crédits à taux bas requérant moins de  
formalités administratives. Depuis avril, 350 ESC ont déjà été créées.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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