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EcoEmerging// 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Chili  
Stabilité politique  
Sebastian Piñera, du parti de centre droit, a remporté l’élection présidentielle de décembre dernier. En mars prochain, il succèdera à  
Michelle Bachelet, dont le mandat a été marqué par la mise en place de plusieurs réformes économiques et sociales, ainsi que par  
le ralentissement de la croissance et une légère dégradation des fondamentaux macroéconomiques. L’ambition du nouveau  
président est d’enrayer cette dégradation, en donnant la priorité au redressement des comptes publics et de l’investissement.  
Cependant, la faible représentation parlementaire de son parti et l’absence de coalition « naturelle » forcent le nouveau  
gouvernement à de nombreux compromis. Un changement radical de politique économique n’est pas attendu à court terme.  
Retour du centre droit au pouvoir  
1-Prévisions  
Depuis plus de dix ans, la présidence du Chili alterne entre les  
dirigeants des deux principaux partis du pays. Michelle Bachelet, du  
parti de centre gauche, a exercé la fonction entre 2006 et 2010, puis  
de 2014 à 2018. Sebastian Piñera, du parti de centre droit Chile  
Vamos, lui a succédé entre 2010 et 2014 et a remporté le second  
tour de l’élection présidentielle le 17 décembre dernier. Il prendra  
ses fonctions en mars prochain. Le retour au pouvoir du parti de  
centre droit s’inscrit dans un contexte de légère détérioration des  
fondamentaux macroéconomiques du pays.  
2016 2017e 2018e 2019e  
PIB réel, v ariation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
1,6  
1,7  
3,0  
2,5  
2,7  
2,3  
2,6  
3,0  
-2,8  
-2,6  
-2,3  
-2,0  
Dette publique, % du PIB  
21,2  
-1,4  
25,1  
-1,3  
28,1  
-1,6  
27,4  
-2,3  
Balance courante, % du PIB  
Dette ex terne, % du PIB  
66,3  
40,5  
64,8  
40,0  
64,9  
39,5  
65,2  
40,2  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDCLP (fin d'année)  
8,8  
7,9  
7,6  
7,8  
Après avoir progressé de près de 5% par an en moyenne entre  
2002 et 2013, la croissance du PIB a ralenti à moins de 2% en  
670  
625  
630  
635  
moyenne entre 2014 et 2016. Elle est attendue à 1,7% en 2017.  
Compte tenu de l’importance du secteur minier, le ralentissement de  
la croissance chinoise (premier consommateur mondial de cuivre) et  
des prix des matières premières expliquent en partie cette  
décélération. La demande interne a également marqué le pas :  
l’investissement a reculé, se contractant au T3 2017 (2,3% en g.a.)  
pour la cinquième fois consécutive. De plus, la récession au Brésil  
et en Argentine ont pesé sur les recettes du tourisme.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Léger rebond de la croissance  
PIB, g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage  
PIB, g.a. (%)  Investissement (pp)  Consommation (pp)  
Exportations nettes (pp)  
1
5
0
5
0
5
Par ailleurs, l’estimation de croissance potentielle a diminué, de  
4,8% en 2013 à 2,6% en 2017 (selon la commission budgétaire),  
1
reflétant la baisse de l’investissement et de la productivité, ainsi que  
le vieillissement de la population.  
La vulnérabilité externe reste faible  
La vulnérabilité externe a augmenté, mais reste faible. Le déficit de  
la balance courante devrait s’établir à 1,3% du PIB 2017, contre  
-
1,4% en 2016. Comme ce fut le cas lorsque le déficit s’est creusé  
en 2012 et 2013 (atteignant 4% du PIB), celui-ci reste entièrement  
couvert par les investissements directs étrangers. Parallèlement, le  
niveau de la dette externe a augmenté, atteignant 65% du PIB en  
-
10  
2
007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Source : Banque centrale du Chili  
2017, contre 40% en 2011. La dette est principalement privée et  
non financière, la dette externe du secteur public représentant  
moins de 5% du PIB. La hausse de l’endettement privé, si elle ne  
constitue pas un facteur de risque à court terme, doit cependant  
être surveillée. Plus de 55% de cette dette est libellée en devises,  
augmentant les risques en cas d’épisode d’aversion au risque, de  
forte volatilité sur les marchés financiers et de tensions sur le taux  
de change. Cela dit, les réserves de change représentent un  
confortable matelas de sécurité, auquel viennent s’ajouter les fonds  
souverains et les fonds de pension privés.  
Creusement du déficit budgétaire  
Les performances budgétaires se sont également légèrement  
dégradées ces dernières années. Le déficit était proche de 3% du  
PIB en 2016 et devrait le rester en 2017. Depuis 2001, la politique  
budgétaire du Chili est encadrée par une règle budgétaire de moyen  
terme, dont le but est de réduire la volatilité de la croissance grâce à  
des politiques contra-cycliques. L’estimation du solde budgétaire  
«
structurel » est établie en prenant en compte le taux de  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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croissance potentiel du PIB ainsi que le prix du cuivre sur une  
longue période (dix ans). Alors que l’application stricte de la règle a  
été très efficace pour accumuler des excédents fiscaux au cours de  
la période 2001-2014, la baisse du PIB potentiel et celle du prix du  
cuivre ont depuis logiquement mené à une hausse du déficit public  
et de la dette. En outre, la baisse des revenus a été plus importante  
qu’attendu, principalement à cause de la baisse des revenus liés au  
secteur minier.  
3
%
- Le déficit se creuse, la dette augmente  
du PIB  
Dette publique  Solde budgétaire  
3
0
%
du PIB  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
Cependant, les différentes réformes entreprises par Michelle  
Bachelet au cours de son second mandat (particulièrement celle de  
l’éducation et des dépenses « permanentes » qu’elle implique) n’ont  
que modérément pesé sur le déficit public, la hausse des dépenses  
d’éducation étant compensée par la hausse de l’impôt sur les  
sociétés (à 25%, contre 20% précédemment).  
-
-10  
2
007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
La dette publique a augmenté de 17 points de pourcentage au  
cours des sept dernières années. Elle devrait atteindre 25% du PIB  
en 2017 et 28% du PIB en 2018. Les paiements d’intérêts ont  
fortement augmenté, mais restent faibles, autour de 4% des  
revenus. Outre son bas niveau, la dette présente un profil  
favorable : la part en devises reste faible (18% en 2017) et la  
maturité longue. Enfin, l’épargne fiscale accumulée au cours des dix  
dernières années représente près de 20% du PIB.  
Source : ministère de l ’E conomie et des Finances  
justice sociale, de réduction des inégalités et d’accès à l’éducation  
restent importantes depuis les manifestations étudiantes de 2011  
au moment du premier mandat de Piñera). Comme il l’a annoncé  
entre les deux tours de l’élection présidentielle, le président élu ne  
souhaite d’ailleurs pas revenir sur la réforme de l’éducation  
entreprise par le gouvernement sortant.  
(
Les marges de manœuvre du prochain  
gouvernement seront limitées  
Avec une avance (inattendue) de neuf points sur son concurrent de  
la coalition de gauche, le président élu dispose d’un mandat  
potentiellement fort. A la tête du parti de centre droit Chile Vamos, il  
a annoncé qu’il orienterait sa politique autour de trois axes  
principaux. Tout d’abord, l’objectif de doubler le taux de croissance  
du PIB (1,7% en 2017) d’ici la fin de son mandat. Pour cela, il veut  
favoriser l’investissement et la production dans le secteur minier.  
Son ambition est de réduire la bureaucratie, d’assouplir la  
réglementation environnementale, et de ramener l’impôt sur les  
entreprises à 22%, soit la moyenne observée dans les pays de  
l’OCDE. Compte tenu de l’amélioration de l’environnement  
international et de la remontée des prix des matières premières, les  
perspectives de croissance sont déjà favorables pour 2018 et 2019.  
La croissance du PIB est attendue à un rythme supérieur à 2,5%  
par an.  
D’autre part, Chile Vamos n’a obtenu la majorité des sièges dans  
aucune des deux chambres du Congrès lors des élections  
parlementaires de novembre dernier. Pour la première fois, les  
élections législatives se sont déroulées dans le cadre de la nouvelle  
loi électorale, votée en 2015. Le scrutin n’est plus binomial, mais  
proportionnel à deux tours, ce qui permet une plus grande  
représentativité, mais aussi une plus grande fragmentation du  
Congrès. Et le parti présidentiel ne dispose pas d’allié « naturel »  
sur lequel s’appuyer. La politique économique et sociale dépendra  
donc de la capacité du gouvernement à former des coalitions, ce qui  
sera d’autant plus délicat que les partis de gauche disposent de la  
majorité dans les deux assemblées.  
Compte tenu de l’absence de majorité parlementaire, un  
changement radical de politique économique est donc peu probable.  
Le gouvernement devrait continuer d’augmenter les dépenses  
sociales dans les années à venir et les réformes récentes seront  
amendées plutôt que supprimées. Le nouveau gouvernement  
donnera probablement la priorité à l’amélioration de la croissance,  
porté par un environnement externe plus favorable.  
La deuxième priorité concerne le soutien à l’investissement. Les  
réformes proposées portent sur la simplification des taxes  
douanières, la promotion de l’innovation et l’amélioration des  
infrastructures. Enfin, la dernière ambition du président élu  
concerne le redressement des comptes publics. Il souhaite pour  
cela revenir sur une grande partie des mesures mises en place par  
l’actuel gouvernement. Les réformes du système des retraites et du  
marché du travail, ainsi que la réforme fiscale, sont particulièrement  
visées. Un des objectifs du président est de retrouver la confiance  
des investisseurs (les deux agences de notation Moody’s et Fitch  
ont dégradé la note souveraine du pays l’été dernier).  
Hélène Drouot  
helene.drouot@bnpparibas.com  
Cependant, les marges de manœuvre du prochain gouvernement  
risquent d’être limitées. D’une part, les mesures visées remportent  
toujours un fort soutien populaire. Les revendications en termes de  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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