Perspectives

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Editorial

Stupeur et tremblements

La décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne a pris le monde de court, à commencer par les partisans du Brexit. Le pays traverse une crise aigüe et semble vouloir se donner quelques mois pour élaborer un plan. S’ouvre ainsi un été d’incertitude, au cours duquel on s’intéressera plus que de coutume à la politique britannique. Il est à espérer qu’à la rentrée, le pays aura retrouvé suffisamment d’unité pour ouvrir les négociations avec l’UE. D’ici là, c’est à nouveau aux banques centrales que l’on demande d’assurer la stabilité…

En ce début du mois de juillet 2016, alors que nous devrions nous intéresser à la météo des plages et à celle des stades, la décision britannique de quitter l’Union européenne vient nous rappeler que le pire est toujours possible. David Cameron a perdu son pari : il n’aura pas réussi à convaincre ses concitoyens de renouveler leurs vœux d’adhésion à l’UE, malgré les nouvelles exceptions négociées avec les dirigeants européens. La crise qui s’ouvre au Royaume-Uni est aigüe. Le parti conservateur se cherche un nouveau leader sur fond de guerre fratricide entre eurosceptiques et europhiles. La position de Jeremy Corbyn à la tête des Travaillistes est fragilisée. Les fractures régionales, générationnelles, politiques et sociales sont immenses et le Royaume-Uni n’est jamais apparu aussi désuni.

Dans le reste de l’Europe, on redoute les gains que les partis populistes pourraient tirer du vote britannique. En Espagne, où l’on votait de nouveau après un scrutin de décembre qui n’avait pas permis de dégager de majorité parlementaire, le sursaut du vote conservateur rassure. Cela dit, les enjeux ne sont pas nationaux, mais bien européens. En prenant acte de la décision britannique, le Président du Conseil européen, Donald Tusk, finissait avec cette formule nietzschéenne : « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Il ne faut pas s’y tromper : l’Union européenne n’est pas plus forte sans le Royaume-Uni. Mais si la volonté politique est là, elle pourrait le devenir. Les chantiers sont connus (voir « Zone euro : Groggy, mais pas KO »), comme les difficultés qui leur sont attachées, mais l’espoir reste permis.

Les conséquences économiques de la sécession britannique apparaissent bien triviales face aux enjeux politiques. A court terme, elles seront sans doute limitées, pour le Royaume-Uni comme pour le reste de l’UE, aux effets des fluctuations sur les marchés financiers et de l’attentisme qui ne manquera pas d’être engendré par les incertitudes politiques. Cela pourrait conduire à une récession au Royaume-Uni et à un ralentissement dans la zone euro. A moyen terme, les conséquences sont potentiellement bien plus importantes, mais impossibles à chiffrer tant que ne sera pas dessinée une carte des nouvelles relations entre l’UE et les îles britanniques.

Une fois de plus, on se tourne vers les banques centrales.

L’évolution des taux d’intérêt illustre la confiance que leur portent les investisseurs. Si la livre sterling a perdu près de 12% en moins de deux semaines (en termes effectifs), l’appétit pour le Gilt n’a pas faibli, bien au contraire. Les emprunts de l’Etat britannique à 10 ans ont vu leur rendement reculer de plus de 30 points de base, recul qui s’est accentué après le discours de Mark Carney. Une semaine après le référendum, il assurait que la Banque d’Angleterre n’exclurait aucune action permettant de soutenir la croissance, tant

1- La chute

— GBP/USD ▬ EUR/GBP (échelle gauche inversée)

Source : Macrobond

que les projections d’inflation et leurs anticipations indiqueront un retour vers l’objectif. De la même façon, le recul généralisé des rendements obligataires en zone euro et aux Etats-Unis indique qu’on attend, de la BCE et de la Fed, un prolongement des politiques extra-accommodantes.

Il faut dire qu’avant même le vote britannique, on anticipait une extension du programme d’achat de la BCE et un surcroît de patience de la Fed. A Francfort, c’est la faiblesse de l’inflation qui préoccupe, et le vote britannique n’éclaircit pas l’horizon, entre appréciation de l’euro, et donc effets désinflationnistes, et un commerce extérieur forcément moins porteur. A Washington, c’est le marché du travail qui inquiète. Pendant de longs mois, il était une source de réconfort : son dynamisme semblait assurer un rebond de l’activité américaine, alors que les prix du pétrole se reprenaient et le dollar se stabilisait. Mais, les données pour le mois de mai ont montré un coup d’arrêt, éloignant d’autant la date anticipée de la prochaine hausse de taux, et le vote britannique ne vient que conforter nos prévisions d’un taux cible des fonds fédéraux finissant 2016 au niveau où il l’avait commencé.

Après un été dont le calme aura été assuré par les banques centrales, la rentrée politique britannique se fera sous le feu des projecteurs. Viendra ensuite le temps des réponses européennes avant que l’attention ne se tourne à nouveau vers les Etats-Unis et les élections présidentielles de novembre.

Alexandra Estiot alexandra.estiot@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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