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Temps de crise

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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Chili  
Temps de crise  
Les violentes manifestations qui se déroulent au Chili depuis le mois d’octobre dernier ont poussé le gouvernement à annoncer un  
ensemble de mesures destinées à lutter contre les inégalités et une nouvelle version de son projet de réforme du système de  
retraites. Surtout, le gouvernement a signé un accord avec les principaux partis d’opposition, afin d’élaborer une nouvelle  
constitution. Cela dit, les tensions politiques et sociales restent vives et pèseront sur la croissance. Les perspectives pour les deux  
années à venir sont largement revues à la baisse. En outre, le déficit et la dette publics augmenteront au cours des cinq prochaines  
années.  
Remise en question du modèle politique  
1-Prévisions  
Les violentes manifestations qui se déroulent au Chili depuis le mois  
d’octobre dépassent largement le cadre de l’opposition aux  
réformes proposées par le gouvernement de Sebastian Piñera  
2
018 2019e 2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,0  
1,0  
1,3  
2,0  
2,4  
2,3  
3,0  
3,0  
(
formé par une coalition de partis du centre droit, au pouvoir depuis  
-1,7  
-2,9  
-4,7  
-3,5  
mars 2018). Les mouvements de protestation se sont formés  
spontanément, regroupant un ensemble très vaste de  
revendications. Plusieurs sondages montrent que les manifestations  
traduisent principalement la frustration quant à la montée des  
inégalités, la volonté du gouvernement de réformer les systèmes de  
retraite et d’accès aux soins, ainsi que le manque de confiance  
dans les institutions. Dans un premier temps, la réaction très  
Dette publique, % du PIB  
25,7  
27.6  
-3,4  
30,1  
-2,7  
34,3  
-2,1  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
-3,1  
62,0  
39,9  
61,8  
36,9  
70,7  
32,3  
76,8  
34,1  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDCLP (fin d'année)  
7,6  
7,8  
6,5  
6,1  
696  
744  
770  
750  
répressive du gouvernement  
manifestations. Sebastian Piñera a ensuite annoncé plusieurs  
vagues de mesures économiques et sociales.  
a
renforcé l’ampleur des  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- L’indicateur mensuel d’activité a chuté  
Ainsi, un « programme social » a été proposé (pour un montant de  
USD 1 md en 2019, USD 1,4 md en 2020). Les principales mesures  
comprennent l’augmentation du salaire minimum et de la pension  
de retraite minimale, un accès facilité aux soins et la hausse des  
dépenses publiques dans différents domaines (soutien aux  
personnes âgées, aux étudiants, et dépenses de maintenance  
d’infrastructures). D’autres mesures ont suivi au mois de décembre  
PIB mensuel, sa, g.a., %  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
(
pour un montant de USD 5,5 mds), le gouvernement souhaitant  
limiter au maximum l’effet des manifestations sur l’activité  
économique en soutenant la consommation privée (notamment via  
des transferts aux familles les plus pauvres), et l’investissement  
-
-
-
(
mesures de soutien pour les petites et moyennes entreprises,  
restauration des infrastructures détériorées par les manifestations,  
notamment dans la capitale).  
20062007200820092010201120122013201420152016201720182019  
Les mesures budgétaires n’ayant pas suffi à dissiper les  
manifestations, les partis d’opposition ont proposé l’élaboration  
d’une nouvelle constitution, qui remplacerait l’existante (promulguée  
en 1980 au moment de la dictature de Pinochet). Fin novembre, un  
Source: banque centrale  
membres spécialement élus). En octobre, les membres chargés de  
rédiger la constitution seront élus. Enfin, après que ceux-ci auront  
proposé un nouveau texte (dans les 12 mois suivant leur élection),  
un dernier référendum sera organisé pour son adoption (ou non).  
«
accord pour la paix et la nouvelle constitution » a été signé entre  
le gouvernement et les principaux partis d’opposition.  
Par conséquent, au mois d’avril prochain, un référendum  
comportant deux questions sera organisé : la première déterminera  
si la constitution doit être remplacée et la seconde, le cas échéant,  
quel type d’assemblée aura en charge sa rédaction (une  
Bien que le projet de nouvelle constitution semble approuvé par une  
large partie de la population, la situation politique et sociale restera  
extrêmement tendue, d’autant plus que des élections municipales et  
régionales (en mars), puis présidentielles (en novembre) se  
tiendront en 2021.  
«
assemblée constituante » exclusivement composée de  
parlementaires déjà élus, ou une « commission mixte  
constitutionnelle » composée de parlementaires et de nouveau  
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3- Dépréciation limitée du peso  
Quelle réforme du système de retraites ?  
USDCLP  
Les manifestations ayant repris de la vigueur au début de l’année, le  
gouvernement a proposé mi-janvier une nouvelle version de sa  
réforme du système de retraites. D’après le communiqué de presse,  
il propose de porter le prélèvement de chaque salarié de 10% de  
son salaire mensuel (le taux actuel, nettement inférieur à la  
moyenne de 18% des pays de l’OCDE) à 16% (contre 15% dans la  
première version du projet de réforme). La différence de cotisation  
serait assumée par les entreprises, et ne modifierait pas les salaires  
nets. Les montants de cotisation supplémentaires seraient répartis  
entre des comptes individuels de capitalisation et un « fonds  
solidaire ». Dans les deux cas, la gestion sera prise en charge par  
un administrateur public afin de répondre aux critiques visant la  
gestion privée actuelle, jugée coûteuse et peu efficace. La réforme  
serait mise en œuvre progressivement, en augmentant le taux de  
cotisation par palier de 0,5% par an, afin de modérer la hausse du  
coût du travail.  
850  
800  
750  
700  
650  
600  
550  
500  
2016 2016 2017 2017 2018 2018 2019 2019 2020  
Source : banque centrale  
Parallèlement, le soutien apporté par la banque centrale, qui a  
abaissé son taux directeur de 175 points de base (à 1,75%) au total  
sur l’année 2019, devrait se poursuivre en 2020. Dans son dernier  
communiqué, celle-ci a indiqué que la politique monétaire resterait  
accommodante « si l’évolution de l’inflation le permettait ». Or, ses  
dernières projections prévoient une hausse de l’inflation, autour de  
Le gouvernement affirme que le montant des pensions de retraite  
ne pourra ainsi plus être inférieur à celui du salaire minimum pour  
tous les salariés ayant cotisé au moins 30 ans. Avant d’être adoptée,  
la proposition de réforme devra être présentée au parlement.  
Ralentissement de la croissance  
3
,5% en moyenne pour l’année 2020 (après 2,3% en 2019) – soit  
Après avoir progressé de 1,7% en g.a. au premier semestre, puis  
de 3,3% au troisième trimestre, la croissance du PIB marquera un  
coup d’arrêt au cours des prochains trimestres. L’indice d’activité  
mensuelle a déjà reculé de 3,4% en octobre et novembre (après  
avoir progressé de 2,3% en septembre). Les mesures de relance  
proposées par le gouvernement et le faible niveau des taux d’intérêt  
n’empêcheront pas le recul de la consommation des ménages et de  
l’investissement. L’indice de confiance des consommateurs  
continue de se détériorer, et les conditions sur le marché du travail  
ont commencé à se dégrader. Dans le même temps, la confiance  
des investisseurs continue de chuter. D’après une enquête menée  
par la banque centrale, plusieurs entreprises ont déclaré reporter  
les projets d’investissement prévus pour 2020. En revanche, les  
solides perspectives du secteur minier, pour le moment relativement  
épargné, devraient permettre de limiter la chute de l’investissement.  
Au total, la croissance du PIB devrait s’établir à 1% en 2019 et 1,3%  
en 2020, contre 4% en 2018.  
un taux supérieur à la cible de 3%. Mais le scénario paraît retenir  
des hypothèses trop pessimistes. L’inflation au mois de décembre  
est ainsi ressortie à 3% en g.a., soit un niveau inférieur à celui  
retenu par la banque centrale. La répercussion observée de la  
dépréciation du change est probablement moins élevée que celle  
retenue par la banque centrale, et compensée partiellement par les  
effets du ralentissement de l’activité.  
Les solides fondamentaux de l’économie ont permis de limiter la  
dépréciation du peso (plus de 8% depuis le début de la crise). Les  
communications de la banque centrale ont également rassuré les  
marchés : d’abord par le biais d’un communiqué (début novembre),  
dans lequel la banque centrale a précisé qu’elle avait les moyens  
(
variété d’outils et niveau des réserves de change) de contenir les  
risques de liquidité et de volatilité. Ensuite, début décembre, la  
banque centrale a annoncé un programme de stérilisation des  
changes, de début décembre 2019 à fin mai 2020. Alors qu’il avait  
atteint 828 pesos (CLP) par USD à la fin du mois de novembre, le  
taux de change est revenu autour de 770 depuis le début du mois  
de janvier (769 le 21 janvier). Dans ce contexte, nous envisageons  
encore au moins une baisse du taux directeur pour soutenir  
l’économie en 2020.  
Soutien de la politique économique  
La consolidation budgétaire à laquelle le gouvernement s'était  
engagé n’est plus d’actualité, du moins à court terme. D’après les  
projections du ministère des Finances publiées en décembre, les  
dépenses devraient progresser de 1% (en termes réels) entre 2021  
et 2024. La nouvelle version de la réforme des retraites ne devrait  
pas sensiblement modifier cette projection. Le déficit budgétaire  
dépasserait ainsi 5% du PIB en 2020, avant de se réduire  
progressivement. La dette publique augmenterait de 28% du PIB en  
2
019 à 38% en 2024.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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