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Touchée de plein fouet par le Covid-19

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EcoPerspectives // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Espagne  
Touchée de plein fouet par le Covid-19  
Deuxième foyer de l’épidémie de Coronavirus en Europe, l’Espagne va subir une forte chute d’activité cette année. L’impact  
économique reste néanmoins, pour l’heure, difficile à quantifier. Le PIB devrait enregistrer une baisse de plus de 3% en 2020, avant  
de se redresser en 2021. La structure de l’économie espagnole  orientée vers les services et dotée d’une large proportion de PME –  
suggère que le choc économique sera plus marqué que dans d’autres pays industrialisés. Le chômage endémique risque de  
s’amplifier, laissant des traces durables sur la croissance à moyen terme. Néanmoins, l’amélioration des comptes publics (pré-  
coronavirus) et une situation politique plus stable offrent quelques marges de manœuvre au gouvernement pour faire face à la crise.  
L’Espagne a été touchée de plein fouet par l’épidémie de Covid-19.  
Le pays était, à la fin du mois de mars, le deuxième foyer de  
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- Croissance et inflation  
(g.a., %)  
contamination en Europe, après l’Italie. Le premier ministre Pedro  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Sanchez  
a annoncé des mesures budgétaires d’urgence  
1
8
6
4
Prévisions  
conséquentes. Ainsi, EUR 200 mds (16,6% du PIB courant ) seront  
6.7  
mobilisés, principalement sous forme de garanties bancaires et de  
2
reports de charges pour les entreprises. Un moratoire sur les  
remboursements d’emprunts pour les ménages les plus vulnérables  
a été mis en place également. En effet, l’activité économique  
pourrait se contracter de 3,3% en 2020, avant un rebond en 2021.  
La croissance est restée soutenue en 2019 (+2,0%), même si  
l’activité économique et le marché de l’emploi étaient en phase de  
ralentissement depuis l’été dernier.  
2.4  
2
1.7  
2
0
2
1.3  
0.7  
-0.2  
-
-4  
-
3.3  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
L’Espagne est particulièrement vulnérable au choc  
du Covid-19…  
Source : BNP Paribas Global Markets  
deuxième semestre de 2020, les offres d’emplois prendront, selon  
toute vraisemblance, bien plus de temps à se rétablir, les  
entreprises devant d’abord assurer leur viabilité financière avant de  
réembaucher. Le chômage de long terme  qui a un impact bien  
plus profond sur les individus que le chômage de courte durée –  
pourrait donc s’accroître très fortement.  
La structure de l’économie espagnole rend le pays particulièrement  
fragile face au choc du coronavirus. En premier lieu, l’Espagne est  
composée, pour une large part, de PME, dont la trésorerie est par  
nature moins solide que celle des grandes entreprises. En effet,  
près d’un tiers (32,1%) de la valeur ajoutée brute du secteur non  
financier provient d’entreprises de moins de 20 employés. C’est  
… mais avec un niveau d’endettement plus bas qu’en  
009-2011  
3
bien au-dessus de la moyenne européenne (27,2 %, UE-27) .  
2
De plus, l’économie espagnole est fortement orientée vers le  
secteur des services. Ce secteur est composé, pour la majorité,  
d’activités dites « non essentielles » (tourisme, loisirs) et qui sont  
actuellement à l’arrêt. L’Espagne se place, là encore, dans la  
tranche haute de l’Union européenne, puisque les services  
représentent 74,2% de la valeur ajoutée totale, contre une moyenne  
de 73,0% au sein de l’UE.4  
Il est néanmoins important de noter que le choc du coronavirus  
intervient dans un contexte fiscal plutôt favorable pour le  
gouvernement espagnol : le déficit public s’est fortement réduit  
depuis la sortie de récession de l’Espagne en 2013 ; le solde  
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primaire espagnol enregistrait alors un déficit de 3,6% de PIB.  
Les chiffres annuels finaux pour le compte des administrations  
publiques en 2019 ont été publiés le 31 mars. Le déficit primaire  
s’établissait à la fin de l’année dernière à 0,36% de PIB, ce qui  
correspond à une légère hausse par rapport à 2018 (le déficit était  
alors de 0,10% de PIB). Le solde structurel primaire de l’Espagne  
Enfin, l’Espagne continue de faire face à un chômage de masse.  
Bien qu’ayant baissé de façon significative depuis son pic de 2013  
(
26,2%, T2 2013), le taux de chômage s’établissait encore à 13,6%  
en février dernier. Même si lactivité économique repartait au  
6
est, quant à lui, estimé en déficit de 0,8% de PIB en 2019. Le  
gouvernement disposait donc, avant l’annonce de son plan  
d’urgence, d’une marge de manœuvre budgétaire pour faire face à  
la chute de l’activité économique.  
1
Basé sur le PIB de 2018.  
EUR 117 mds sont fournis par lÉtat et EUR 83 mds par le secteur privé,  
2
principalement les banques. Le plan dévoilé le 24 mars stipule que l’État se  
porte garant à hauteur de 80% des crédits bancaires contractés par les  
PME et les travailleurs indépendants. Cette garantie est abaissée à 70%  
pour les entreprises de plus de 50 employés.  
5
Solde qui exclut le paiement des intérêts sur la dette. Données de l’INE.  
Le solde structurel primaire exclut l’impact du cycle conjoncturel, des  
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3
Données Eurostat pour 2017  
Données Eurostat pour 2017  
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economic-research.bnpparibas.com  
L’économie espagnole dispose également d’une position financière  
moins « périlleuse » que durant la crise de 2008 et celle de la dette  
souveraine européenne en 2011. Si le ratio de la dette totale sur le  
PIB reste élevé, il a baissé de près de 30 points de PIB depuis le pic  
de T3 2014, pour s’établir à 267,3% en T3 2019. L’endettement  
privé (entreprises et ménages confondus) était à son plus bas  
niveau depuis le T3 2004 (voir graphique 2). Une partie de la baisse  
de l’endettement privé a été néanmoins transférée vers le secteur  
public. Ainsi, la dette publique s’élevait à 97,9% du PIB au  
2- Endettement privé  
Dette du secteur privé non-financier (% du PIB)  
240  
220  
200  
180  
160  
40  
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T3 2019.  
1
Vers un retour de l’investissement public ?  
120  
100  
Alors que les dépenses d’État vont augmenter très fortement en  
020, le rôle de l’investissement public comme soutien de la  
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001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019  
2
Source : BRI  
croissance économique pourrait reprendre une place importante  
dans le débat politique. En effet, l’investissement public en Espagne  
a stagné, même après la fin de la période de récession en 2013. La  
part de l’investissement public dans le PIB a considérablement  
chuté : elle s’établissait à 2,0% de PIB en 2019 contre un pic de  
3
- Investissement public  
FBCF (% du PIB)  
5
.50  
.00  
5
5,2% en 2009 (voir graphique 3). Cette baisse est le résultat de la  
politique de consolidation budgétaire menée par le précédent  
gouvernement de Mariano Rajoy, après une période de  
surinvestissement, notamment dans le secteur immobilier.  
4.50  
4.00  
3.50  
3.00  
2.50  
Une fois la crise sanitaire passée, le « gel » de l’investissement  
public pourrait être légitimement remis en cause. Tout d’abord, dans  
la santé, où la FBCF atteignait 0,8% de PIB (2017). 8 Plus  
généralement, les investissements publics ciblés, qui soutiennent  
l’innovation et accroissent la productivité, restent un moteur  
important de la croissance économique.  
2.00  
1.50  
1.00  
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019  
Source : ministère des Finances espagnol  
Des tensions politiques en veille, pour l’heure  
Pour maintenir une majorité au Congrès, il doit négocier avec le  
Parti Séparatiste Catalan (ERC ; 13 sièges) et s’entendre avec son  
partenaire de coalition Podemos (35 sièges). Ce dernier souhaite  
ardemment revenir sur certaines réformes relatives au code du  
travail, mises en place par le précédent gouvernement de Mariano  
Rajoy. En particulier, Podemos souhaite réinstaurer des accords de  
branches en lieu et place des accords d’entreprises, qui ont été  
privilégiés ces dernières années. L’ERC demande, quant à lui, un  
referendum sur l’indépendance de la Catalogne et une amnistie de  
certains leaders séparatistes.  
Avec la crise du coronavirus, les divisions politiques qui secouent  
l’Espagne depuis plusieurs années ont été reléguées au second  
plan. Le gouvernement a reçu l’aval quasi-unanime du Congrès  
pour prolonger l’état d’urgence jusqu’au 12 avril. Il est toutefois à  
noter que le gouvernement de coalition avait réalisé quelques  
avancées notables en amont de la crise : le budget initial pour 2020  
avait été validé par le Congrès à la fin du mois de février (budget qui  
a donc été nettement remanié depuis). Pour rappel, ce budget  
prévoyait, entre autres choses, une hausse du salaire minimum  
mensuel de 5,5%, à 950 euros, après une augmentation  
significative de 22% en 2019. L’objectif est de porter le salaire  
minimum à 60% du salaire moyen à la fin de la mandature actuelle  
en 2023.  
Certains opposants politiques (Partido Popular), et même la Banque  
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d’Espagne , craignent que ces réformes du code du travail aient, in  
fine, un impact négatif sur la compétitivité des entreprises et freinent  
la croissance économique du pays.  
Néanmoins, une fois la crise sanitaire passée, le premier ministre  
Pedro Sanchez restera sous pression. Le parti socialiste (PSOE)  
possède 120 sièges au Congrès.  
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Données de la Banque des règlements Internationaux.  
Ce chiffre est au-dessus de la moyenne de l’OCDE (0,5%) mais en  
8
9
dessous d’autres pays européens comme l’Allemagne (1,1%), la Belgique  
Spain’s central bank urges government to stick with labour reform,  
(0,9%) ou les Pays-Bas (0,9%). Données de l’OCDE.  
Financial Times, 4 février 2020.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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