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Malaisie

Transition délicate

La situation économique de la Malaisie s’est dégradée. La croissance ralentit, l’excédent courant diminue et le scandale lié au financement du fonds 1MDB a engendré une perte de confiance des investisseurs internationaux et une crise politique interne. La situation politique pourrait rester floue au cours de l’année à venir. Pourtant, à moyen terme, les perspectives de la Malaisie restent favorables. Si le pays parvient à stabiliser la situation politique et améliorer son climat des affaires, son intégration dans l’économie régionale et sa montée en gamme dans les chaînes de valeur mondiales pourraient en faire l’un des principaux bénéficiaires du nouvel accord commercial Transpacifique.

Scandale financier d’ampleur internationale

La Malaisie est longtemps apparue comme le pays politiquement le plus stable de la région. La coalition actuellement au pouvoir est à la tête du pays depuis 1957, date de son indépendance. Pourtant, depuis les élections législatives de 2013, l’unité nationale apparaît de plus en plus fragilisée, dans un contexte de ralentissement structurel de la croissance.

L’actuel Premier ministre, Najib Razak, est très affaibli depuis l’été 2015, après avoir été impliqué dans un scandale financier d’ampleur internationale. Il a été accusé d’avoir détourné des sommes importantes issues du fonds souverain 1MDB, qu’il a lui-même créé en 2009 (et qu’il dirigeait jusqu’en avril 2016) lors de son arrivée au pouvoir pour appuyer sa politique et moderniser les infrastructures du pays. Bien que les soupçons de corruption aient été officiellement écartés, le rôle exact du Premier ministre dans la gestion du fonds et l’organisation de la fraude continue d’être sérieusement examiné, sur le plan national comme international.

Plusieurs pays, la Suisse, les Etats-Unis et Singapour, ont engagé des enquêtes visant à mettre à jour les malversations liées au financement du fonds. Si les enquêtes prennent soin de ne nommer ni le pays, ni le Premier ministre comme responsables directs, l’image de la Malaisie est entachée. Au-delà du scandale lié à 1MDB, c’est la qualité de la gouvernance qui est remise en question et la capacité du pays à améliorer son cadre institutionnel.

Dans la dernière édition du rapport sur la compétitivité mondiale, publié en septembre 2016 par le World Economic Forum, la

Malaisie a perdu 7 places par rapport à l’édition précédente, après six années consécutives d’amélioration. Les indicateurs s’étant le plus dégradés sont l’accès au financement, la lutte contre la corruption et la gouvernance.

Elections anticipées ?

1- Prévisions

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Ralentissement de la croissance

Croissance du PIB en % et contributions à la croissance en pp

Exp. nettes Conso. privée Investissement Conso. publique

Source : Comptes Nationaux

Sur le plan interne, la légitimité du Premier ministre, bien qu’officiellement blanchi, est fortement remise en question. En outre, au scandale financier s’ajoutent des revendications économiques et sociales.

Jusqu’ici, le Premier ministre a réussi à s’assurer du soutien de son gouvernement et de son parti (le United Malays National Organisation, UMNO, dont il est le responsable), notamment en remportant deux élections partielles en mai et juin dernier ainsi qu’en repoussant les élections internes de l’UMNO, afin d’en garder le contrôle.

Dans le même temps, plusieurs personnalités de l’UMNO et de divers partis d’opposition ont créé une alliance destinée à pousser

le premier ministre à la démission. Cette alliance est dirigée par Mahathir Mohamad, Premier ministre de la Malaisie de 1981 à 2003, déterminé à écarter N. Razak du pouvoir.

Mais l’alliance, composée de partis aux vues divergentes, est très fragmentée et les dissensions internes pourraient empêcher toute action. Dans ce contexte, qui lui est pour l’instant encore favorable, le Premier ministre pourrait décider d’avancer la date des prochaines élections législatives, initialement prévues mi-2018.

En cas d’élections anticipées, afin de conserver le pouvoir, l’UMNO pourrait être tenté de l’écarter des élections (en le poussant à la démission) et l’opposition pourrait se fragmenter encore. L’instabilité

politique si les élections étaient avancées augmenterait alors sensiblement dans les mois à venir.

Ralentissement de la croissance à court terme

Depuis la mi-2014, la croissance du PIB réel a progressivement ralenti, de 6,5% en g.a. au T2 2014 à 4,0% au T2 2016, sous l’effet de la baisse des prix du pétrole et des matières premières, le ralentissement de la croissance en Chine et la crise politique. La croissance devrait ralentir davantage dans les trimestres à venir.

La demande privée restera le principal moteur de la croissance ; la contribution de la demande publique devrait rester faible, le gouvernement s’étant engagé à poursuivre la politique de consolidation budgétaire, même en cas d’élections anticipées.

Les exportations n’ont progressé que de 1,5% en glissement annuel au cours des huit premiers mois de l’année : les prix des matières premières, comme les exportations à destination de la Chine, ont progressé mais restent faibles. Au total, la croissance du PIB réel a ralenti à 5% en 2015, après 6% en 2014 et devrait ralentir davantage en 2016, à 4%.

Quel profit tirer de la signature du TPP ?

A moyen-long terme, la Malaisie devra relever plusieurs défis. Retrouver la confiance perdue suite au scandale politique et financier permettra de réduire la vulnérabilité extérieure. La part de la dette publique détenue par des non-résidents, supérieure à 30% du total au T2 2016, représente une exposition importante au changement de sentiment des investisseurs.

La Malaisie est également l’un des pays de l’ASEAN les plus intégrés, à la fois aux chaînes de valeur mondiale et à l’économie régionale. Les exportations à destination de la Chine (14% du total) sont composées de biens manufacturés inclus dans les chaînes d’approvisionnement régionales (de biens électroniques principalement), de matières premières hors pétrole (huile de palme) et de produits à destination de la consommation finale. Les exportations de biens manufacturés apparaissent donc durablement et doublement pénalisées, par le ralentissement de la croissance en Chine et celui du commerce mondial.

De plus, en dépit de plusieurs réformes mises en place pour diversifier les sources de croissance, les exportations de pétrole représentent toujours 10% du total des exportations. Plus généralement, les exportations liées aux matières premières

(incluant l’alimentation, les combustibles minéraux, produits chimiques…) représentent près de 25% des exportations. L’excédent courant s’est déjà sensiblement réduit au cours de la dernière décennie, passant de 12% du PIB en moyenne en 2000- 2010, à 5% du PIB en 2011-2015 (et 2% en 2016).

La participation de la Malaisie aux deux nouveaux accords commerciaux – l’accord de partenariat transpacifique (TPP) et l’accord avec l’Union Européenne – apparaît comme une opportunité de redresser la compétitivité et l’attractivité du pays.

Le TPP, signé fin 2015 par douze pays1 (Chine exclue), fait partie d’une nouvelle génération d’accords commerciaux, couvrant de

1Les douze pays sont l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle Zélande, le Pérou, Singapour, les Etats-Unis et le Vietnam.

3- Les exportations toujours faibles

Exportations (%, g.a.) Matières premières (contrib., pp)

Biens electroniques (contrib., pp)

40

30

20

-20

-30

Source : Département des statistiques

nombreux domaines, s’étendant au-delà des baisses de tarifs douaniers habituelles, tels que les politiques d’investissement, la propriété intellectuelle, la réglementation du marché du travail…A moyen-long terme, si le climat des affaires ne se détériore pas davantage, la participation au TPP pourrait être complémentaire de l’accélération de la productivité et la montée en gamme dans les chaînes de valeur mondiales ambitionnée par le 11ème plan quinquennal malaisien.

D’ici à 2020, celui-ci fixe comme objectifs, au moyen d’une politique d’investissements publics et privés privilégiant principalement les infrastructures, une croissance du PIB entre 5% et 6% par an, une inflation annuelle inférieure à 3%, une croissance de l’investissement privé de plus de 9% par an et la création de 1,5 million d’emplois. Ce plan intègre également une dimension sociale plus importante que précédemment, notamment un RNB par habitant supérieur à 15 000 USD.

Une étude publiée en janvier 2016 par le Peterson Institute for International Economics a estimé que la Malaisie serait, avec le Vietnam, le pays le plus bénéficiaire du TPP. D’une part, parce que le TPP est le premier accord commercial du pays avec les Etats- Unis, tout comme le Canada, le Mexique et le Pérou, ce qui favoriserait significativement l’accès aux marchés de ces pays. Ensuite, parce que d’après les engagements pris lors de la signature du TPP, la Malaisie devra entreprendre des réformes touchant à son point faible, la gouvernance, notamment en réformant la gestion des entreprises publiques.

D’après leur modèle, le PIB réel augmenterait de 8% et les exportations de 20% d’ici 2030. Les secteurs les plus bénéficiaires seraient le secteur textile, les industries manufacturières comme la métallurgie, l’industrie chimique ou les composants électroniques.

Hélène Drouot helene.drouot@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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