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Triple peine

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EcoEmerging // 2 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Éditorial  
Triple peine  
Les pays émergents sont durement affectés par la pandémie même si, Chine mise à part, le décompte officiel des victimes est encore  
faible en comparaison avec les pays développés. La vague de récession/ralentissement n’en est qu’à son début et ses effets  
s’étendront probablement au-delà de 2020 car le choc réel (arrêt des activités à cause du confinement) se triple d’un choc financier et  
d’un choc sur les prix des matières premières. Les sorties de capitaux et le gel des marchés d’émission de dette internationale  
augmentent le risque de refinancement en dollar. Les filets de sécurité pour le traitement préventif des défauts se mettent en place,  
mais pour les pays les plus vulnérables, la solution passera probablement par un moratoire ou un allègement de dette.  
Chocs multiples pour les pays émergents  
extérieure peut générer à elle-seule des tensions sur les taux  
d’intérêt domestiques.  
La pandémie du Covid-19 frappe durement l’ensemble de la planète.  
D’après l’OCDE, sur un échantillon de près de 50 pays (développés  
et émergents), le choc d’offre généré par les confinements devrait  
se traduire par une perte d’activité de 15% au minimum (la médiane  
est à -25%) Un tel choc est inédit; même durant la récession  
mondiale de 2008-2009, entre le pic et le creux, aucun pays n’avait  
enregistré une baisse de PIB de plus de 5%. Certes, un rebond  
devrait intervenir après les périodes de confinement comme c’est  
d’ailleurs le cas en Chine en mars. Mais, contrairement à l’épisode  
de 2008-2009, les reprises seront moins synchronisées. L’Asie sera  
la première à se redresser, suivie des pays d’Europe centrale puis  
de l’Amérique latine. La croissance des principaux pays émergents  
serait de l’ordre de 1% cette année (0% hors Chine) après 4% en  
Parallèlement, la plupart des gouvernements ont annoncé des plans  
de soutien à l’économie. Evidemment, les montants ne sont pas  
comparables car ils incluent à la fois les mesures fiscales et les  
dépenses effectives (qui vont donner lieu à une aggravation du  
déficit budgétaire) et la mise en place de lignes de financement ou  
de garanties (qui sont des dépenses/dettes potentielles). Il ne s’agit  
pas de plans de relance mais de mesures destinées à maintenir  
l’activité et pour une part conditionnelles (comme les prêts et  
garanties bancaires). Les effets multiplicateurs seront donc a priori  
faibles.  
Vers un moratoire sur les tombées de dette  
souveraine ?  
2019. L’Amérique latine serait la plus touchée avec une récession  
d’au moins 2.5%.  
La fermeture du marché de la dette internationale fait craindre un  
risque de refinancement en dollar. Nombre de pays doivent faire  
face en 2020 à des tombées de dette internationale (dues par les  
Etats ou des entreprises), représentant au moins 20% des réserves  
de change : Bahreïn (47%), la Turquie (30%), le Ghana (27%), le  
Nigeria (23%), le Chili (22%), l’Ukraine (20%). Pour ces pays, le  
risque de défaut est faible a priori. Mais à l’exception du Chili et de  
la Turquie, ce sont des pays à structure économique fragile et donc  
susceptibles de connaître une récession prolongée. Ils feront donc  
l’objet d’une surveillance particulière de la part des investisseurs.  
Pour les pays émergents, au choc d’offre s’ajoute un choc  
financier ; ainsi, les fonds d’investissement de portefeuille dédiés  
aux pays émergents ont connu des décollectes massives,  
également sans commune mesure avec les épisodes de stress  
financiers précédents. D’après les estimations de l’IIF, la baisse  
cumulée des investissements de portefeuille  
a
atteint  
USD 95 milliards depuis le début de la pandémie contre -20 mds  
durant la crise de 2008-2009 et le Taper Tantrum. Au cours du mois  
de mars, il n’y a eu aucune émission de dette souveraine en  
devises.  
Les filets de sécurité pour le traitement préventif des défauts se  
mettent en place. Les lignes de swaps annoncées entre la Fed et  
les autres pays ne couvrent encore que quelques pays émergents,  
Les pays producteurs de matières premières devraient être les plus  
pénalisés car l’appréciation du dollar ne compense pas la baisse  
des cours mondiaux. L’OPEP et la Russie sont parvenus à un  
accord de réduction de la production de près de 10% mais la baisse  
de la demande a déjà atteint 20% et les stocks sont au plus haut.  
Les prix vont donc durablement rester bas à court terme. A moyen  
terme, il est probable que la croissance du commerce mondial soit  
structurellement réduite (raccourcissement des chaînes de valeur,  
relocalisation), ce qui pèsera sur les cours de l’ensemble des  
matières premières.  
(Brésil, Corée du Sud, Mexique). Mais, le FMI a mis à disposition  
USD 100 milliards d’aide d’urgence accélérée, dont USD 10 mds  
sous forme de prêts à taux zéro pour les pays les plus vulnérables.  
Autre option plus radicale : l’idée d’un moratoire sur les  
remboursements ou d’un allègement de dette. Le FMI va accorder,  
dans le cadre de son fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux  
catastrophes, des dons permettant à 25 pays de couvrir leurs  
remboursements vis-à-vis du FMI. Cette initiative va s’amplifier, le  
FMI et de la banque mondiale ayant plaidé pour un allègement de la  
dette des 76 pays les plus pauvres. Le G20 devrait accorder un  
moratoire sur les prêts bilatéraux probablement jusqu’à la fin 2021.  
C’est un premier pas. Un moratoire permettrait d’affecter  
prioritairement les aides aux besoins sanitaires et éviterait que les  
agences ne mettent de l’huile sur le feu en abaissant les notations.  
Comme pour les pays développés, la réaction des gouvernements  
et des autorités monétaires a été rapide et multiforme. Les banques  
centrales ont tout de suite envoyé des signaux forts de soutien à la  
liquidité domestique (baisse des taux directeurs, des coefficients de  
réserve obligatoire, assouplissement des conditions de  
refinancement des banques). Ce soutien s’impose d’autant plus  
pour les pays émergents que l’assèchement de la liquidité  
La banque  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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