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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-vulnerabilite-relance budgetaire-hong kong-etudes economiques-bnpparibas

Hong Kong

Turbulences

L’économie hongkongaise traverse une passe difficile. La croissance ralentit fortement sous l’effet d’un affaiblissement de l’ensemble de ses composantes. Les exportations de biens et services, les ventes au détail et les prix immobiliers reculent. A court terme, Hong Kong devrait rester très vulnérable au ralentissement de la demande chinoise et à l’affaiblissement des échanges commerciaux dans la région. En outre, ses conditions monétaires et de crédit devraient progressivement se durcir lorsque les taux d’intérêt américains remonteront. Pour tenter de soutenir l’activité, le gouvernement mise sur des mesures de relance budgétaires. Ses marges de manœuvre sont particulièrement confortables.

Son rôle de centre financier international, d’entrepôt régional et de base de services pour la Chine continentale a fortement soutenu la croissance de Hong Kong au cours de la décennie 2000-2010

(+4,5% par an en moyenne). Mais aujourd’hui, cette « spécialisation », ainsi que son degré d’ouverture commerciale et financière très élevé, rendent le territoire très vulnérable au ralentissement de la demande chinoise, à la réduction des activités de processing en Chine et à l’affaiblissement durable du commerce mondial. Les secteurs liés aux activités d’import-export subissent depuis quelques années les effets du ralentissement des exportations à destination de la Chine (qui absorbe 54% des exportations du territoire, elles-mêmes principalement constituées de réexportations), des importations en provenance de la Chine (qui fournit 60% des marchandises réexportées par Hong Kong) et, plus généralement, des échanges commerciaux dans la région. Ces dynamiques se sont fortement aggravées au cours de l’année 2015 et début 2016, conduisant à une contraction des échanges commerciaux de la Chine et de l’Asie émergente dans son ensemble. A Hong Kong, les exportations et les importations de biens ont diminué chaque mois (en glissement annuel) depuis septembre 2015. Leur performance pourrait néanmoins commencer à se stabiliser au vu du léger rebond des volumes de marchandises échangés en Asie émergente depuis le mois de mars.

Hong Kong a également subi une importante réduction des entrées de visiteurs en provenance de la Chine. Ceux-ci représentaient 77% de l’ensemble des entrées sur le territoire en 2015 et 46% du total des ventes au détail. Le tourisme chinois avait commencé à marquer le pas dès 2013 en raison de la campagne anti-corruption menée par Pékin, et probablement aussi sous l’effet de la moindre progression des revenus des ménages chinois. Depuis mi-2015, il s’est effondré à la suite du durcissement des conditions d’obtention de visas en Chine et de la dépréciation du yuan par rapport au dollar hongkongais. Le nombre de Chinois entrant sur le territoire

2- Ventes au détail et tourisme chinois à Hong Kong

Glissement annuel, %

Visiteurs chinois, moy. gliss. sur 3 mois (é.g.) ▬ Ventes au détail (é.d.)

Sources : CSD, Hong Kong Tourism Board

s’est réduit chaque mois depuis juin 2015 en g.a. (et de 11% en janvier-mai 2016 par rapport à la même période en 2015), entraînant dans sa chute les exportations de services et les ventes au détail (graphique 1).

A la chute des dépenses des touristes sur le territoire s’est ajoutée la faiblesse des achats des résidents. La montée des incertitudes politiques et la dégradation des perspectives de croissance ont érodé la confiance des consommateurs hongkongais. En outre, leurs revenus ont subi, d’une part, la légère dégradation des conditions sur le marché du travail en 2015 et au S1 2016

(ralentissement de la progression de l’emploi et des salaires) et, d’autre part, des effets de richesse négatifs liés à la forte correction des prix immobiliers et à la volatilité des cours boursiers.

Début de correction sur le marché immobilier

Les prix immobiliers à Hong Kong ont connu une période quasi ininterrompue de hausse entre 2009 et l’été 2015. La demande a été soutenue par des conditions de crédit extrêmement accommodantes et entretenue par des effets de richesse positifs découlant de la hausse même des prix des actifs immobiliers (et boursiers). L’offre de nouveaux logements reste, quant à elle, structurellement limitée au regard de l’augmentation continue de la population sur le territoire. Avec un quasi triplement de l’indice des prix des logements entre fin 2008 et septembre 2015 et une forte dégradation des taux d’accessibilité au logement des ménages, le marché immobilier était en situation de surchauffe. Le ralentissement économique, la baisse du montant moyen des nouveaux prêts au logement rapporté au prix du logement (ratio loan-to-value) et la chute des cours boursiers ont conduit à une correction sur le marché immobilier depuis l’été 2015, avec le recul des volumes de ventes puis des prix des logements (graphique 2).

Les perspectives de court-moyen terme restent mauvaises, même si les tout derniers chiffres disponibles semblent signaler une stabilisation du marché immobilier. Hong Kong devrait en effet connaître au cours des prochaines années un durcissement graduel de ses conditions monétaires en réponse à la hausse des taux d’intérêt américains – la politique monétaire du territoire est dépendante de celle des Etats-Unis de par son système de Currency Board. Le resserrement des conditions de crédit, ajouté au ralentissement de l’économie chinoise et à une plus grande volatilité financière, devrait donc continuer de peser sur l’activité du secteur immobilier et plus généralement sur l’investissement dans les prochains trimestres.

Au final, la correction sur le marché immobilier, les difficultés des secteurs liés aux activités d’import-export et aux services et la dégradation générale des perspectives économiques de Hong Kong ont sévèrement pesé sur l’investissement domestique, dont la contraction a dépassé 10% en g.a. au T1 2016. La contribution de l’investissement (variations des stocks comprises) à la croissance est restée négative à chaque trimestre du début 2015 au T1 2016. La contribution des exportations nettes a été faible mais positive malgré la contraction des exportations de biens et services, et grâce

àla forte chute des importations de marchandises. La contribution de la consommation privée est quant à elle restée positive, mais sa progression a fortement ralenti, passant de +5% en g.a. au T1 2015

à1,1% au T1 2016. En conséquence de la dégradation de l’ensemble des composantes de la croissance, les autorités comptent sur une politique budgétaire expansionniste pour apporter un peu de soutien à la demande.

Soutien budgétaire

Pour l’exercice budgétaire 2016/2017, le gouvernement a engagé une série de mesures de relance équivalentes à 1-1,5% du PIB (ce qui est relativement similaire au soutien budgétaire apporté au cours de l’année précédente). Les mesures introduites visent principalement à soutenir les PME et le secteur du tourisme et à alléger le poids de la fiscalité pour les ménages hongkongais. Les autorités misent également sur de nouveaux projets d’infrastructure pour soutenir l’activité.

3- Marché immobilier

Source : CSD

En conséquence du ralentissement de la croissance, du retournement du marché immobilier et de la politique budgétaire contra-cyclique, le gouvernement pourrait afficher un léger déficit budgétaire à court terme, alors qu’il a enregistré des excédents chaque année au cours de la dernière décennie. Une longue tradition de discipline dans la gestion des finances publiques a en effet permis de compenser les conséquences négatives d’une

économie exposée aux chocs externes et de revenus budgétaires volatils par nature (car dépendants des impôts sur les transactions boursières et immobilières et sur les ventes de terrains). Le gouvernement détient une dette minimale, et a su accumuler au cours du temps des réserves budgétaires très confortables, qui s’élevaient à HKD860 milliards à la fin de l’exercice budgétaire 2015/2016, soit 35% du PIB ou 24 mois de dépenses publiques. Les finances publiques sont donc bien assez solides pour absorber la détérioration attendue en 2016 et 2017, et pour maintenir des politiques contra-cycliques si les vents contraires qui pèsent sur la demande privée devaient persister.

Christine Peltier christine.peltier@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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