Emerging

Des atouts pour rebondir

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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
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SLOVÉNIE  
DES ATOUTS POUR REBONDIR  
L’économie slovène aborde la crise liée à la Covid-19 dans une situation relativement favorable. Depuis trois  
ans, la croissance a été soutenue, des excédents budgétaires ont été enregistrés et les bilans bancaires se sont  
progressivement assainis. Néanmoins, les conséquences de cette crise vont être d’autant plus significatives que la  
Slovénie est une petite économie ouverte fortement liée à l’Union européenne. Les soutiens budgétaire et monétaire  
européens, ainsi que des finances publiques assainies devraient permettre de modérer les conséquences de la crise  
sur les finances publiques et sur les perspectives de croissance.  
CHUTE DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE  
PRÉVISIONS  
À l’instar des autres pays de la zone euro, les conséquences écono-  
miques de l’épidémie de Covid-19 devraient provoquer une importante  
récession en 2020. Pour le moment, les conséquences sanitaires de  
l’épidémie sont relativement limitées par rapport au reste de la région  
2018  
4,1  
2019  
2,4  
2020e  
-7,0  
0,5  
2021e  
6,0  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation,HICP, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
(
54 décès/1 million de personnes contre à plus de 360 en moyenne  
1,9  
1,7  
1,2  
dans la zone euro), mais l’évolution de la pandémie reste incertaine.  
Une deuxième vague d’infections de moindre importance est ainsi ap-  
parue mi-juin.  
0,7  
0,5  
-7,2  
-2,1  
Dette du gouvernement , % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
70  
66  
84  
80  
Les conséquences économiques sont sévères étant donné les mesures  
strictes de confinement et la forte intégration économique à l’Union  
européenne (UE). Tandis que nous prévoyons une contraction du PIB  
réel de 9% en 2020 en zone euro, nous attendons un repli de 7% en  
Slovénie. Au premier trimestre 2020, l’activité a chuté de 4,5% (t/t)  
6,3  
6,8  
4,0  
6,0  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
(
-3,6% en zone euro) en raison de la chute de la consommation des mé-  
nages (-16%) et de l’investissement (-10%). Les exportations vers l’UE  
ont chuté de 30% depuis le mois de mars, plus particulièrement celles  
destinées à l’Italie, la France et l’Allemagne dans les secteurs de l’au-  
tomobile et des biens d’équipement. L’indice de production industrielle  
semble avoir atteint un point bas en avril et a légèrement progressé  
en mai, mais cela est un effet mécanique lié à la levée de certaines  
mesures de confinement. Au total, la chute du PIB sera évidemment  
plus prononcée au deuxième trimestre en raison du renforcement des  
mesures de confinement en Slovénie et dans l’ensemble de l’UE.  
INDICE DE PRODUCTION INDUSTRIELLE, 2015=100  
1
30  
120  
1
10  
La croissance économique a atteint 3,3% en moyenne depuis 2015. Au  
cours des deux dernières années, l’activité a été particulièrement sou-  
tenue par la consommation (53% du PIB) et l’investissement (20% du  
PIB), qui ont graduellement pris le relais des exportations comme mo-  
teur principal de la croissance. Le taux de chômage a atteint un plus  
bas à 3,8% fin 2019. Pour le moment, sa hausse reste maîtrisée (4,8%  
en mai selon Eurostat), notamment grâce aux mesures de soutien du  
gouvernement. Les composantes internes de la croissance devraient  
repartir un peu plus tôt que dans le reste de la zone euro puisque  
la Slovénie est le premier pays de la zone à avoir déclaré la fin de  
l’épidémie (le 15 mai), bien que certaines restrictions restent en place.  
Pour le moment, la baisse du pouvoir d’achat est contenue grâce à des  
mesures de chômage partiel qui permettent aux employés sans activité  
de maintenir une partie de leurs revenus. Néanmoins, les statistiques  
de l’emploi risquent de se dégrader à nouveau au deuxième semestre  
avec la fin des mesures de soutien gouvernementales.  
100  
9
0
janv.-19  
avr.-19  
juil.-19  
oct.-19  
janv.-20  
avr.-20  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : EUROSTAT  
le secteur automobile et celui des biens d’équipement constituent des  
secteurs exportateurs importants, représentant 38% des exportations  
totales. Les mesures de soutien budgétaires proviennent à la fois du  
gouvernement slovène et du budget européen. Un certain nombre de  
mesures en faveur des ménages et des entreprises ont été mises en  
place, et les mesures de soutien direct devraient être équivalentes à  
,2% du PIB en 2020. En 2021, nous attendons un rebond de l’activité  
de 6%. Au-delà, l’Union européenne a mis en place un plan de soutien  
UE prochaine génération » afin de soutenir les finances publiques,  
4
«
DES MESURES DE SOUTIEN SIGNIFICATIVES DEVRAIENT le secteur privé et les secteurs prioritaires des pays membres pendant  
la période 2021-2027. La part de ce programme destinée à la Slovénie  
ÉTAYER LA REPRISE À PARTIR DE 2021  
pourrait être équivalente à environ EUR 5 mds, soit 10% du PIB de  
En 2021, la reprise économique dépendra notamment des mesures 2019. Par ailleurs, l’injection de liquidités supplémentaires par la BCE  
de soutien du gouvernement et de la reprise européenne. L’Union devrait permettre aux banques slovènes de répondre aux besoins des  
européenne absorbe 74% des exportations totales slovènes. Par ailleurs, entreprises.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 16 juillet 2020)  
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DE LARGES DÉFICITS BUDGÉTAIRES SONT ATTENDUS  
EVOLUTION DU CRÉDIT INTÉRIEUR  
Des excédents budgétaires ont été enregistrés depuis 2017 (+0,4%  
du PIB en moyenne) grâce notamment à une croissance économique  
soutenue. En 2020, le déclin attendu des revenus fiscaux (-9,2%  
en glissement annuel sur les cinq premiers mois de l’année) et les  
mesures de soutien à l’activité (les dépenses ont augmenté de  
g.a., %  
Gouvernement central  
Entreprises  
Ménages  
10  
5
0
1
1,4% sur la même période) devraient creuser le déficit budgétaire,  
qui pourrait dépasser 7% du PIB. Le déficit devrait ensuite se réduire  
à un niveau plus modéré en 2021 (2,1% du PIB). À moyen terme, la  
situation budgétaire ne présente pas de risque particulier. Néanmoins,  
les évolutions démographiques à l’œuvre depuis une dizaine d’années  
ne sont pas favorables et pourraient avoir des conséquences négatives  
sur les perspectives économiques et les finances publiques. D’une part,  
la population active se réduit d’environ 10 000 personnes par an, et les  
difficultés à faire face à la pénurie de main d’œuvre qualifiée pourraient  
réduire le potentiel de croissance. Actuellement plus de 35% des  
entreprises du secteur manufacturier font face à des pénuries de main  
d’œuvre qualifiée ; elles sont 45% dans cette situation dans le secteur  
de la construction. D’autre part, la réforme du système de retraite reste  
une source potentielle de déséquilibre à long terme étant donné le  
rythme élevé (le plus élevé d’Europe) de la hausse de ses dépenses.  
Une réforme est en cours depuis 2013 mais progresse lentement.  
-5  
10  
15  
-
-
-20  
-
-
25  
30  
2
016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BANQUE DE SLOVÉNIE  
désendettement, le crédit aux entreprises a progressé depuis un  
an (+2,5% en mai 2020). Le ratio de dette sur actifs s’est stabilisé à  
moins de 90% contre 137% en 2012. Après une période de croissance  
soutenue (notamment avec la progression annuelle moyenne de plus  
de 10% du crédit à la consommation entre 2017 et 2019), le crédit aux  
ménages a ralenti depuis fin 2019 avec les nouvelles normes imposées  
par la banque centrale afin de limiter l’endettement des ménages. En  
mai 2020, l’évolution du crédit à la consommation était légèrement  
négative (-0,1% en g.a.), tandis que le crédit aux ménages continuait de  
croître à un rythme de 2,5%. Jusqu’à maintenant, la dette des ménages  
en pourcentage du revenu disponible est restée relativement stable  
à moins de 16%, mais pourrait croître en 2020 avec la contraction  
économique. L’exposition des banques au segment des ménages est  
passée de 30% du crédit intérieur total en 2012 à 53% en mai 2020.  
EN AUGMENTATION, LA DETTE PUBLIQUE RESTE SOUTENABLE  
La dette du gouvernement est en baisse depuis 2015. Elle a atteint  
6
6% du PIB en 2019. La chute de l’activité et le niveau record du déficit  
budgétaire devraient amener la dette à 84% du PIB en 2020, avant de  
la réduire à 80% du PIB en 2021. Malgré cette forte augmentation, la  
dynamique de dette devrait rester favorable à moyen terme. Le service  
de la dette en pourcentage des revenus budgétaires totaux a décliné  
régulièrement depuis 2014 pour atteindre 3,8% en 2019, contre 7,1% en  
2
014. Au cours des dernières années, le taux d’intérêt apparent de la  
dette publique s’est réduit à 2,6% en 2019 par rapport à 4,4% en 2014,  
tandis que la maturité moyenne s’est allongée à 8,9 années en 2019  
Le crédit à l’immobilier résiste bien et a continué de progresser depuis  
le début de l’année (+4,7% en g.a. en mai 2020). La forte hausse des  
prix de l’immobilier observée en 2017 et 2018 (respectivement +10%  
et +9,1%) a ralenti en 2019 (+5,2%), accompagnant le ralentissement  
de la croissance. Selon la banque centrale, la hausse des prix de l’im-  
mobilier est le résultat d’une convergence vers la norme européenne,  
et le niveau des prix de l’immobilier résidentiel ne signale pas de su-  
révaluation.  
(
5,7 années en 2014). Environ 95% de la dette totale est libellée en eu-  
ros. Les opérations de rachat opérées par le gouvernement ont permis  
de réduire significativement la part libellée en dollars. Parallèlement  
à cette amélioration du profil de la dette, le gouvernement a accumulé  
d’importantes liquidités, alimentées notamment par les recettes des  
privatisations. Ces liquidités destinées à réduire le stock de dette sont  
équivalentes à environ 8% du PIB.  
UN SECTEUR BANCAIRE RENFORCÉ FACE À LA CRISE  
Après avoir été durement affecté par la crise financière et nécessité  
le soutien massif de l’État, le secteur bancaire s’est renforcé depuis  
2
015. La qualité de ses actifs et sa profitabilité se sont améliorées ;  
sa dépendance aux financements de marché s’est réduite (de 33% des  
ressources en 2013 à 12% en 2019) au profit des dépôts des clients.  
Selon la banque centrale, le ratio de crédits non performants (selon  
la définition de l’Autorité bancaire européenne) a atteint 2,2% en mars  
2
020, par rapport à 3,6% un an auparavant. Cette tendance favorable  
devrait s’inverser en 2020, mais les banques slovènes devraient se  
montrer résistantes en raison de leur niveau de capitalisation élevé et  
de réserves de liquidité confortables.  
Depuis mi-2019, la croissance du crédit intérieur a ralenti (+1% en glis-  
sement annuel en mai 2020 contre +3,1% un an auparavant) en raison  
du ralentissement du crédit aux ménages. Après des années de  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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