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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-inflation-previsions economiques-politique budgetaire-inde-etudes economiques-bnpparibas

Inde

En attendant les réformes

Sur l’exercice 2015/16 la croissance économique a officiellement atteint 7,6%. Elle pourrait avoir en réalité été plus modeste, au regard des autres indicateurs d’activité. Les entreprises et les banques continuent de mener une stratégie de consolidation de leurs positions et les investissements privés restent atones. En effet, même si, globalement, la situation des entreprises semble s’améliorer, certains secteurs restent particulièrement fragiles et les banques font face à une hausse sensible de leurs créances douteuses alors que les contraintes réglementaires se renforcent. Dans le même temps, lors des dernières élections de mai-juin, le parti de N. Modi n’est parvenu à s’imposer que dans un Etat sur les cinq qui votaient.

Dynamisme inexpliqué de la croissance

Sur l’ensemble de l’exercice 2015/16 qui s’est achevé au 31 mars

2016, la croissance économique indienne a atteint 7,5%, en hausse de 0,3 point par rapport à l’exercice précédent. La croissance a été particulièrement soutenue par le dynamisme de la consommation des ménages (+7,4%) alors que la croissance des investissements a décéléré à 3,9% (vs 4,9% un an plus tôt) en dépit du dynamisme des investissements publics. Les entreprises restent toujours réticentes à investir. Dans le même temps, la contribution des exportations nettes à la croissance a été négative car les exportations ont affiché un recul de 5,2%, nettement supérieur à celui des importations (reflet du ralentissement des investissements et de la baisse du coût des matières premières).

Le chiffre de la croissance est néanmoins sujet à caution dans la mesure où les erreurs statistiques expliquent plus d’un tiers de ce dynamisme. Par ailleurs, au vu des autres indicateurs d’activité, la croissance serait plus modeste. En effet, même si l’activité dans les services a sensiblement accéléré, elle reste atone dans l’industrie manufacturière. La production de biens d’investissement s’est contractée au mois d’avril pour le sixième mois consécutif.

Au cours des deux prochaines années, la croissance indienne devrait rester solide, soutenue principalement par le dynamisme de la consommation des ménages (favorisée par la hausse des salaires même si l’accélération des pressions inflationnistes pourrait amoindrir les effets positifs 1 ). En revanche, la croissance des investissements privés devrait rester contrainte par la détérioration de la situation financière des entreprises et des banques. En effet, les entreprises sont aujourd’hui dans un processus de désendettement plutôt que dans une stratégie d’investissement.

Elles cherchent à consolider leur position financière, fragilisée par une forte augmentation de leur dette (+82% en cinq ans) dans un contexte de ralentissement des profits2.

Secteur bancaire : risques toujours en hausse

La situation des banques indiennes continue de se dégrader, pesant sur la distribution de crédit et donc sur les investissements privés. Sur les premiers mois de l’exercice budgétaire 2016/17, la croissance du crédit à l’industrie a été particulièrement faible

1La hausse des prix a atteint +5,8% en g.a. en mai (contre +5% un an plus tôt). Elle reflète une forte accélération des prix alimentaires (+7,2%).

2C’est davantage la dynamique d’endettement que le niveau de la dette qui est à l’origine de cette fragilisation car le niveau de leur dette est relativement modeste (50,2% du PIB selon la BRI), en particulier au regard des autres pays émergents (100,7% du PIB).

1- Synthèse des prévisions

(1): année budgétaire (du 1er av ril de l’année t-1 au 31 mars de l’année t)

(2): année calendaire

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Croissance du PIB

Croissance du PIB (%) et composantes (p.p.), g.a.

15

10

5

0

-5

-10

Source : Reserve Bank of India

(+0,1% en g.a. vs +5,9% un an plus tôt), et ce, en dépit de la politique d’assouplissement monétaire menée par la banque centrale depuis février 2015 (les taux directeurs ont été abaissé de 100 points de base en un an).

La détérioration de la situation financière des banques est liée à la forte hausse des créances douteuses dans certains secteurs de l’économie indienne. Les crédits à risque (prêts non performants et crédits restructurés) représentaient, fin 2015, 12% des crédits totaux, soit 1,5 point de plus qu’il y a un an. Les actifs risqués

restent concentrés dans les banques publiques, lesquelles sont à l’origine des crédits dans les secteurs considérés comme étant les plus fragiles, tels ceux de l’acier et du fer, qui concentrent 21% des actifs risqués, et celui des infrastructures (17% des actifs risqués).

Compte tenu de la baisse de leurs profits et de la détérioration de la qualité de leurs actifs, le gouvernement a été contraint d’injecter

INR 250 mds (0,2% du PIB) dans les banques publiques au cours de l’exercice 2016 afin qu’elles puissent respecter les nouvelles contraintes règlementaires en matière de fonds propres (le ratio Tier 1 a été porté à 7,625% au 31/03/2016 et sera porté à 8,25% au 31 mars 2017). INR 250 mds supplémentaires seront injectés dans les banques publiques au cours de l’exercice budgétaire 2017, INR 100 mds en 2018 puis de nouveau en 2019. Néanmoins, ces montants restent insuffisants selon Standard & Poor’s qui estime le besoin de recapitalisation des banques publiques à INR 2300 mds, soit l’équivalent de 2% du PIB. De plus, la situation des banques publiques devrait continuer à se dégrader de manière concomitante à la détérioration de la situation financière des entreprises.

En effet, même si à première vue la situation de ces dernières années semble s’être légèrement améliorée depuis un an 3 (les profits nets ont augmenté de 16% en g.a. fin 2015 alors qu’ils baissaient de 31,5% un an plus tôt), la situation est très différente selon le secteur d’activité concerné. Ainsi, dans les secteurs de la construction, du fer et de l’acier, des infrastructures et du textile, la situation financière des entreprises a continué à se dégrader sur l’ensemble de l’année 2015. Leurs profits nets ont diminué significativement (la baisse est estimée entre -2% et -16% selon les secteurs) en raison d’une hausse de la charge de la dette (entre +4% et +16% alors que pour l’ensemble de l’économie elle est contenue à +3%). Dans tous ces secteurs, considérés comme particulièrement fragiles, les crédits octroyés constituaient 17% des crédits totaux fin avril 2016. En conséquence, les banques devraient continuer à enregistrer une hausse de leurs créances douteuses.

Néanmoins, même si la situation des banques indiennes devrait continuer à se fragiliser, la loi adoptée dernièrement sur les faillites et plus précisément sur le processus réglementaire encadrant les recouvrements de dette, devrait considérablement alléger le processus de restructuration en faveur des banques. Actuellement, le taux de recouvrement n’est que de 25,7% en Inde alors qu’il atteint 31,2% en Indonésie et 81,3% en Malaisie. Par ailleurs, il faut en moyenne 4,3 ans aux banques indiennes pour résoudre un défaut de paiement contre 1,9 an en Indonésie et 1 an en Malaisie.

Manque de réformes d’envergure

En juin dernier, le gouvernement Modi a annoncé de nouveaux allègements des contraintes qui pèsent sur les investissements étrangers. Néanmoins, même si ces mesures vont dans le bon sens, elles restent insuffisantes.

La croissance économique indienne est contrainte par un environnement des affaires peu favorable, même si une amélioration a été enregistrée depuis l’arrivée de Narendra Modi au

3 La profitabilité des entreprises indiennes dans leur ensemble s’est améliorée. Ainsi, les profits nets (après paiement des taxes) représentaient 5,2% du chiffre d’affaires fin décembre 2015 alors qu’ils ne s’élevaient plus qu’à 4,3% des ventes fin décembre 2014.

3- Profits et dépenses d’intérêt (g.a.)

— Dépenses d’intérêt Profits nets

50

40

30

20

10

0

-10

-20

-30

Source : Reserve Bank of India

pouvoir. Le manque d’infrastructures reste le point principal de blocage, notamment en termes de distribution d’électricité, d’infrastructures routières et ferroviaires. Par ailleurs, le manque de travailleurs qualifiés, la rigidité du marché du travail et le système de fiscalité inefficace pèsent sur le développement du pays. Ainsi, sans l’adoption de plusieurs réformes majeures le pays ne pourra parvenir à accroître significativement son niveau de développement.

En effet, en dépit d’une croissance dynamique, le pays reste pauvre, ce qui contraint d’autant plus son développement. Lors du dernier exercice budgétaire, on estimait le PIB par habitant à seulement

USD 1581, le même niveau qu’un an plus tôt, représentant une hausse de moins de 12% en cinq ans. Ce faible niveau de revenu réduit d’autant les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement pour développer et soutenir son économie. Sur l’exercice 2015/16 les revenus du gouvernement n’ont pas dépassé

8,9% du PIB.

Résultats décevants aux dernières élections

Lors de son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi comptait sur les élections parlementaires à venir pour acquérir la majorité à la Chambre haute du Parlement et ainsi parvenir à faire adopter les deux réformes clés au développement du pays : l’une sur l’acquisition des terres, l’autre sur la taxe sur les biens et services. Or, les résultats des dernières élections parlementaires qui ont eu lieu dans cinq Etats aux mois de mai et juin, ont été, une fois encore, décevants. Le parti de la coalition au pouvoir, le NDA, n’est parvenu

à obtenir la majorité que dans un seul Etat, l’Assam. Il s’est fait très largement devancé dans les quatre autres. Ainsi, au 22 juin, le NDA ne détenait que 69 sièges sur 245 à la Chambre haute du Parlement, soit seulement 9 de plus qu’il y a 18 mois.

Johanna Melka johanna.melka@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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