Perspectives

Une baisse importante, comme partout, mais une reprise plus lente qu’ailleurs

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 10 juillet 2020)  
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BELGIQUE  
UNE BAISSE IMPORTANTE, COMME PARTOUT, MAIS UNE REPRISE PLUS LENTE QU’AILLEURS  
D’après nos prévisions, le PIB de la Belgique devrait baisser de 11,1 %, cette année, et rebondir de 5,9 % l’année  
prochaine. Le taux de chômage pourrait atteindre 9 %, son niveau le plus élevé en vingt-deux ans. Les différents  
gouvernements ont annoncé des mesures pour lutter contre l’impact du Covid-19, mais les pourparlers en vue de la  
formation d’un gouvernement fédéral sont toujours en cours, ce qui complique la donne. Comme la dette publique  
devrait atteindre 123 % du PIB à la fin de l’année, la marge de manœuvre est limitée, mais la nécessité d’engager des  
dépenses est une priorité, tout au moins pour le moment.  
VERS UNE RÉCESSION DE 11,1% EN 2020  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
L’économie belge s’achemine vers une récession de 11,1 % en 2020.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Après s’est déjà repliée de 6,5 % (t/t) au T1, la consommation privée  
devrait être sérieusement affectée au T2. Selon nos prévisions, elle  
ne dépassera le niveau du T4 2019 qu’au début de 2021. La formation  
brute de capital fixe a un peu moins diminué au cours des premiers  
mois de cette année, mais il faut s’attendre, selon nous, à une chute  
importante, les incertitudes à court et à long terme limitant la volonté  
d’investir des entreprises et leur aptitude à financer les projets  
d’extension prévus. Il faudra beaucoup plus de temps avant que les  
investissements retrouvent leur niveau du 4e trimestre de l’année  
dernière. Il faut donc s’attendre, selon nous, à une restauration  
partielle de l’activité en 2021 avec un taux de croissance en glissement  
annuel de 5,9 %. Des mesures budgétaires ont déjà été mises en œuvre  
par les différents gouvernements, mais la dette publique déjà élevée et  
l’absence de coalition de gouvernement forte risquent de peser sur la  
réactivité et la flexibilité de la politique économique.  
Prévisions  
6
,3  
7
2
2
,3  
1
,5  
1,4  
1,3  
0,7  
-0,2  
-3  
-8  
-11,1  
2020  
-
13  
2
018  
2019  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMPTES NATIONAUX, BNP PARIBAS FORTIS  
Avec l’augmentation du risque de faillites, les perspectives de long  
terme sont très incertaines. La situation est particulièrement précaire  
dans les secteurs mentionnés plus haut comme l’événementiel, les  
loisirs, l’hôtellerie-restauration, mais elle semble également instable  
dans le transport routier et la fabrication d’équipements de transport.  
La probabilité d’une nette hausse des faillites, cet automne, semble  
assez forte.  
CHUTE DU CHIFFRE D’AFFAIRES TOTAL TOUS SECTEURS  
CONFONDUS  
Les chiffres définitifs du PIB au titre des trois premiers mois de l’année  
font ressortir un repli (t/t) de 3,6 %. Le gouvernement belge ayant  
annoncé l’instauration d’un semi-confinement en deux temps, les 13  
et 17 mars, ce chiffre reflète l’impact de deux semaines, environ, de  
mesures les plus strictes prises dans le pays.  
CHÔMAGE PARTIEL ET TÉLÉTRAVAIL  
En avril, l’Office national de l’emploi (ONEM) a enregistré 1,2 million  
de demandes de chômage partiel : environ 30 % de l’ensemble des  
salariés ont demandé à bénéficier de ce dispositif. L’une des mesures  
clés adoptées par le gouvernement a été l’assouplissement des critères  
permettant d’accéder au chômage partiel et l’augmentation du taux  
d’indemnisation. La prolongation de la durée de ce dispositif jusqu’à la  
fin de 2020 dans certains secteurs est à l’étude.  
Comme le montrent les enquêtes régulières réalisées par les diverses  
fédérations sectorielles et la Banque nationale de Belgique, l’activité  
économique a nettement marqué le pas dans les semaines qui  
ont suivi. Concernant le mois d’avril, le chiffre d’affaires total, tous  
secteurs marchands confondus, s’est inscrit à 33 % en deçà de ce à  
quoi on pouvait s’attendre en l’absence de pandémie de coronavirus.  
Dans un premier temps, les secteurs du bâtiment et de l’immobilier,  
en particulier, ont eu du mal à continuer à fonctionner en raison des  
règles strictes de distanciation sociale. Le chiffre d’affaires des bars,  
des restaurants et de différents organisateurs d’événements s’est  
quasiment volatilisé, ces activités ayant été interdites pendant une  
bonne partie du confinement.  
D’après les dernières données de l’ONEM, 25 % de l’ensemble des  
salariés sont restés en chômage technique, ce qui indique une légère  
amélioration. Le plus inquiétant est que, selon une enquête régulière  
de la Banque nationale belge, 20 % des personnes actuellement en  
chômage partiel vont perdre leur emploi dès qu’ils ne seront plus  
éligibles à ce dispositif. Selon nos prévisions, le taux de chômage  
devrait grimper à 9 %, à la fin de cette année, contre 5,3 % en mars.  
Le déconfinement graduel a permis à la plupart des secteurs de redé-  
marrer leurs activités avec un chiffre d’affaires total en légère progres-  
sion, mais toujours inférieur de 20 % aux prévisions du début de l’an- Le télétravail a atteint un point culminant début avril, avec près de 40 %  
née. D’après les résultats des enquêtes, l’insuffisance de la demande de l’ensemble des salariés travaillant à temps plein depuis chez eux  
explique en grande partie la baisse des recettes, et ce, malgré l’amé- et seulement un quart présents à plein temps sur leur lieu de travail.  
lioration du moral des ménages en mai et en juin.  
Début juin, cette situation s’est, dans une large mesure, normalisée :  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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la plupart des salariés travaillaient de nouveau à plein temps sur leur  
lieu de travail, tandis que le télétravail à plein temps ne concernait  
plus que 15 % d’entre eux. Sur la même période, on a observé une  
forte progression des configurations mêlant travail à distance et en  
présentiel, ce qui est désormais une réalité pour environ 15 % de  
l’ensemble des salariés.  
DÉGRADATION DES FINANCES PUBLIQUES  
Les perspectives des finances publiques vont considérablement se  
dégrader. En 2020, les recettes de l’administration centrale devraient  
chuter d’environ EUR 27 mds, suite à la contraction du PIB et, par  
conséquent, de la base imposable. Les dépenses primaires vont très  
probablement se maintenir au niveau de l’année dernière en termes  
nominaux. À cela s’ajoutent EUR 10 mds de dépenses supplémentaires  
annoncées en vue d’amortir le choc de l’épidémie de coronavirus.  
La composition de la dette publique, assortie d’une maturité moyenne  
de dix ans, est légèrement favorable : l’Agence de la dette belge main-  
tient qu’elle peut encore abaisser les taux d’intérêt de la dette, qui  
arrivera à maturité au cours des deux prochaines années. Cela per-  
mettra de compenser presque entièrement l’effet de l’accroissement  
de la dette totale, entraînant une charge financière stable à l’horizon  
de nos prévisions.  
Dans l’ensemble, nous prévoyons un accroissement du déficit à 10,9 %  
du PIB en 2020, contre 1,9 % l’année dernière. Selon le Bureau du plan  
fédéral (BPF) ce déficit se maintiendra autour de 5 % jusqu’en 2025.  
La forte augmentation du besoin de financement fait grimper le ratio  
dette/PIB, d’un peu moins de 100 % l’année dernière, à 123 % pour la fin  
de cette année. Néanmoins, le BPF juge très improbable le risque d’un  
effet boule de neige lié aux charges d’intérêt.  
Arne Maes  
arne.maes@bnpparibasfortis.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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