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septembre 2019  
Autriche : peu de changements attendus après les élections  
Raymond Van der Putten  
La coalition entre l’ÖVP et le FPÖ ayant volé en éclats en  
mai dernier, des élections législatives ont été convoquées  
pour le 29 septembre prochain.  
Elections législatives en Autriche  
Le 29 septembre, les Autrichiens iront voter pour  
renouveler les 183 sièges du Conseil national (Nationalrat).  
Des élections fédérales sont normalement organisées tous  
les cinq ans, selon le principe de la représentation  
proportionnelle. Pour la répartition des sièges, le pays est  
divisé en neuf circonscriptions provinciales (correspondant  
aux neuf provinces), qui sont elles-mêmes subdivisées en  
L’ÖVP va probablement renforcer son assise au parlement,  
mais il devra certainement faire de nouveau appel au FPÖ  
pour obtenir une majorité.  
La politique devrait rester inchangée et centrée sur  
l’assainissement budgétaire et la réduction de la charge  
fiscale.  
3
9 circonscriptions régionales. Sur le bulletin de vote, les  
électeurs indiquent le parti de leur choix et, s’ils le  
souhaitent, ils peuvent exprimer une préférence pour deux  
candidats de ce parti, l’un au niveau de la circonscription  
régionale et l’autre au niveau de la circonscription  
provinciale. La répartition des sièges se fait selon la  
méthode d’Hondt. Le seuil minimum de voix exigé pour  
obtenir une représentation au parlement est fixé à 4 %.  
Bien que le vote ne soit pas obligatoire, la participation est  
relativement élevée. En 2017, 80 % des Autrichiens inscrits  
sur les listes électorales ont voté.  
Le prochain gouvernement devra faire face à un  
environnement économique moins favorable. Le PIB  
pourrait décélérer aux environs de 1,2 % en 2020.  
Rupture de la coalition au pouvoir en mai  
Le 29 septembre prochain, les Autrichiens se rendront de  
nouveau aux urnes (voir encadré). Des élections anticipées  
ont, en effet, dû être organisées après la rupture de la  
coalition entre l’ÖVP (conservateurs) et le FPÖ (extrême  
droite). L’effondrement du gouvernement de coalition faisait  
lui-même suite à la démission du vice-chancelier, Christian  
Strache (FPÖ), après la publication d’une vidéo, enregistrée  
en caméra cachée, en 2017, à Ibiza. Ce fut l’occasion pour le  
chancelier Sebastian Kurz (ÖVP) de dénoncer l’accord de  
coalition et de convoquer des élections anticipées. Le  
gouvernement Kurz ayant été renversé par une motion de  
censure votée au parlement, le président Alexander Van der  
Bellen a désigné un gouvernement intérimaire, composé  
essentiellement de technocrates et dirigé par Brigitte Bierlein,  
présidente sans étiquette de la Cour constitutionnelle.  
Les principaux partis candidats aux élections législatives de  
019 sont les suivants :  
2
Parti  
ÖVP  
SPÖ  
FPÖ  
NEOS  
JETZT  
Grüne  
Orientation politique  
Conservateurs  
Socio-démocrates  
Extrême droite  
Libéraux  
2017  
31,5  
26,9  
26,0  
5,3  
2019*  
36  
22  
20  
8
Écologistes  
4,4  
1
11  
Écologistes  
3,8  
*
sondage Research Affairs, 22-28 août  
Le programme économique du gouvernement Kurz  
Pendant sa campagne, Sebastian Kurz a plusieurs fois fait  
allusion à l’affaiblissement de la position de l’Autriche. Au  
milieu des années 2000, l’Autriche passait pour être la  
Issu des élections fédérales d’octobre 2017, le gouvernement  
de coalition constitué par l’ÖVP et le FPÖ a prêté serment en  
décembre 2017. Son programme était centré sur des  
politiques économiques libérales, comme la réduction de la  
charge fiscale et le renforcement des règles en matière  
d’immigration.  
«
meilleure Allemagne». Or, toujours selon S. Kurz, elle est  
désormais dépassée par d’autres pays. On voit mal,  
cependant, sur quels éléments concrets repose cette analyse.  
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L’Autriche figure parmi les pays les plus riches  
L’Autriche reste, en effet, l’un des pays les plus riches de l’UE  
(
graphique 1).  
Revenu national brut par habitant (en euros et en parité de pouvoir d’achat)  
Pour le chancelier, cette dégradation était surtout perceptible  
sur le marché du travail. En 2012, le taux de chômage  
s’inscrivait à 4,9 %, niveau le plus bas de l’UE. En 2018, il se  
60  
50  
40  
situait toujours  
à
4,9 %, mais d’autres pays comme  
l’Allemagne faisaient mieux (3,4 %).  
Pour les membres de la coalition, l’une des raisons de la  
sous-performance présumée de l’Autriche résidait dans une  
fiscalité élevée (impôts et cotisations sociales), qui  
3
2
1
0
0
0
0
s’établissait à 42,4 % en 2017. L’objectif était de la ramener à  
1
4
0 %, un niveau proche de celui de l’Allemagne . La charge  
fiscale se situe, en effet, parmi les plus élevées de l’UE  
graphique 2). Cependant, la relation entre fiscalité et santé  
(
économique n’est pas des plus évidentes. Le Danemark et la  
Suède affichent, comme l’Autriche, des taux d’imposition  
relativement élevés, mais ils figurent aussi parmi les pays les  
plus riches. De plus, la forte imposition pratiquée en Autriche  
n’a jamais semblé, auparavant, être un obstacle à sa  
croissance.  
LUX IRL DNK NLD AUT DEU SWE BEL FIN FRA EU28 ITA ESP PR  
Graphique 1  
Source : Eurostat  
La fiscalité n’est pas disproportionnée  
Impôts et cotisations de sécurité sociale (en % du PIB)  
Par ailleurs, comme en Allemagne, le gouvernement avait  
pour objectif un budget à l’équilibre. En 2017, le déficit  
budgétaire légué par la grande coalition précédente,  
constituée par le SPÖ (socio-démocrates) et l’ÖVP  
60  
50  
40  
(conservateurs), atteignait 0,8 % du PIB. L’assainissement  
des finances publiques devait donc passer, pour le nouveau  
gouvernement, par des réformes structurelles, notamment  
une réforme fiscale globale et une baisse des dépenses que  
la nouvelle coalition avait l’intention de réduire d’environ  
EUR 12 mds, soit 3 % du PIB.  
30  
20  
1
0
L’immigration est devenue une préoccupation majeure pour la  
population. Cela s’explique en partie par le poids important de  
la main-d’œuvre étrangère dans la population active. En  
0
FRA BEL DNK SWE FIN ITA AUT GRE DEU EU28 NLD PRT GBR ESP IRL  
2
018, 16 % des salariés étaient de nationalité étrangère, soit  
l’un des taux les plus élevés de l’UE. La plupart d’entre eux  
sont issus d’autres pays de l’Union, en particulier d’Europe  
centrale et orientale. De plus, l’Autriche a dû faire face à un  
afflux considérable de demandeurs d’asile, dont le nombre a  
atteint 130000 personnes sur la période 2015-2016. Ce flux  
a, depuis, sensiblement diminué aux environs de 1000  
demandes par mois, avec la réduction du nombre de réfugiés  
arrivant en Europe par la route des Balkans occidentaux.  
Graphique 2  
Source : Eurostat  
taux de la TVA sur les séjours hôteliers et l’introduction d’un  
programme de primes aux familles. Ce dernier prévoit  
notamment un crédit d’impôt pouvant aller jusqu’à EUR 1 500  
par enfant et par an. Il remplace la déduction fiscale des frais  
de garde et l’allocation pour enfants à charge. La mesure est  
critiquée par le SPÖ, car elle favorise les ménages aisés. Les  
foyers aux revenus modestes n’en bénéficient pas pleinement  
dans la mesure où ils ne paient pas d’impôts ou presque pas.  
Le gouvernement de coalition souhaitait réduire l’attractivité  
de l’Autriche pour les immigrés. De son point de vue, en effet,  
l’immigration ne devait être facilitée que pour les travailleurs  
qualifiés dans des secteurs dans lesquels les entreprises  
autrichiennes avaient du mal à trouver de la main-d’œuvre  
ayant les qualifications requises. De plus, l’aide sociale devait  
être limitée aux nouveaux arrivants ayant passé au moins  
cinq ans en Autriche au cours des six dernières années.  
Enfin, les prestations versées aux demandeurs d’asile  
devraient être réduites.  
Concernant l’immigration, le gouvernement a décidé de  
conditionner l’aide sociale accordée aux étrangers à leur  
maîtrise de l’allemand. De plus, les allocations familiales  
versées au titre des enfants résidant dans un autre pays de  
l’Union ont été indexées sur le coût de la vie dans ce même  
pays. Estimant que cette mesure n’était pas compatible avec  
les règles de l’UE, la Commission européenne a engagé une  
procédure d’infraction à l’encontre de l’Autriche.  
Au cours de la courte période pendant laquelle la coalition est  
restée au pouvoir, seules quelques mesures modestes ont  
été prises, comme la réduction des cotisations d’assurance  
chômage pour les bas revenus, l’annulation de la hausse du  
La situation des finances publiques s’est améliorée entre  
décembre 2017 et mai 2019. En 2018, le budget affichait un  
excédent de 0,1 % du PIB, une première depuis 1974. Pour  
2
019, l’excédent budgétaire est estimé à 0,3 % du PIB. Ce  
résultat s’explique principalement par la baisse des taux  
d’intérêt et un environnement économique favorable qui a  
permis l’augmentation des recettes fiscales. En conséquence,  
la charge fiscale a légèrement progressé en 2018 à 42,8 %  
1
Aux termes de l’accord de coalition, la charge fiscale devait être  
ramenée de 43,2 % en 2016 et à 40 % en 2022. Or, elle était plus  
faible en 2016, à 42,6 %, contre 40,2 % en Allemagne.  
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contre 42,4 % en 2017. Une légère baisse à 42,6 % est  
prévue pour 2019.  
 Synthèse des prévisions  
Les négociations en vue de former une coalition s’annoncent difficiles  
Les sondages donnent l’ÖVP nettement en tête des intentions  
de vote. Le parti pourrait réunir environ 36 % des voix. Pour  
obtenir une majorité, il devra néanmoins rechercher un  
partenaire. Sebastian Kurz avait espéré former une coalition  
avec le petit parti libéral NEOS, or celui-ci est crédité de  
8
,3 % des voix, ce qui ne suffira pas pour former une majorité.  
S. Kurz pourrait restaurer la «grande coalition» avec le SPÖ.  
L’Autriche a, en effet, été gouvernée à plusieurs reprises par  
cette alliance; ce fut dernièrement le cas, entre janvier 2007  
et décembre 2017. Cependant, l’expérience ayant laissé un  
goût amer, le leader de l’ÖVP ne sera pas particulièrement  
tenté de la renouveler. Cela impliquerait aussi un changement  
radical de politique. De son côté, le SPÖ qui devrait  
connaître, selon les sondages, une forte érosion de son  
électorat, avec un score d’environ 22 % contre 26,9 %, lors  
des élections de 2017, ne souhaitera peut-être pas rejoindre  
la coalition.  
e : estimations et prévisions  
Source : BNP Paribas Group Economic Research  
Ne reste plus qu’une alliance avec un FPÖ affaibli. Le parti  
d’extrême droite est, en effet, crédité dans les sondages de  
2
0 % des voix contre 26 % lors des législatives de 2017. Une  
L’investissement s’approche d’un sommet  
reconduction de la coalition avec un FPÖ beaucoup moins  
puissant donnerait à S. Kurz plus de poids pour poursuivre  
son ancien programme et mettre en œuvre ses propres  
politiques, mais lui permettrait aussi de faire entrer plus de  
ministres de son propre parti au gouvernement.  
en % du PIB  
Autriche  
••• France  
Allemagne  
‒ ‒ Zone euro  Italie  
26  
25  
24  
23  
22  
21  
Ralentissement de la croissance économique en perspective  
Le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, sera confronté à  
des conditions moins favorables que la première coalition  
Kurz. La croissance économique a ralenti, passant de 0,5 %  
au T4 2018 à 0,4 % et 0,3 %, respectivement, au T1 et au T2  
2
2
019. La croissance annuelle, qui a atteint un pic à 2,7 % en  
018, devrait reculer à 1,4 % en 2019 et à 1,2 % en 2020,  
20  
19  
18  
17  
une évolution qui reste, néanmoins, assez favorable par  
rapport à d’autres pays de la zone euro. Dans l’Allemagne  
voisine, en effet, la croissance devrait, selon les prévisions,  
se replier à un niveau modeste de 0,4 % en 2019 et de 0,2 %  
en 2020.  
16  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
La décélération de la croissance est principalement imputable  
au ralentissement du commerce mondial, en grande partie lié  
aux incertitudes entourant le Brexit et au conflit commercial  
entre les États-Unis et la Chine. Résultat : la demande des  
pays de la zone euro, en particulier, l’Allemagne et l’Italie, qui  
représentent près de 40 % des exportations autrichiennes, a  
marqué le pas. Selon les entreprises du secteur  
manufacturier, les perspectives ne devraient pas s’améliorer  
de sitôt. La confiance des chefs d’entreprises se situe à son  
plus bas niveau depuis juin 2016. Dans notre scénario, la  
production ne devrait se redresser que progressivement en  
Graphique 3  
Source : Eurostat  
montée des incertitudes, l’investissement des entreprises est  
aujourd’hui en perte de vitesse. Dans le secteur du bâtiment,  
la construction de logements est restée assez dynamique,  
portée par une forte croissance de l’emploi et des conditions  
de financement favorables. Les permis de construire ont,  
néanmoins, accusé un repli. Au T4 2018, seuls 15600 permis  
ont été délivrés, un plus bas pour le quatrième trimestre  
depuis 2010. Or, la délivrance de permis de construire  
constitue un indicateur avancé de l’activité du secteur de la  
construction depuis environ deux ans.  
2
020.  
De plus, l’investissement, en nette hausse depuis trois ans,  
s’essouffle. En 2018, le taux d’investissement atteignait  
2
3,9 % du PIB, niveau inédit depuis 2003, juste après la  
La consommation privée, en revanche, est restée très  
vigoureuse, sous l’effet conjugué de la solide progression du  
revenu disponible des ménages, suite à la réforme de la  
fiscalité de 2016, de la générosité des négociations salariales  
en 2018 et de la croissance robuste de l’emploi. En 2018, la  
consommation privée en termes réels a augmenté de 1,6 %.  
Belgique (24 %), meilleur élève de la zone euro (graphique 3).  
La demande a été, dans un premier temps, largement  
soutenue par l’investissement de renouvellement, puis dans  
un deuxième temps par l’investissement dans l’accroissement  
des capacités. Avec la détérioration de la conjoncture et la  
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Malgré le tassement attendu de la croissance de l’emploi en  
2
019, la progression du revenu disponible restera solide,  
portée par des hausses collectives de salaires (2,9 % contre  
,6 % en 2018) et quelques mesures fiscales comme  
2
l’introduction du programme de primes aux familles. La  
croissance de la consommation devrait se maintenir  
globalement au même niveau que l’année dernière et le taux  
d’épargne pourrait même atteindre 7,6 % du revenu  
disponible, contre 7,5 % en 2018. Dans les années à venir,  
même si le revenu disponible est appelé à diminuer, la  
consommation devrait rester assez soutenue, car les  
ménages pourront puiser dans leurs économies.  
Dans un tel contexte, la situation devrait rester très tendue sur  
le marché du travail et les tensions sur ce marché pourraient  
même se renforcer avec le départ à la retraite de la  
génération du baby-boom. L’immigration va probablement  
rester un facteur important pour remédier à la pénurie de  
main-d’œuvre.  
Les négociations salariales, qui devraient rester généreuses,  
se répercuteront en partie sur les prix intérieurs, en particulier  
ceux des services. L’inflation devrait se maintenir autour de  
1
2
,7 % et l’inflation sous-jacente pourrait augmenter à 2 % en  
020, contre 1,8 % en 2018.  
Les incertitudes entourant les prévisions sont très élevées et  
les risques sont, pour la plupart, orientés à la baisse. Ceux-ci  
sont principalement liés  
à
la situation internationale.  
Concernant le conflit commercial entre Washington et Pékin,  
aucune issue n’est en vue et la situation semble même  
s’envenimer. Pour ce qui est du Brexit, l’incertitude est  
extrêmement forte à l’approche de la date butoir du 31  
octobre. Les conséquences négatives d’une sortie sans  
accord sont particulièrement difficiles à prévoir. Quoi qu’il en  
soit, la santé de l’économie autrichienne est relativement  
bonne. Le marché du travail est plutôt robuste. De plus, la  
situation des finances publiques s’est considérablement  
améliorée, offrant au gouvernement une importante marge de  
manœuvre pour lutter contre la récession, si nécessaire.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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