EcoFlash

A chaque pays, sa reprise économique

20 mai 2020  
Zone euro : à chaque pays, sa reprise  
Hélène Baudchon, Louis Boisset, Guillaume Derrien, Raymond van der Putten  
La vigueur du rebond post-crise dépendra des  
caractéristiques propres à chaque économie, de la  
réponse budgétaire apportée mais également du  
niveau d’intégration du pays aux chaînes mondiales  
de valeur.  
Croissance du PIB en zone euro  
En %, variation trimestrielle, en volume  
Allemagne  France --- Italie  Espagne  
3
2
1
0
Certaines économies de la zone euro présentaient,  
avant la crise du Covid-19, des vulnérabilités plus  
fortes. Un niveau de dette ou de chômage élevé  
pourrait ainsi freiner la dynamique de sortie de crise.  
-1  
-2  
-3  
-4  
-5  
-6  
Sur le plan interne, les structures sectorielles, de  
l’emploi et de la consommation seront déterminantes.  
Une trop forte dépendance au tourisme, secteur  
durablement affecté, pèserait notamment sur la  
reprise.  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020  
Sur le plan externe, un redémarrage lent du commerce  
mondial pénaliserait les économies les plus ouvertes.  
Par ailleurs, les disruptions apparues dans les  
chaînes mondiales de valeur, pendant cette crise,  
pourraient plus longuement affaiblir les économies  
les plus intégrées.  
Graphique 1  
Sources : Ameco, BNP Paribas  
politiques budgétaires et la dynamique des échanges  
mondiaux joueront également un rôle essentiel. Au final, la  
réponse à la question n’est pas parfaitement tranchée, les  
quatre pays présentant chacun des forces et des fragilités. Un  
classement est néanmoins possible. Il est sans surprise,  
l’Allemagne se plaçant en tête avec un plus fort potentiel de  
rebond, suivie de la France, puis de l’Espagne, l’Italie fermant  
la marche.  
Le choc du Covid-19 a été particulièrement sévère pour les  
économies de la zone euro (cf. graphique 1). Toutes les  
conséquences de cette crise ne sont pas encore connues et  
des incertitudes demeurent sur le rythme du rebond  
économique attendu au second semestre 2020.  
Des  
situations  
économiques  
initiales  
hétérogènes  
Les quatre plus grandes économies de la zone euro  
Avant la crise du Covid-19, les États membres de la zone euro  
se trouvaient dans des situations économiques différentes, en  
particulier sur le front des finances publiques et du marché du  
travail.  
Allemagne, France, Italie, Espagne  sont-elles égales face  
à la reprise ? Le profil du redémarrage dépendra notamment  
des caractéristiques de chaque État membre (situation initiale,  
structure de son marché du travail, arbitrage entre épargne et  
consommation, tissu productif). La réponse en termes de  
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2
S’agissant des finances publiques, le niveau et la dynamique  
d’endettement divergeaient sensiblement. Alors que la dette  
publique allemande a baissé de plus de 20 points de PIB  
entre 2010 et 2019 (pour atteindre moins de 60% du PIB),  
celle de la France a, de son côté, progressé de plus de 15  
points sur la même période (à 98% du PIB). La France est par  
ailleurs l’un des seuls grands pays de la zone euro à n’avoir  
pas stabilisé son ratio de dette publique sur PIB.  
Structurellement plus élevée, la dette publique italienne  
s’établissait à près de 135% du PIB en 2019, tandis qu’en  
Espagne, elle décroît progressive depuis 2014 (95,5% en  
Taux de chômage  
En % de la population active  
--- Allemagne --- France ▬ Italie --- Espagne (é.d.) zone euro  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
28  
24  
2
1
0
6
2
019 contre 100,7% en 2014).  
La crise du Covid-19 va conduire à une hausse sensible de  
l’endettement public dans la zone euro, par le biais de la  
contraction du PIB nominal et du creusement du déficit public.  
Ce gonflement pourrait freiner la reprise post-crise. Si les  
risques à court terme sont atténués par l’intervention massive  
de la Banque centrale européenne (BCE), à moyen terme la  
vulnérabilité serait plus forte. La hausse du ratio de dette  
publique pourrait mener à une remontée des taux d’intérêt,  
via la hausse des primes de risque, à une autocensure des  
États, limitant ainsi leur effort de relance budgétaire, et à une  
hausse de l’épargne des ménages qui anticipent une  
augmentation future des impôts.  
12  
8
1990  
1995  
2000  
2005  
2010  
2015  
2020  
Graphique 2  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
Part de l’emploi temporaire  
En % de l’emploi total (2018)  
2
5
2
0
S’agissant du marché du travail, les situations de départ  
différaient aussi considérablement (cf. graphique 2). Alors que  
l’Allemagne avait en décembre dernier un taux de chômage  
historiquement bas à 3,2%, il était encore de 14,1% en  
Espagne et de 10% en Italie. Ces deux pays restaient  
profondément marqués par les crises de 2008/09 et de 2011  
en Europe. Cependant, l’Espagne et l’Italie étaient engagées  
dans des dynamiques favorables ces derniers mois, avec un  
taux de chômage en baisse quasi-constante tout au long de  
15  
1
0
5
0
Espagne  
France  
Italie  
UE-27  
Allemagne  
2
019. La France enregistrait aussi des résultats  
encourageants, avec un taux de chômage tombé à 8,1% au  
dernier trimestre de 2019 (données INSEE), soit le niveau le  
plus bas depuis 12 ans. La crise du coronavirus va balayer  
toutes ces « bonnes » tendances.  
Graphique 3  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
Emploi dans les entreprises de moins de 50  
salariés  
Des spécificités endogènes plus ou moins  
favorables à un rebond marqué  
En % de l’emploi total (2017)  
70  
60  
50  
40  
Fragilité des emplois  
Les personnes en contrats temporaires ont, de façon  
générale, été plus lourdement impactées par la crise du  
Covid-19, perdant plus souvent leur emploi et ayant un accès  
plus limité au chômage partiel. En outre, de nombreux  
secteurs de services faisant appel à des contrats temporaires  
resteront au ralenti (sinon fermés) bien après la période de  
confinement. C’est le cas notamment des secteurs artistique,  
touristique et sportif. L’Espagne – en grande partie du fait de  
la taille du secteur touristique  est le pays européen avec le  
taux le plus élevé de contrats temporaires (22%). La France  
et l‘Italie se situent légèrement au-dessus de la moyenne  
européenne, avec respectivement 13,7% et 13,1%, tandis  
quen l’Allemagne il est à 10% (cf. graphique 3).  
30  
20  
10  
0
Italie*  
Espagne  
UE-27  
Allemagne  
France  
* 2016  
Graphique 4  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
Le poids et la situation des PME  
La fragilité des emplois est aussi à mettre en relation avec le  
poids des PME dans le tissu économique de chaque pays. Ce  
poids diffère assez nettement entre les grands pays de  
l’Union européenne. Selon Eurostat, la moitié des emplois  
marchands dans l’UE-27 se trouve au sein de petites  
entreprises de moins de 50 salariés (cf. graphique 4). Ce  
chiffre monte à 64% en Italie et à 58,3% en Espagne. À  
l’inverse, l’Allemagne, dont l’économie repose davantage sur  
l’industrie et les économies d’échelle, ne compte « que » 43%  
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3
d’emplois dans des petites entreprises. La part est plus faible  
encore (40,6%) en France.  
Structure de la consommation des ménages  
1
Part des principaux postes de dépenses dans la consommation  
(
2018)  
De nombreuses interrogations portent sur la capacité des  
petites entreprises à faire face à la crise économique et à  
survivre, en particulier après l’arrêt des aides publiques. Les  
PME sont les plus exposées à la crise actuelle, leurs  
trésoreries étant moins solides. De nombreux blocages  
semblent déjà exister dans le versement des aides actuelles,  
notamment en Italie où seulement un tiers des demandes  
émanant de PME ou de salariés en chômage technique a  
100%  
Soinspersonnels  
Hôtellerie-  
9
8
7
6
0%  
0%  
0%  
0%  
restaurat io n  
Loisirs etculture  
Transports  
50%  
Ameublement  
Habillement  
Dépenses pré-  
2
abouti à un versement à ce jour . Par ailleurs, l’Italie et  
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
l’Espagne sont les pays où la contraction économique pourrait  
être la plus forte au deuxième trimestre 2020, ce qui  
accentuera d’autant les difficultés financières des petites  
entreprises de ces pays.  
engagées  
Education, santé  
Dépenses  
alimentaires  
0%  
Allemagne France  
Italie  
Espagne  
Épargne forcée : rebond assuré de la consommation ?  
Graphique 5  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
Le redémarrage de la consommation des ménages revêt un  
caractère-clé dans le profil de la reprise à venir. C’est, en effet  
et en premier lieu, la composante de la demande la plus  
importante au regard de son poids dans le PIB (un peu plus  
de 50% pour l’Allemagne et la France, 60% pour l’Italie et  
l’Espagne). C’est aussi la composante de la demande la plus  
susceptible de redémarrer rapidement, notamment grâce à  
l’épargne accumulée pendant le confinement.  
non négligeable. Compte tenu de la situation d’avant-crise,  
des forces et faiblesses du marché du travail de chaque pays  
et des mesures prises pour amortir le choc, l’Allemagne  
semble moins exposée que la France, l’Espagne et l’Italie.  
Mais si le meilleur fonctionnement de son marché du travail  
devrait jouer favorablement (sous l’hypothèse qu’il passe le  
test de la crise actuelle), le rebond de la consommation en  
Allemagne pourrait être limité par le caractère plus prudent  
des ménages allemands comparé aux ménages français,  
italiens et espagnols.  
Cette épargne « forcée » est la résultante mécanique de la  
chute de la consommation des ménages tandis que leur  
revenu disponible a été globalement préservé. Les prévisions  
de printemps de la Commission européenne permettent de la  
3
L’incertitude sur la vigueur de la reprise de la consommation  
des ménages tient aussi à sa composition, au poids des  
dépenses non impactées par le confinement (les dépenses  
pré-engagées et alimentaires notamment) et, parmi celles  
impactées, les dépenses reportées et facilement rattrapables,  
celles qui mettront plus de temps et les « annulées ».  
Malheureusement, il est aujourd’hui difficile de présumer des  
comportements de consommation. Certaines de ces  
dépenses peuvent intégrer différentes catégories, comme les  
voyages, l’achat d’une voiture, l’habillement. Certaines  
dépenses pourraient aussi bénéficier d’un effet « rush » et  
faire l’objet d’une surconsommation temporaire : ce pourrait  
être le cas des bars et restaurants, des cinémas, des sorties  
en général. Cet effet rush et le rebond global de la  
consommation, s’ils ne semblent pas soumis à une contrainte  
de revenus, restent toutefois sous la contrainte des mesures  
de distanciation sociale. Ils sont également conditionnés à  
d’éventuels changements dans les modes de consommation.  
Vue sous cet angle, la question du retour à la normale ne  
consiste pas tant à savoir combien de temps il prendra mais  
si même il aura lieu. À cet égard, les quatre grands pays de la  
zone euro sont logés à la même enseigne. La structure de  
leur consommation ne montre pas non plus de différences  
suffisamment importantes pour que ce soit un facteur  
différenciant dans le rythme de leur reprise (cf. graphique 5).  
mesurer . La Commission s’attend à une hausse du taux  
d’épargne des ménages en 2020 comprise entre 6 et 7 points  
pour l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. Cela  
porterait le taux d’épargne des ménages allemands à 25%,  
celui des Français à 22%, celui des Italiens à 17% et celui  
des Espagnols à 14%. Il convient de préciser que ces  
prévisions ne recouvrent pas uniquement l’épargne forcée :  
elles intègrent aussi de l’épargne de précaution.  
Toute la question est de savoir à quelle vitesse et dans quelle  
ampleur cette épargne forcée va être débloquée et  
consommée lors du déconfinement et de la remise en route  
de l’économie. Point positif, l’effet amortisseur sur le pouvoir  
d’achat des ménages de la chute des prix du pétrole, d’un  
piètre secours pendant le confinement, constitue un facteur  
de soutien potentiel important pour l’après-crise. Néanmoins,  
ce qui importera le plus, ce sera la confiance des  
consommateurs vis-à-vis du risque sanitaire, d’une part, et de  
l’état du marché du travail, d’autre part. L’ampleur du choc sur  
les revenus mais aussi sur le patrimoine financier importera  
également. Pour certains, la question ne sera pas celle de  
l’ampleur du dégonflement de leur épargne mais de sa  
reconstitution.  
L’état du marché du travail est un élément déterminant car il  
conditionne le maintien ou non d’un matelas d’épargne de  
précaution, qui limiterait d’autant le rebond attendu de la  
consommation. L’ampleur de la rémanence du choc sur  
l’emploi et le chômage est difficile à évaluer mais le risque est  
Structure sectorielle : avantage à l’Allemagne ?  
La sortie de crise, la vitesse et l’ampleur du rebond  
économique dépendent de nombreux paramètres. La  
structure sectorielle des économies en est un.  
1
Si on élargit le seuil à 249 employés (les PME au sens d’Eurostat),  
la part au sein de l’UE-27 est de 67%, avec 76,8% en Italie, 71,8% en  
En allant du général au particulier, rappelons que l’une des  
particularités de cette crise réside dans le fait que les services  
marchands sont touchés de plein fouet et, qu’au lieu de jouer  
leur rôle habituel d’amortisseur de récession, ils constituent  
un facteur aggravant. Le poids important de ce secteur en  
Espagne, 63,2% en Allemagne et 53,4% en France.  
2
Coronavirus : la survie des entreprises italiennes entravée par la  
bureaucratie, Les Echos, 11 mai 2020.  
3
European Economic Forecast, Spring 2020, Commission  
européenne, mai 2020  
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economic-research.bnpparibas.com  
4
France, Italie et Espagne (près de 60% de la VAB totale  
contre 51% en Allemagne) constitue un désavantage  
comparatif pour ces pays dans la situation actuelle  
Structure sectorielle des économies  
Part de chaque branche dans la VAB totale (2019)  
Services principalement non  
marchands  
Arts, spectacles et activités  
récréatives  
Activités scientifiques et techniques ;  
services administratifs et de soutien  
Information et communication  
100%  
(
cf. graphique 6). Comment ce facteur peut-il jouer dans  
l’après-crise ?  
90%  
80%  
70%  
60%  
50%  
40%  
On aimerait pouvoir dire : plus dure aura été la chute pendant  
le confinement, plus vigoureux sera le rebond. Cependant, les  
incertitudes entourant la demande, en lien avec la  
progressivité du déconfinement et les mesures de  
distanciation sociale, font craindre une reprise plus lente. Ces  
observations valent d’ailleurs aussi pour la construction et  
l’industrie. Ces deux secteurs sont certes plus cycliques,  
c’est-à-dire coutumiers des variations amples et des rebonds  
marqués après de fortes contractions. Néanmoins, il est plus  
difficile de remettre en route des chantiers et des usines que  
de rouvrir des magasins : le retour à la normale dans ces  
secteurs pourrait être plus lent encore, d’autant plus que les  
mesures de confinement auront été importantes et les  
capacités de production sous-utilisées. Ce point joue en  
faveur de l’Allemagne, moins « confinée » que ses  
Activités immobilières  
Activités financières et d'assurance  
Hébergement et restauration  
Commerce de gros et de détail,  
30%  
transports  
Construction  
2
0%  
0%  
1
Industrie  
0
%
Agriculture, sylviculture et pêche  
Allemagne France  
Italie  
Espagne  
Graphique 6  
Sources : Commission européenne, BNP Paribas  
Poids du tourisme (2018)  
4
partenaires , quand les patrons 5français (tous secteurs  
16%  
Dans lesexportations  
Dans lesimportations  
confondus) se montrent pessimistes .  
1
1
1
4%  
2%  
0%  
Pour l’ensemble des secteurs, parmi les freins  
à un  
redémarrage rapide, il faut également considérer les  
éventuelles contraintes de main d’œuvre et les difficultés de  
recrutement. L’activité est aussi susceptible d’être ralentie par  
les surcoûts et la baisse de productivité entraînés par les  
gestes « barrière » sanitaires et les mesures de distanciation  
sociale. Le tissu productif, derrière la structure sectorielle de  
chaque économie, et sa solidité financière comptent aussi.  
Dans l’industrie s’ajoutent la variable commerce mondial et  
l’incertitude de son redémarrage, le tout sur fond d’une  
8%  
6%  
4%  
2%  
0%  
Allemagne  
France  
Italie  
Espagne  
possible nécessaire  
verdissement » des économies, des tendances à même de  
peser sur le secteur.  
« démondialisation »  
et  
d’un  
Graphique 7  
Sources : Banque mondiale, BNP Paribas  
«
Espagne (cf. graphique 7), est un handicap certain dans la  
course actuelle à la reprise et son avenir restera aussi en  
suspens aussi longtemps que la distanciation sociale doit être  
maintenue.  
Au regard de ces différents éléments, il est possible mais pas  
certain que l’Allemagne profite de sa puissance industrielle  
exportatrice pour repartir plus vite que ses partenaires. Plus  
précisément, elle pourrait jouer favorablement à court terme,  
mais à plus long terme, dans le monde « d’après », cette  
dernière pourrait la desservir.  
Le poids des chaînes de valeur  
La participation accrue aux chaînes de valeur mondiales  
(CVM) a été une dynamique-clé de l'économie mondiale au  
cours des dernières décennies. Elle a stimulé la croissance  
en augmentant la productivité, en lien avec une hausse de la  
spécialisation. Cependant, ce système a également rendu les  
chaînes de production plus vulnérables aux perturbations  
économiques. Les chocs dans un pays sont rapidement  
transmis à d'autres économies. Dans le cas de la crise du  
Covid-19, les entreprises ont fait face à des ruptures  
d'approvisionnement, causées par des restrictions de  
transport et des fermetures de chaînes de production. La  
capacité de rebond dépend donc également de la restauration  
de ces dernières.  
L’Allemagne semble, en effet, plus exposée que ses  
partenaires à une remise en cause de son modèle de  
croissance (basé sur sa puissance industrielle exportatrice)  
en cas de changement de paradigme économique (vers une  
croissance moins carbonée et moins portée par les échanges  
mondiaux). Cela ne veut pas dire que tout ira bien pour les  
autres pays qui devront aussi chercher de nouveaux relais de  
croissance.  
Le cas particulier du tourisme en est une bonne illustration.  
6
Son poids important en France , en Italie, et plus encore en  
4
Resilient builders lay foundation for German economy to  
La baisse des échanges commerciaux affectera surtout les  
économies les plus ouvertes. Parmi les grandes économies  
de la zone euro, l'Allemagne devrait ainsi être la plus touchée.  
En 2019, ses exportations de biens et services représentaient  
Outperform”, Financial Times, 14 mai 2020.  
5
D’après une enquête de l’institut Xerfi, publiée début mai et réalisée  
auprès de 1 300 patrons français, l’été 2021 est, pour 90% d’entre  
eux, l’horizon auquel ils pensent retrouver la totalité de leurs  
4
7% du PIB, un chiffre bien plus élevé qu’en Espagne (35%),  
en Italie (32%) et en France (31%) (cf. graphique 8).  
6
Ce poids important peut être relativisé par la grande part du  
touristique intérieure dans le PIB français, 5 points viennent des  
visiteurs résidents et 2 points des non-résidents.  
tourisme national : sur les 7% que représente la consommation  
EcoFlash // 20 mai 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
5
La participation aux CVM se mesure souvent par la part des  
intrants étrangers dans les exportations. Le graphique 9  
montre qu’elle est plus élevée pour les petits pays, ce qui les  
rend plus sensibles aux perturbations des CVM dans le  
contexte de la crise actuelle. La participation aux CVM d’une  
grande économie disposant d’une production riche en  
technologies peut être relativement faible. Cette économie est  
capable de produire localement une grande partie de la valeur  
ajoutée, ce qui explique pourquoi en Allemagne la part  
d’intrants étrangers dans ses exportations est relativement  
basse.  
Les exportations en % du PIB (2019)  
140  
1
20  
00  
80  
1
60  
40  
20  
0
Ces  
dernières décennies, l'exposition du secteur  
manufacturier allemand aux pays d'Asie de l'Est et du Sud,  
parmi lesquels la Chine, le Japon, et la Corée, s'est  
rapidement accrue. En 2015 (dernières données disponibles),  
cette région représentait 20,6% des importations  
manufacturières de l'Allemagne, contre 18,6% pour la France.  
De plus, l'Allemagne figure parmi les plus grands pays  
FRA ITA ESP GRC FIN PRT DEU AUT BEL NLD IRL  
Graphique 8  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
exportateurs  
à destination de la Chine. En 2015, les  
importations chinoises de produits manufacturés se sont  
élevées à 7,6% en provenance d'Allemagne, contre 2,4% de  
la France, 1,8% d'Italie et 0,7% d'Espagne. Par conséquent,  
la forte baisse de l’activité industrielle chinoise a constitué un  
frein à l’activité manufacturière en Allemagne.  
Part des intrants étrangers dans les exportations  
45  
40  
35  
30  
25  
Compte tenu de l’importance du secteur manufacturier  
allemand, la perturbation a été rapidement transmise aux  
pays voisins. La demande finale de produits manufacturés en  
France, en Italie et en Espagne contient respectivement  
20  
1
5
0
5
0
9
,2%, 6,5% et 6,7% de valeur ajoutée en provenance  
1
d'Allemagne. Cela souligne l’importance de la reprise de  
l’industrie manufacturière allemande pour les autres pays  
européens. Parallèlement, l’industrie allemande dépend  
également de la demande et des importations de pièces  
essentielles en provenance de ses voisins.  
DEU GRC ESP ITA FRA FIN AUT NLD PRT BEL IRL  
Graphique 9  
Sources : TIVA(OCDE/OMC), BNP Paribas  
À court terme, la reprise progressive de l'activité industrielle  
chinoise est favorable à l'industrie allemande, mais cela ne  
suffira pas. Les secteurs manufacturiers européens sont  
tributaires, en grande partie, d’une reprise de la demande sur  
le continent, qui dépend de la levée des restrictions et de la  
sortie du confinement.  
Mesures fiscales dans le cadre du Covid-19  
Au 8 avril 2020, en milliards d’euros  
Allemagne  
France  
Italie  
Espagne  
Dépenses directes*  
du PIB  
143  
17  
20  
14  
La crise du Covid-19 a mis en évidence la vulnérabilité des  
CVM. Ce n'est pas seulement la complexité des chaînes  
d'approvisionnement qui a retenu l'attention mais également  
la dépendance des pays à l'égard de la Chine pour certains  
produits. En particulier, les pays européens questionnent  
désormais la dépendance du continent à la Chine pour la  
production de masques et de certains produits  
pharmaceutiques notamment. Ainsi, la crise a renforcé l'appel  
à la relocalisation de certaines industries. D'un point de vue  
environnemental également, le raccourcissement des chaînes  
de valeur apparaît bienvenu  
%
4.4  
0.7  
1.2  
1.2  
Garanties bancaires,  
prêts, recapitalisations  
962  
312  
530  
112  
%
du PIB  
Total  
29.6  
1105  
34  
13.9  
329  
32.4  
550  
9.8  
126  
11  
%
du PIB  
14.6  
33.6  
*Incluent les dépenses en chômage partiel, transferts aux  
indépendants/entreprises, dépenses.  
Note: ce tableau n'incorpore pas les reports de charges sociales et d'impôts, qui  
sont des dépenses.  
Ouverture des vannes budgétaires  
Tableau 1  
Sources : FMI, BNP Paribas  
L’ensemble des gouvernements ont répondu promptement à  
la crise en mettant en place en urgence plusieurs mesures  
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budgétaires conséquentes. Parmi ces mesures, peuvent être  
aux entreprises en difficulté et aux indépendants) et celles  
parant aux problèmes de liquidité et de trésorerie (prêts  
garantis par l’État, recapitalisations). Les mesures directes  
auront un impact fort sur la reprise économique dans le court  
et moyen terme.  
distinguées celles représentant une impulsion budgétaire  
directe (mise en place du chômage partiel, investissements  
hospitaliers pour faire face à l’épidémie, aides exceptionnelles  
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EcoFlash // 20 mai 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
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Une grande partie de ces mesures sont synthétisées dans le  
tableau 1 ci-contre, extrait du Fiscal Monitor du FMI d’avril . Il  
n’inclut pas les reports et les annulations de charges sociales  
qui, pour le cas des annulations, représentent des dépenses  
directes supplémentaires (positif pour la croissance et négatif  
pour le déficit public).  
Tableau de bord récapitulatif du potentiel de reprise  
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Potentiel plutôt élevé  
Potentiel plutôt faible  
Faible % de  
PME :  
% élevé de  
Allemagne, France  
PME :  
Espagne, Italie  
Poids  
important du  
secteur  
Poids élevé  
des services  
marchands :  
Un fait se dégage cependant : les soutiens directs sont, en  
part du PIB, bien plus élevés en Allemagne que dans les trois  
autres grands pays européens (première ligne du tableau).  
Ces dépenses s’élèvent à 4,4% du PIB allemand, contre 1,2%  
en Italie et en Espagne, et 0,7% en France. Il est clair que  
l’Allemagne, se reposant sur un excédent budgétaire  
conséquent, disposait de marges de manœuvre bien plus  
importantes pour faire faire face à la crise.  
Espagne, France  
manufacturier : Allemagne, Italie  
Importateur  
net secteur  
tourisme :  
Exportateur  
net secteur  
tourisme :  
Allemagne  
Allemagne  
Espagne, France, Italie  
Endettement  
élevé du  
secteur  
Faible  
endettement  
public :  
public :  
Espagne, France, Italie  
France  
Faible  
endettement  
des  
Endettement  
élevé des  
entreprises :  
entreprises :  
Allemagne, Espagne, Italie  
Cela dit, sur la question spécifique du dispositif de chômage  
partiel, le programme Kurzarbeit mis en place en Allemagne  
s’avère moins dispendieux, tant sur le montant de  
l’indemnisation que sur son plafond. En effet, le salarié  
allemand perçoit 60% de son salaire net (67% avec des  
enfants à charge), alors que le salarié français reçoit 84%  
Faible  
endettement  
des ménages : Italie  
Endettement  
élevé des  
ménages :  
Allemagne, Espagne, France  
Espagne, Italie  
Taux de  
Faible taux de  
chômage pré-  
pandémie :  
chômage  
élevé pré-  
pandémie :  
Allemagne, France  
(
70% du brut) et l’espagnol 70% de son salaire brut. Ce  
Faible %  
emplois  
temporaires :  
% élevé  
demplois  
temporaires : Espagne  
montant est fixé à 80% du salaire brut en Italie, ce pays étant  
donc le plus généreux sur ce critère. Concernant le plafond  
d’indemnisation, il oscille entre EUR 1 098 et 1 400 par mois  
en Espagne et en Italie, entre EUR 2 750 et 2 890 en  
Allemagne, tandis que la France a un plafond beaucoup plus  
Allemagne, France, Italie  
Faible % des  
intrants  
étrangers dans  
les  
% élevé  
d'intrants  
étrangers  
dans les  
exportations : Allemagne, Espagne,  
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exportations  
élevé à environ EUR 5 500 euros (70% de 4,5 smic horaire) .  
France, Italie  
Part élevée  
des  
exportations  
Par ailleurs, le nombre de travailleurs ayant sollicité ce  
dispositif est, de loin, le plus élevé en France. À la mi-mai, le  
ministère du Travail dénombrait 12,4 millions de demande  
d’autorisation préalable, soit environ 40% de la population  
Faible part des  
exportations  
dans le PIB :  
Espagne, France, Italie  
dans le PIB :  
Allemagne  
Tableau 2  
Source : BNP Paribas  
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active . L’Allemagne évaluait au début du mois de mai le  
nombre de demande à 10,1 millions (soit 23% de la  
population active). On comptabilise, à ce jour, environ 8  
millions de demandes en Italie (30,1%) et 3,390 millions en  
Espagne (14,7%).  
des répercussions plus fortes sur l’économie allemande. Le  
tableau 2 ci-contre reprend les différents indicateurs passés  
en revue dans cet article et positionne les quatre grandes  
économies de la zone euro en fonction de ces critères et de  
ce qu’ils impliquent pour leur potentiel de reprise, élevé ou  
faible.  
***  
L’Espagne et l’Italie seront, sans nul doute, les deux pays,  
parmi les grandes économies européennes, qui auront le plus  
de difficultés à traverser cette crise sanitaire. Leur plus  
grande part de petites entreprises, le tourisme, un chômage  
endémique, et un endettement public déjà élevé les rendent  
très vulnérables. La France se trouve, comme souvent, dans  
une situation intermédiaire. Elle partage les handicaps  
susmentionnés mais à un degré moindre. C’est aussi une  
économie plus résiliente : elle devrait se relever moins  
difficilement que l’Espagne et l’Italie mais davantage que  
l’Allemagne. Tant sur le plan structurel que budgétaire,  
l’Allemagne semble, en effet, a priori mieux armée pour  
opérer un redémarrage économique dans les prochains mois.  
Néanmoins, des interrogations demeurent sur la capacité du  
commerce extérieur à tirer la croissance allemande, comme  
cela a été le cas pendant la crise financière de 2008. En effet,  
la Chine est en phase de ralentissement, et un regain des  
tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis aura  
Cette crise du Covid 19 constitue plus globalement un test  
pour la solidité du modèle européen, sachant que les  
différences de profil de rebond pourraient accroître les  
disparités économiques entre les États membres de la zone  
euro. En conséquence, le processus de convergence des  
économies risque d’être significativement freiné voire inversé.  
Dans ce cadre, une réponse européenne concertée et forte  
est attendue. Des discussions pour la création d’un fonds  
destiné à financer la reprise économique post-crise sont en  
cours.  
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À distinguer des demandes réelles d’indemnisation. Selon des  
statistiques provisoires de l’Unedic publiées le 12 mai, 70% des  
demandes d’autorisation préalables déposées ont donné lieu à une  
demande d’indemnisation pour le mois de mars.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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