Emerging

D’un choc à l’autre

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Eco Emerging // 3 trimestre 2022  
economic-research.bnpparibas.com  
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ÉDITORIAL  
D’UN CHOC À L’AUTRE  
Depuis le début de l’année, les pays émergents ont été confrontés à une série de chocs successifs et inattendus  
qui vont considérablement affecter leurs performances économiques. Les pressions inflationnistes mondiales ont  
augmenté en raison de la hausse des prix des matières premières et des perturbations dans les chaînes d’appro-  
visionnement résultant du conflit en Ukraine. De plus, au printemps, les confinements dans d’importantes régions  
industrielles chinoises ont aggravé les problèmes d’approvisionnement et un peu plus assombri les perspectives de  
demande mondiale. Les politiques monétaires ont été durcies dans la plupart des pays, tandis que les conditions de  
financement externe se sont détériorées du fait de l’affaiblissement de la confiance des investisseurs internationaux  
et du resserrement monétaire américain. Les marchés émergents ont déjà fait face à des sorties de capitaux depuis  
le début de l’année. Dans ce contexte, les emprunteurs émergents les plus exposés à d’éventuelles difficultés de  
paiement sont les États dont la notation est déjà faible et qui affichent à la fois des finances publiques fragiles et des  
déséquilibres extérieurs élevés. Ces états emprunteurs, très vulnérables, ne sont toutefois pas si nombreux.  
d’emprunt sont importants, bien que plus faibles que prévu compte  
MULTIPLES VENTS CONTRAIRES À LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE  
tenu de l’ampleur des sorties d’investissements de portefeuille.  
Concernant l’effet sur les coûts d’emprunt externes, le choc a renforcé  
Au cours des quatre derniers mois, les marchés émergents (ME)  
la dichotomie entre les emprunteurs souverains de bonne qualité et  
ont été confrontés à une nouvelle série de chocs qui n’étaient pas  
ceux de qualité spéculative. Quant aux coûts des emprunts locaux, la  
anticipés au début de l’année. Tout d’abord, la demande et les chaînes  
situation est beaucoup moins binaire et, dans une certaine mesure,  
d’approvisionnement mondiales ont subi deux revers majeurs et  
plus rassurante, car, à l’exception de quelques pays, les rendements  
très différents : la guerre en Ukraine depuis fin février, et les sévères  
réels actuels des obligations d’État restent inchangés, voire inférieurs,  
confinements dans d’importantes régions industrielles en Chine  
à ceux de fin 2019.  
au cours du printemps. Les pressions inflationnistes mondiales ont  
également rapidement augmenté sous l’effet des chocs d’offre et de la Pour les emprunteurs souverains de catégorie investment-grade, le  
flambée des prix de l’énergie et des matières premières agricoles, qui taux d’intérêt réel sur la dette restera inférieur à la croissance du PIB  
étaient déjà élevés et en hausse avant la guerre. Tour à tour, la plupart réel attendue en 2022. Le fardeau de la dette pourrait donc s’alléger  
des banques centrales ont resserré leurs politiques monétaires et ce, malgré la hausse du ratio dette/PIB. En revanche, pour les pays dont  
en dépit de la dégradation des perspectives de croissance économique. les finances publiques étaient déjà structurellement fragiles avant la  
Enfin, le resserrement rapide de la politique monétaire américaine et crise de la COVID-19 et dont le déficit courant va s’aggraver en raison  
la perte de confiance des marchés ont conduit à la détérioration des de la hausse des prix des matières premières, le coût du financement  
conditions de financement externe pour les emprunteurs des ME, et à externe a atteint un niveau dissuasif, voire prohibitif. Le refinancement  
d’importantes sorties d’investissements de portefeuille.  
de la dette extérieure nécessitera forcément le soutien d’institutions  
financières internationales ou de créanciers bilatéraux officiels afin  
d’éviter un défaut de paiement souverain. Parmi les principaux pays  
émergents et en développement, on peut citer la Tunisie et le Pakistan,  
qui se trouvent actuellement dans une situation très compliquée.  
L’Afrique du Sud et le Brésil devront surtout supporter un endettement  
plus élevé. L’Égypte se trouve entre ces deux catégories de pays.  
Par conséquent, en 2022, la croissance économique des ME sera plus  
lente que prévu en début d’année. L’une de nos plus fortes révisions à la  
baisse concerne la Chine. L’activité économique y a effectivement ralenti  
au T1 2022 et s’est probablement contractée au T2 2022. À court terme,  
la croissance ne devrait se redresser que progressivement. En outre,  
les risques baissiers restent élevés : la situation sanitaire est toujours  
incertaine et les autorités maintiennent une stratégie anti-COVID très La crise de la COVID-19 n’a pas entraîné de forte hausse de la dette  
ferme ; la consommation privée aura du mal à se redresser, notamment du secteur privé non-financier, contrairement à la dette publique.  
parce que le marché du travail s’est dégradé ; et la contraction du En outre, la plus forte hausse de la dette des entreprises et/ou des  
secteur immobilier se poursuit. Les politiques économiques chinoises ménages a été enregistrée dans des pays qui affichent un niveau de  
sont de plus en plus expansionnistes, les autorités préférant des développement élevé et/ou de bons fondamentaux macroéconomiques.  
mesures de soutien graduelles et ciblées plutôt qu’un vaste plan de Quant à l’endettement en devises étrangères, dans un grand nombre  
relance. La politique monétaire et les conditions de crédit se sont de ME, la dette extérieure des entreprises a diminué, ou juste  
progressivement assouplies depuis le quatrième trimestre 2021, mais légèrement augmenté, depuis fin 2019. Cependant, les tensions sur les  
la faiblesse de la demande de crédit réduit l’efficacité de la politique taux de change et les taux d’intérêt pourraient affaiblir la capacité des  
monétaire.  
entreprises à supporter un endettement plus élevé.  
RESSERREMENT DES CONDITIONS FINANCIÈRES EXTERNES  
Achevé de rédiger le 5 juillet 2022  
Les récentes sorties de capitaux n’ont pas eu, jusqu’à maintenant, des  
conséquences très inquiétantes pour les pays émergents. Toutefois, les  
réserves de change des banques centrales se sont affaiblies dans la  
plupart des ME (notamment en Turquie), y compris les exportateurs  
de matières premières. Les effets sur les taux de change et les coûts  
La banque  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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