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La compétitivité menacée

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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SUISSE  
LA COMPÉTITIVITÉ MENACÉE  
Les politiques très accommodantes introduites par le Conseil fédéral et la Banque nationale suisse (BNS) ont réussi  
à limiter les conséquences économiques de la pandémie. En 2020, l’activité économique s’est contractée de 3%. Les  
derniers indicateurs conjoncturels pointent vers un fort rebond au second semestre de cette année. La reprise est  
générale. La consommation privée sera l’un des principaux moteurs de la croissance, les ménages puisant pour leurs  
dépenses dans l’épargne accumulée pendant la crise. La rupture des négociations entre la Confédération helvétique  
et l’Union européenne ainsi que l’introduction possible d’un taux minimum mondial d’imposition des entreprises vont  
probablement nuire à la compétitivité du pays à moyen terme.  
DES POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES TRÈS ACCOMMO-  
CROISSANCE ET INFLATION  
DANTES  
Croissance du PIB  
Prévisions  
.8  
Inflation  
Pour atténuer l’impact de la pandémie sur l’économie, le Conseil fédéral  
a déboursé CHF 15 mds (2% du PIB) en 2020, principalement au titre  
du dispositif de travail partiel (CHF 10,8 mds) et de la compensation de  
la perte de revenus (CHF 2,8 mds). De plus, un programme de garantie  
des prêts a été mis en place en collaboration avec la Banque nationale  
suisse (BNS). Avec la chute des recettes fiscales, due à la contraction  
de la production, les finances publiques ont accusé un déficit de 2,6%  
du PIB en 2020, après avoir affiché des excédents de plus de 1% du PIB  
depuis 2017. Le ratio de dette sur PIB a grimpé à 40%.  
Prévisions  
5.0  
4.0  
3
3.5  
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2.0  
1.0  
0.0  
1
.1  
0.4  
0.5  
0.4  
-
-
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0.7  
La politique budgétaire devrait rester très accommodante en 2021.  
Dans son budget 2021, le Conseil fédéral a provisionné CHF 24,4 mds  
pour les dépenses liées à la pandémie. Le montant très élevé de cette  
enveloppe budgétaire doit permettre de réagir rapidement si néces-  
saire. Il est probable que le déficit budgétaire final n’atteigne guère  
plus de 3,5% du PIB en 2021.  
L’orientation monétaire demeurera très accommodante. La BNS devrait  
ainsi maintenir son taux directeur à −0,75% et pourrait intervenir sur le  
marché des changes pour contrer les pressions à la hausse sur le CHF.  
L’orientation monétaire expansionniste a conduit à une flambée des  
prix sur les marchés immobiliers.  
-
2.7  
-4.0  
2019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS  
période de confinement. En 2020, l’épargne des ménages s’est élevée  
à 21% du revenu disponible net, contre 16 % avant la crise. L’activité  
économique va probablement dépasser le niveau prépandémie au  
second semestre 2021.  
Deux risques majeurs menacent l’économie à moyen terme. La Confé-  
dération helvétique a récemment rompu les négociations avec l’UE,  
portant sur un contrat-cadre destiné à réglementer les relations entre  
les deux parties. Les conséquences immédiates sont limitées dans la  
mesure où plus d’une centaine de traités bilatéraux restent en vigueur.  
Cependant, l’absence d’un tel contrat crée un climat d’incertitude pour  
les investisseurs concernant la relation future. De plus, elle va freiner  
l’expansion de la coopération dans de nouveaux domaines.  
UN FORT REBOND MAIS DES NUAGES À L’HORIZON  
Ces politiques ont été très efficaces : le PIB s’est contracté de 2,7% en  
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020, soutenant favorablement la comparaison avec les pays voisins.  
À partir de septembre 2020, le pays a été confronté à une deuxième  
vague de contaminations de Covid-19, qui a obligé le Conseil fédéral  
à imposer à nouveau des mesures de confinement. L’économie s’est  
contractée de 0,5% au premier trimestre, après une croissance de 0,1%  
à peine au trimestre précédent. Cependant, le repli a été bien moins  
important qu’au deuxième trimestre 2020, la croissance de l’activité  
dans le secteur manufacturier ayant en partie compen la forte baisse Le deuxième risque réside dans le mouvement en faveur d’un impôt  
enregistrée dans les services.  
minimum mondial sur les entreprises. Dans la plupart des cantons  
suisses, l’impôt sur les sociétés est inférieur à 16%. C’est là un argument  
de poids pour attirer de nouvelles entreprises. En cas d’accord sur une  
taxe minimale mondiale, les cantons suisses perdraient cet important  
outil d’attraction.  
À partir du mois de mars, l’activité des entreprises a rebondi, avec  
la suppression progressive des restrictions par les autorités. En  
mai, le baromètre conjoncturel du KOF a de nouveau atteint un plus  
haut historique, indiquant une forte reprise à partir de la mi-2021, à  
condition que les progrès réalisés en matière de maîtrise de la pandémie  
se poursuivent. La reprise est générale, le secteur manufacturier  
bénéficiant de la croissance de la demande extérieure et les services,  
de la levée des mesures de confinement. La consommation privée sera  
l’un des principaux moteurs ; les ménages devraient en effet utiliser  
pour leurs dépenses une partie de l’épargne accumulée pendant la  
Achevé de rédiger le 24 juin 2021  
Raymond Van der Putten  
raymond.vanderputten@bnpparibas.com  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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