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EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
La croissance se maintient  
Aux signes de stabilisation du début de l’année a succédé une amélioration des enquêtes de confiance. Le redressement du moral  
des ménages est l’indicateur le plus net et le plus encourageant. Le caractère plus mitigé des données d’activité disponibles vient  
toutefois tempérer ces signaux positifs et nous amène à anticiper une croissance stable au T2, à 0,3% t/t, soit un sixième trimestre  
d’affilée sur, peu ou prou, ce même rythme. Cette stabilité, remarquable en soi, et qui perdurerait à l’horizon des prochains trimestres  
d’après nos prévisions, est à voir d’un bon œil : elle est le signe de la résistance à la baisse de la croissance française. Dans notre  
scénario, cette résistance indique une certaine efficacité des mesures de soutien aux ménages et aux entreprises.  
Jusqu’ici, tout va plutôt bien  
1- Croissance et inflation  
Depuis début 2018, si elle reste sur un rythme peu élevé, la  
croissance française continue surtout de se démarquer par sa  
stabilité, synonyme de résistance. Au T1 2019, le PIB réel a  
progressé de 0,3% t/t, en ligne avec les attentes, ce que nous  
considérons comme une bonne nouvelle au regard des indicateurs  
conjoncturels par ailleurs mitigés. La révision en hausse de la  
croissance au T4 2018 (de 0,3% à 0,4% t/t) fait également partie  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
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des bonnes nouvelles . La stabilité de la contribution de la demande  
intérieure finale (+0,4 point de pourcentage au T1 2019 comme au  
T4 2018) est un autre point positif. Elle repose sur une accélération,  
légère mais encourageante, de la consommation des ménages  
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(
+0,4% après +0,3% t/t) contrebalancée par une décélération,  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
légère aussi, de l’investissement total (+0,5% après +0,6% t/t) et de  
la consommation publique (+0,2% après +0,4% t/t). La différence  
entre les deux trimestres est le jeu de miroir entre la contribution  
des variations de stocks (négative puis positive, à hauteur de -0,2 et  
2- Enquêtes de confiance  
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Climat des affaires INSEE (é.g.)  Confiance des ménages (é.g.)  
▪▪ PMI composite (é.d.)  
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+0,3 point respectivement) et celle du commerce extérieur (positive  
puis négative, à hauteur de +0,3 et -0,3 point respectivement). Les  
créations d’emplois salariés restent, par ailleurs, sur un bon rythme  
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(
+0,4% t/t au T1 2019).  
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Les perspectives de croissance pour le T2 sont un peu moins en  
demi-teinte que celles des trimestres précédents, grâce à  
l’orientation haussière des enquêtes de confiance. Leur  
redressement reste limité et fragile. Le retour en phase d’expansion,  
depuis celle de ralentissement, du nouveau traceur du climat des  
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affaires de l’INSEE est qualifié d’hésitant . Mais ces évolutions n’en  
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sont pas moins positives et contrastent en particulier avec les  
signaux moins encourageants de la conjoncture allemande. Les  
difficultés de notre principal partenaire commercial ne sont pas sans  
conséquence sur l’économie française, mais pour le moment celle-  
ci tire mieux son épingle du jeu.  
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2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Sources : INSEE, Markit, BNP Paribas  
entre l’indice manufacturier (45) et celui des services (55,8). Du côté  
des enquêtes nationales sur le climat des affaires, l’indice  
synthétique de l’INSEE est orienté en hausse quand l’Ifo est à la  
baisse (+4 points pour le premier depuis le début de l’année ;  
2 points pour le second). A 106, l’indice INSEE se situe, par ailleurs,  
nettement au-dessus de sa moyenne 100 de référence et à un  
Depuis son creux du début de l’année, le PMI composite français a  
regagné près de 5 points (après 11 perdus en 2018) et atteint 52,7  
en juin. Cette remontée repose sur l’amélioration du climat des  
affaires dans les services (+ 5 points ; 52,9 en juin) et, dans une  
moindre mesure, dans le secteur manufacturier (+2 points ; 51,7 en  
juin). Le niveau comparable du PMI composite allemand (52,6)  
masque une différence considérable, inhabituelle et inquiétante  
-
niveau compatible avec une croissance trimestrielle de l’ordre de  
,5-0,6%. Le redressement le plus net et le plus encourageant est  
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celui de la confiance des ménages français. En juin, après six mois  
consécutifs de hausse et +14 points en cumulé, elle repasse, à 101,  
tout juste au-dessus de sa moyenne 100 de référence, pour la  
première fois depuis avril 2018.  
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La croissance de 2018 a aussi été rehaussée, de 1,5% à 1,7% (cvs-cjo).  
France : le nouveau traceur du climat des affaires de l’INSEE, Graphique de la  
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semaine, 26 juin 2019 https://economic-research.bnpparibas.com/Charts/26/06/2019,12991  
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EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Le signal positif des enquêtes est tempéré par celui plus mitigé des  
données d’activité disponibles sur avril et mai. Mais d’après notre  
modèle nowcast, que ce soit sur la base des données d’enquêtes  
comme d’activité, la croissance au T2 est estimée à un petit 0,3% t/t.  
Cela correspond à notre prévision, qui est aussi celle de l’INSEE  
tandis que la Banque de France a légèrement abaissé la sienne, de  
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- Réforme de l’assurance-chômage  
Fin 2018, la lettre de cadrage fournie par le gouvernement aux  
partenaires sociaux pour renégocier l’assurance-chômage avait pour  
objectif de revoir les règles de cumul entre indemnisation et revenus  
d’activité, trouver les modalités d’un moindre recours aux contrats courts  
et dégager entre EUR 1 et 1,3 md d’économies par an sur 2019-2021.  
Faute d’accord, le gouvernement a repris la main et a présenté sa  
version de la réforme le 18 juin 2019. Elle compte 12 mesures incitatives  
et d’accompagnement, tournant autour d’un axe principal : la lutte contre  
la précarité. Les économies sont estimées à EUR 3,7 mds sur la  
période. Sur ce total, EUR 350 mns sont alloués au renforcement des  
moyens de Pôle emploi. Le Premier ministre s’est aussi avancé sur un  
objectif de diminution de 150 000 à 200 000 du nombre de demandeurs  
d’emplois d’ici 2021 grâce à cette réforme.  
0,3% à 0,2% t/t. Dans notre scénario, la croissance resterait stable,  
sur ce rythme de 0,3% t/t, pour le sixième trimestre de suite, quand,  
pour continuer la comparaison, un chiffre, nul voire légèrement  
négatif, est attendu en Allemagne (après +0,4% t/t au T1).  
L’importance du moment  
Les perspectives pour les trimestres à venir sont à l’avenant, avec  
un maintien attendu de la croissance française sur ce rythme de  
Mesures par ordre chronologique de mise en œuvre  
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,3% t/t. En moyenne annuelle, la croissance atteindrait 1,3% en  
019 et 1,2% en 2020. La clé de voute de cette résistance reste le  
1er novembre 2019  
(1) ouverture de l’assurance-chômage aux démissionnaires (avec au  
rebond attendu de la consommation des ménages, dans le sillage  
de celui de leur pouvoir d’achat. A ce titre, à compter de 2019,  
l’exception devrait faire place à la règle et la contribution de la  
consommation des ménages à la croissance dépasser celle de  
l’investissement total, après deux années à front renversé.  
moins 5 ans d’ancienneté et un projet professionnel) et (2) aux  
indépendants en liquidation judiciaire (revenu minimum de EUR 10 000  
par an sur les deux années précédant la liquidation).  
(3) nouvelle règle d’éligibilité et de rechargements des droits  
(EUR 2,8 mds d’économies). Aujourd’hui, il faut avoir travaillé au  
minimum 4 mois au cours des 28 derniers mois pour être éligible ;  
demain, ce sera 6 mois sur 24. S’agissant du rechargement des droits, il  
faudra avoir travaillé 6 mois, et non plus 1, pour ouvrir un nouveau droit.  
L’effet de ce durcissement sur la précarité fait débat (une baisse est  
possible mais une hausse aussi). Son caractère contra-cyclique doit  
aussi retenir l’attention puisqu’il réinstaure la règle prévalant avant  
Cependant, l’incertitude sur le rebond de la consommation, plus  
précisément son ampleur, n’est toujours pas levée. Le  
redressement de la confiance des ménages est de bon augure mais,  
pour le moment, les données dures ne suivent pas avec la même  
vigueur. Nous continuons de penser que ce n’est qu’une question  
de temps. La réaction de la consommation des ménages à un  
surcroît de pouvoir d’achat n’est pas immédiate. Et le poids  
relativement important des dépenses contraintes peu sensibles,  
voire insensibles, à court terme aux variations du pouvoir d’achat,  
peut contribuer à ralentir encore les délais de réaction et à atténuer  
l’assouplissement de 2009 (6 mois travaillés sur les 22 derniers).  
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4) dégressivité des indemnités : -30% à partir du 7 mois pour les  
salaires mensuels bruts supérieurs à EUR 4 500, avec un plancher  
d’indemnisation à EUR 2 261 nets (EUR 210 mns d’économies), sauf  
salariés âgés de 57 ans ou plus. Cette mesure vise à réduire la durée au  
chômage des personnes concernées. Celles-ci étant contributrices  
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la réaction elle-même . En revanche, en relâchant la contrainte de  
nettes du système, elle est décriée comme injuste et injustifiée.  
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janvier 2020  
revenu, le surcroît de pouvoir d’achat devrait avoir un effet stimulant  
significatif sur les dépenses compressibles, arbitrables.  
(5) bonus-malus sur les cotisations chômage des entreprises de plus 11  
salariés dans les sept plus gros secteurs utilisateurs de contrats courts  
(fabrication de denrées alimentaires, boissons et produits à base de  
tabac ; activités spécialisées, scientifiques et techniques ; hébergement  
et restauration ; production et distribution d’eau ; transports et  
entreposage ; fabrication de produits en caoutchouc et plastique ; travail  
du bois, papier et imprimerie). Si son taux de fin de contrats donnant lieu  
à une inscription à Pôle emploi est plus (moins) important que la  
moyenne sectorielle, l’entreprise paiera un malus (bonus). La cotisation  
variera entre 3 et 5% (la valeur actuelle est de 4,05%) et s’appliquera  
sur toute la masse salariale. Bonus et malus s’équilibreront au sein de  
chaque secteur. Le calcul du taux de séparation s’effectuera sur  
3 années glissantes. Les entreprises commenceront à sur- ou sous-  
cotiser en janvier 2021 en fonction des données de 2020. La limitation  
actuelle à sept secteurs pose question mais le système pourrait être  
étendu, après évaluation, à l’ensemble de l’économie. Une taxation  
forfaitaire de EUR 10 sera également appliquée sur les CDD d’usage.  
Le temps presse toutefois : il ne faudrait pas que ce rebond de la  
consommation tarde beaucoup plus à se matérialiser, faute de quoi,  
la croissance attendue ne serait pas au rendez-vous. L’importance  
du bon timing de ce rebond renvoie, plus globalement, à celui des  
mesures de soutien au pouvoir d’achat. Nous sommes d’avis  
qu’elles sont mises en œuvre à point nommé et que, combinées aux  
mesures en faveur des entreprises, leur soutien de la demande  
intérieure va opportunément amortir, voire plus que compenser, le  
freinage de la demande extérieure. Le risque existe toutefois que ce  
soutien tombe, au contraire, à plat. Son effet positif pourrait passer  
inaperçu, d’autant plus si les vents contraires extérieurs s’avèrent  
plus forts que prévu, rendant plus difficile la preuve de l’efficacité de  
la politique économique menée.  
(
6) à (11) nouvelle offre d’accompagnement et de services pour les  
nouveaux inscrits, les entreprises et les travailleurs précaires.  
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avril 2020  
(
12) nouveau mode de calcul de l’indemnisation (EUR 700 mns  
d’économies), sur la base du revenu mensuel moyen et non plus du salaire  
journalier des jours travaillés. Les indemnités ne pourront être inférieures à  
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M. Beatriz, T. Laboureau et S. Billot, 2019, Quel lien entre pouvoir d’achat et  
65% du salaire net mensuel moyen ni le dépasser comme cela est  
consommation des ménages en France aujourd’hui ? Une analyse par catégorie  
de ménages et par fonction de consommation, note de conjoncture INSEE, juin  
possible aujourd’hui. Cela doit désinciter au fractionnement des contrats.  
Sources : gouvernement, presse, BNP Paribas  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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