Perspectives

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Espagne

Une croissance un peu moins rapide

L’Espagne continuera à se démarquer de la plupart de ses partenaires de la zone euro au cours des prochains mois, mais la croissance devrait retrouver un rythme plus modéré. Le ralentissement de la consommation s’ajoutera à celui des exportations, qui resteront toutefois dynamiques. En retour, les entreprises devraient être moins enclines à investir et à créer des emplois. En outre, le prochain gouvernement espagnol devra assainir les finances publiques une fois en place. Il a en effet jusqu’en 2018 pour corriger son déficit excessif après que la Commission européenne lui a accordé un délai supplémentaire en juillet dernier.

Moindre contribution des exportations

L’Espagne se démarquera à nouveau de la plupart de ses partenaires de la zone euro au cours des prochains mois. La croissance, après deux années très soutenues, devrait toutefois décélérer au deuxième semestre et en 2017. Le PIB qui, devrait croître de 3,1% cette année et de 1,9% en 2017, ne retrouverait ainsi son niveau d’avant crise qu’au printemps 2017.

En effet, la demande extérieure (32,7% du PIB au S1 2016), qui avait été le principal moteur de la croissance au cours de ces dernières années, pâtira d’une conjoncture mondiale toujours morose, malgré un léger mieux. Le manque de tonus de la zone euro1, son principal partenaire commercial, affectera en particulier la dynamique des exportations. En outre, l’Espagne qui était parvenue, au cours de ces dernières années, à gagner des parts de marché à l’international grâce notamment à l’amélioration de sa compétitivité, pâtit aujourd’hui du ralentissement des gains de productivité. Enfin, s’ajoute à cela l’incertitude autour des conséquences d’un Brexit. Le résultat du référendum britannique en juin dernier a pour l’instant été suivi de peu d’effets, mais l’incertitude autour des modalités d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le ralentissement escompté la croissance britannique au cours des prochains mois ainsi que la dépréciation de la livre sterling sont susceptibles de peser sur les échanges commerciaux entre la zone euro et le Royaume-Uni et in fine sur ceux avec l’Espagne, qui exporte près de 8% de ses marchandises vers le Royaume-Uni.

La détérioration, cet été, du climat des affaires dans le secteur manufacturier et le recul de l’indice des commandes étrangères (à

51,7 en moyenne au T3 2016, après 53,4 au T2 2016) annoncent d’ailleurs une évolution moins favorable des exportations de marchandises.

Modération de la demande intérieure

Ce ralentissement se diffusera à l’ensemble de l’économie. Les conditions de financement resteront avantageuses grâce à la politique monétaire particulièrement accommodante de la Banque centrale européenne (BCE), mais les entreprises seront vraisemblablement moins enclines à investir en raison de perspectives de croissance moins favorables.

La consommation des ménages continuera à soutenir la croissance au cours des prochains trimestres, mais à un rythme légèrement moindre que fin 2015 et début 2016. En effet, le rythme des créations d’emplois devrait, comme la croissance de l’activité, faiblir.

1 L’Espagne a exporté 52,2% de ses marchandises à destination de la zone euro au premier semestre 2016.

1- Synthèse des prévisions

e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Léger essoufflement de la croissance

█ PMI composite — PIB (g.a., %)

Sources : INE, Markit Economics

Ce ralentissement devrait à son tour freiner les hausses de salaires et celle du revenu disponible brut. D’autant que d’importantes surcapacités persisteront sur le marché du travail. En effet, la baisse du taux de chômage restera progressive (à 19,6% en juillet) et il se maintiendra à un niveau élevé.

En outre, selon l’enquête Markit, ce sont les services qui ont participé pour l’essentiel à la création des 434 000 emplois entre les deuxièmes trimestres 2015 et 2016, et qui devraient contribuer pour une large part aux créations d’emplois. Ce secteur, et en particulier celui de l’hébergement et de la restauration (8,8% de l’emploi total au S1 2016), devrait en effet continuer à profiter de la bonne tenue du tourisme. Une partie de la clientèle britannique, qui a représenté

plus de 20% des dépenses touristiques au cours des huit premiers mois de l’année, pourrait se détourner de l’Espagne, mais celle-ci conserve de nombreux atouts en particulier dans le contexte géopolitique actuel. Or, les services créent des emplois à faible productivité et de plus mauvaise qualité donc moins bien rémunérés. En effet, une forte proportion des salariés occupent, dans les services comme dans les autres secteurs d’activité, un emploi temporaire. La part des contrats temporaires dans l’emploi salarié total atteignait ainsi 25,8% au T2 2016, contre 15,6% en moyenne dans la zone euro.

Certains facteurs porteurs en 2015 et début 2016 vont par ailleurs s’émousser progressivement. Les effets de base dus à la chute passée du prix de pétrole vont s’estomper. La variation des prix à la consommation, de retour en territoire positif en septembre (+0,1% g.a.), conservera ainsi une tendance haussière au cours des prochains mois. Le resserrement à venir de la politique budgétaire devrait par ailleurs affecter la croissance en 2017.

L’assainissement budgétaire en suspens

L’Espagne, qui a affiché un déficit budgétaire de 5,1% du PIB en

2015, a échappé en juillet aux sanctions de la Commission européenne pour ne l’avoir pas ramené à 4,2% du PIB en 2015, et obtenu un délai supplémentaire pour corriger son déficit excessif. La Commission européenne a en effet préféré prendre en compte les efforts déjà réalisés ainsi que l’absence de gouvernement.

L’Espagne, qui relève du volet correctif du Pacte de Stabilité et de Croissance depuis 2009, se trouve cependant dans une situation délicate. En effet, le pays ne dispose toujours pas d’un gouvernement susceptible d’adopter les mesures correctives nécessaires. Aucun parti politique n’a obtenu une majorité de sièges au Congrès des députés (fixée à 176 sur un total 350 sièges) à l’issue des scrutins de décembre 2015 et de juin dernier. Le parti de centre droit Ciudadanos et la coalition nationaliste des îles Canaries (CC-PNC) ont apporté leur soutien et leurs trente-deux et un sièges respectifs au Parti populaire (PP, de droite) arrivé en tête des élections de juin. Toutefois, ils disposent à eux trois de trop peu de sièges (170 sièges) pour former un gouvernement. Le soutien ou, à défaut, l’abstention au second tour du vote d’investiture du PSOE

(Parti socialiste ouvrier espagnol), pourvu de 85 sièges, est donc nécessaire. Ce à quoi se refuse jusqu’à présent le PSOE qui hésite toujours sur la stratégie à suivre. Si le PSOE permet au PP de former un gouvernement en s’abstenant lors du vote d’investiture2,

3- Moindre progression du revenu disponible des ménages

Moyenne mobile sur un an (glissement annuel, %)

— Revenu disponible réel ▬ Consommation privée

Source : INE

certains électeurs de gauche mécontents pourraient se rallier au parti de gauche radicale Podemos. S’il refuse de s’abstenir et que de nouvelles élections sont convoquées, le PSOE pourrait perdre des sièges par rapport aux précédentes élections. Le remous et les dissensions au sein du PSOE ont en effet terni l’image du parti. En outre, le PSOE n’a plus de chef de file à même de mener la campagne depuis la démission de son président. De récents sondages montrent d’ailleurs le PSOE en perte de vitesse par rapport à juin dernier. La démission, début octobre, du chef de file socialiste Pedro Sanchez, fermement opposé au retour au pouvoir du PP, pourrait changer la donne, et un gouvernement pourrait voir le jour d’ici le 31 octobre, date butoir au-delà de laquelle de nouvelles élections seraient convoquées fin décembre.

L’exercice du pouvoir sera cependant difficile. Le pays sera alors dirigé par un gouvernement minoritaire, donc plus instable.

L’Espagne, qui ne pourra pas présenter de mesures susceptibles d’assainir les finances publiques lors de la remise mi-octobre de son plan budgétaire pour 2017 à la Commission européenne, devra pourtant fournir un effort important pour corriger son déficit excessif d’ici 2018. Le déficit budgétaire pourrait en effet atteindre 4,6% du

PIB cette année et la dette publique, de 99,2% du PIB en 2015, devrait continuer d’augmenter.

Catherine Stephan catherine.stephan@bnpparibas.com

2 Une majorité absolue est nécessaire au premier tour. Une majorité simple où seules les voix exprimées comptent, suffit au second.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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