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EcoEmerging// 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Russie  
Une croissance à la peine  
La croissance a fortement ralenti sur les cinq premiers mois de l’année et la banque centrale a révisé à la baisse ses prévisions.  
Pour soutenir l’activité dans un contexte de légère baisse des pressions inflationnistes, les autorités monétaires ont réduit leurs  
taux directeurs de 25 pb en juin. Le gouvernement a également mis en place d’importantes mesures visant à stimuler la croissance  
potentielle, en baisse constante depuis 2008/2009. En dépit de la hausse des dépenses publiques, le budget dégage un large  
excédent sur les cinq premiers mois de l’année. Même si ces mesures vont dans le bon sens, elles doivent s’accompagner d’un  
désengagement de l’Etat et d’une amélioration de la gouvernance pour générer une forte hausse de la croissance potentielle.  
Net ralentissement de la croissance au T1 2019  
1-Prévisions  
La croissance économique a fortement ralenti au T1 2019 pour  
n’atteindre que 0,5% en glissement annuel (g.a.) alors qu’elle  
s’établissait à 1,9% un an plus tôt.  
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017  
2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budg.du gouvernement % PIB  
Dette publique, % du PIB  
1,6  
3,7  
2,3  
2,9  
1,2  
5,0  
1,8  
4,0  
Ce mouvement reflète, d’une part, la baisse de la production de  
pétrole conformément aux engagements pris avec l’OPEP  
-1,5  
15,5  
2,1  
2,9  
1,7  
1,0  
14,3  
6,9  
14,8  
5,9  
15,1  
4,3  
(
reconduits début juillet pour une période de neuf mois) et, d’autre  
Balance courante, % du PIB  
part, le ralentissement de la consommation des ménages induite  
par la hausse du taux de TVA de deux points de pourcentage (pp)  
Dette externe, % du PIB  
32,8  
356  
10,3  
58,3  
27,2  
382  
12,8  
69,4  
26,6  
428  
13,0  
67,0  
23,8  
445  
13,2  
66,0  
er  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change en mois d'imports  
Taux de change USDRUB (fin d'année)  
au 1 janvier 2019. Les investissements ont également décéléré  
(
+0,5% en g.a. au T1 2019 vs +3,8% au T1 2018), en particulier  
dans le secteur immobilier et les transports d’hydrocarbures.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Par ailleurs, même si l’activité a légèrement rebondi en avril elle a  
de nouveau fortement ralenti en mai et les perspectives restent mal  
orientées. En mai, pour le quatrième mois consécutif, les ventes  
d’automobiles se sont contractées (-2,2% en g.a.) et en juin l’indice  
PMI manufacturier, reflet des anticipations des entrepreneurs, était  
inférieur à 50 points pour le deuxième mois consécutif.  
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- La hausse des prix a atteint son pic en mars  
Glissement annuel, %  
Inflation totale ▪▪▪ Inflation hors prix alimentaires et énergie  
18  
16  
14  
18  
16  
14  
12  
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Soutien de la politique monétaire  
Après avoir atteint un pic en mars à 5,3%, l’inflation s’est atténuée.  
En mai, la hausse des prix s’élevait à 5,1% en g.a. Les autorités  
monétaires ont révisé à la baisse leurs prévisions d’inflation de  
12  
10  
8
0
,5 pp, qui serait désormais comprise entre 4,2% et 4,7% en fin  
d’année (un niveau proche de la cible de 4%).  
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6
4
4
Dans un tel environnement, la banque centrale a abaissé ses taux  
directeurs de 25 points de base (pb) à 7,5% lors du dernier comité  
de politique monétaire de juin, afin de soutenir la demande  
intérieure. La politique monétaire devrait rester accommodante dans  
les prochains mois.  
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2
0
0
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source: CBR, CEIC  
L’activité devrait accélérer au H2 2019, favorisée par  
l’assouplissement monétaire et l’augmentation des investissements  
du gouvernement. Mais, sur l’ensemble de l’année la croissance  
restera faible, la banque centrale ayant d’ailleurs révisé à la baisse  
ses prévisions de 0,2 pp à 1-1,5%. Elle restera, en outre, inférieure  
à son potentiel, en baisse depuis dix ans.  
Ce ralentissement trouve notamment son origine dans i) des  
investissements productifs insuffisants et ii) un déclin de la  
population active.  
Pour soutenir la croissance, le président Poutine a annoncé  
d’importantes réformes au lendemain de son élection (May Decree)  
qui pourraient, selon la Banque mondiale, accroître la croissance  
potentielle de 1,2 point de pourcentage d’ici 2028. Ces mesures  
portent sur le relèvement graduel de l’âge de départ à la retraite,  
l’augmentation du taux d’investissement de 11 pp à 34% du PIB  
d’ici 2028, la hausse des dépenses en matière de santé,  
d’éducation et de qualité de vie et, enfin, une politique  
La croissance potentielle continue de baisser  
La croissance potentielle de la Russie a fortement diminué de 3,8%  
en 2008/2009 à seulement 1,5% en 2018 et pourrait, selon la  
Banque Mondiale, n’être que de 1,3% d’ici 2022 si le gouvernement  
ne parvient pas à infléchir cette tendance.  
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démographique et migratoire plus favorable afin de contrer la baisse  
de la population (enregistrée pour la première fois en 2018).  
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- Baisse de la corrélation entre le rouble et le prix du pétrole  
Prix du pétrole (USD)  
▪▪ Taux de change rouble par USD (é.d., inversée)  
140  
er  
Au 1 janvier 2019, l’âge de départ à la retraite a commencé à être  
relevé (réforme qui pourrait accroître la croissance potentielle de  
0
,3-0,4 pp selon la Banque mondiale). Par ailleurs, sur les cinq  
0
Février 2017 : nouvelle règle fiscale  
premiers mois de l’année 2019, les dépenses infrastructures, de  
protection de l’environnement et de santé ont fortement augmenté,  
sans pour autant alourdir le total des dépenses publiques.  
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20  
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00  
1
30  
40  
50  
60  
8
0
Néanmoins, pour parvenir à stimuler les investissements privés, le  
gouvernement devra aller plus loin dans ses réformes en réduisant  
60  
sa participation dans l’économie et en améliorant la gouvernance.  
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0
0
0
En effet, si lenvironnement des affaires sest globalement amélioré1  
70  
80  
90  
2
cela reflète principalement une amélioration de la qualité des  
infrastructures. En revanche, la gouvernance est restée médiocre.  
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2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
La Russie était classée 162 parmi 211 pays en 2018 (soit 5 rangs  
de mieux qu’il y a cinq ans). La principale source de faiblesse reste  
Source : Datastream  
la corruption qui est toujours extrêmement forte au regard du  
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classement (138 sur 180) et de la note du pays (28/100) par  
sanctions américaines. Néanmoins, sa capacité de résistance s’est  
sensiblement renforcée depuis 2017. Les réserves de change ont  
été en partie reconstituées, la dette extérieure a fortement diminué  
et le cours de change du rouble est beaucoup moins corrélé au prix  
du pétrole qu’il y a deux ans.  
Transparency International. La Banque mondiale estime qu’une  
amélioration de l’environnement des affaires et un désengagement  
de l’Etat accroîtrait la croissance potentielle de 0,3 pp.  
L’excédent budgétaire en forte hausse  
Fin mai 2019, les réserves de change atteignaient USD 405 mds,  
soit seulement USD 20 mds de moins qu’avant la mise en place des  
sanctions internationales en avril 2014. Elles représentaient près de  
Après avoir atteint 2,6% du PIB en 2018, l’excédent budgétaire s’est  
élevé à 2,7% du PIB sur les cinq premiers mois de l’année 2019. La  
hausse des dépenses dans le cadre du programme de  
développement a été en partie compensée par la baisse des  
charges d’intérêt, limitant ainsi l’augmentation totale des dépenses  
à 5,3%, soit moins que la croissance du PIB nominal.  
13 mois d’importations de biens et services et couvraient 5,6 fois la  
dette extérieure remboursable à moins d’un an.  
Après avoir atteint 6,9% du PIB en 2018, le surplus du compte  
courant s’est élevé à 8,9% du PIB au T1 2019. La forte  
augmentation du solde courant depuis cinq trimestres reflète la  
hausse des exportations de pétrole et gaz (+0,7 pp à 15,9% du PIB)  
mais aussi celles des autres produits exportés (+ 0,7 pp à 10,9% du  
PIB).  
Dans le même temps, les revenus du gouvernement ont fortement  
augmenté (+13,7% en moyenne annuelle) grâce à la hausse des  
recettes de TVA (+15,7%). La part des recettes hors pétrole et gaz  
s’est ainsi élevée à 56,8% (+3 pp par rapport à l’année 2018). La  
hausse des recettes pétrole et gaz est restée modeste (+6,9%) en  
raison de la baisse de la production de pétrole (dans le cadre des  
accords OPEP-Russie) et des prix convertis en roubles (-1,3% en  
mai en g.a.). En 2019, le solde budgétaire du gouvernement devrait  
rester largement excédentaire, bien qu’en baisse par rapport à 2018.  
La dette extérieure totale a été réduite de USD 52 mds au cours des  
douze derniers mois en raison du désendettement des banques et  
des entreprises. La dette extérieure du gouvernement a augmenté,  
même si elle est restée modeste (3,3% du PIB au T1 2019).  
La dette du gouvernement s’est réduite de 1,2 point de pourcentage  
pour atteindre seulement 14,3% du PIB en 2018.  
La corrélation entre le rouble et le prix du pétrole a fortement baissé  
en raison notamment des achats de devises par la banque centrale.  
En 2018, le rouble s’est déprécié de 18% face au dollar alors que le  
prix du baril de pétrole augmentait de 30,5%. Néanmoins, la  
décorrélation a résulté en partie des sorties de capitaux entre avril  
et octobre 2018. Sur les six premiers mois de l’année 2019, le  
rouble ne s’est apprécié que de 9% (en dépit des investissements  
de portefeuille au T1 et des achats de devises par la banque  
centrale) alors que le prix du pétrole augmentait de plus de 17%.  
Par ailleurs, grâce aux achats de devises par la banque centrale  
pour le compte du ministère des Finances, le fonds de richesse  
national (National Wealth Fund, NWF) devrait s’élever en fin  
d’année à USD 124,6 mds (vs USD 58,7 mds fin mai 2019). En effet,  
USD 66 mds de devises achetées en 2018 seront transférés sur le  
compte du NWF d’ici fin 2019.  
Consolidation des comptes extérieurs  
L’économie russe reste fortement dépendante de l’évolution des  
prix des matières premières et vulnérable à un durcissement des  
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En termes de facilité à faire des affaires (Ease of Doing Business), la Russie  
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est classée 31 sur 189 pays (devant l’Inde et l’Indonésie).  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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