Emerging

PDF
TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-amelioration economique-vulnerabilite-slovenie-balkans de l'ouest-etudes economiques-bnpparibas

Slovénie et Balkans de l’ouest

Une dynamique positive mais fragile

En 2015, la situation économique des Balkans de l’ouest s’est améliorée. L’activité a accéléré, dans un environnement faiblement inflationniste, et les indicateurs macroéconomiques se sont renforcés. Dans l’ensemble, cette tendance devrait se poursuivre en 2016 malgré la dégradation des perspectives de croissance en Europe. Néanmoins, des sources de vulnérabilité demeurent : des tensions politiques importantes, la fragilité des finances publiques de certains pays dans un contexte de rythme de réformes lent, et la dépendance aux investissements étrangers. La situation slovène est la plus saine, les évolutions en Croatie et en Serbie sont encourageantes, les vulnérabilités restent importantes en Macédoine, au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine.

En 2015, l’activité économique a progressé dans l’ensemble des pays des Balkans de l’ouest1. Cette tendance devrait se confirmer en 2016 même si la dégradation des perspectives économiques européennes et la persistance de tensions politiques risquent de réduire l’ampleur du rebond.

Fragile rebond de l’activité

Depuis 2015, le rebond de l’activité économique est significatif pour l’ensemble des six pays des Balkans de l’ouest. Tandis que la croissance du PIB a stagné entre 2010 et 2014 (+0,04% en moyenne pour l’ensemble de la zone), le rebond a été supérieur à 2% en 2015. Le redressement en zone euro (+1,5% en 2015 contre +0,7% en moyenne durant la période 2010-14) est le premier élément moteur de ce retour de la croissance. Les exportations constituent plus de 40% du PIB (76% pour la Slovénie) et la zone euro en est la première destination.

Deux autres facteurs de soutien ont été le recul du chômage et la baisse significative de l’inflation (qui est devenue négative en 2015

à -0,04% contre 2,9% en moyenne entre 2010 et 2014). Cela a soutenu la consommation privée. Enfin, l’investissement bénéficie de l’apport des fonds de soutien européens et des flux d’investissements directs étrangers (IDE) attirés par les processus de privatisation en cours. À un niveau plus sectoriel, la redistribution de l’activité touristique vers les pays du nord de la Méditerranée a soutenu les exportations de services, notamment en Croatie et au Monténégro où la fréquentation (en nombre de nuits passées par les touristes étrangers) a augmenté respectivement de 7,5% et 20% en 2015 en rythme annuel.

Dans le détail, la situation est plus contrastée. En Slovénie, l’activité a confirmé en 2015 (+2,9%) le rebond amorcé en 2014 (+3,0%) après deux années consécutives de récession. Si l’ensemble des composantes de la demande ont contribué à la croissance en 2015, les principaux moteurs ont été la consommation privée et les exportations. Après six années consécutives de récession, la croissance croate est redevenue positive (+1,6%) grâce au rebond de la consommation et de l’investissement privé. La situation serbe est plus spécifique en raison des graves inondations qui ont conduit l’économie en récession en 2014 (-1,8%). Poussé par les travaux de reconstruction, l’investissement a été dynamique en 2015 et a permis à l’activité de croître de 0,7%. L’investissement a aussi été un élément important de la croissance au Monténégro (+3,2%) et en Bosnie-Herzégovine (2,8%) en 2015, principalement dans le domaine des infrastructures. En Macédoine, la croissance a atteint

1 Slovénie, Croatie, Serbie, Macédoine, Monténégro et Bosnie-Herzégovine.

1- Synthèse des prévisions – Slovénie

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Croissance réelle du PIB

Moyenne Balkans de l’ouest, %

8

6

4

2

0

-2

-4

-6

-8

00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17

Sources : Eurostat, BNP Paribas

3,7% en 2015 grâce au soutien de la consommation interne (privée et publique) et aux bonnes performances des exportations.

Pour 2016-17, les perspectives de croissance sont plus mitigées en raison des tensions politiques locales et des incertitudes concernant l’activité économique en zone euro. La révision à la baisse des prévisions de croissance en zone euro en 2016 et 2017 (1,4% et 0,9% attendus) devrait peser sur le dynamisme des exportations des Balkans de l’ouest. Par ailleurs, l’évolution récente des indicateurs de confiance en zone euro, depuis le début de l’année, ainsi que les incertitudes liées aux conséquences du Brexit pourraient freiner les flux d’investissements.

Depuis fin 2015, l’incertitude politique a augmenté dans un certain nombre de pays des Balkans de l’ouest. Si les gouvernements serbe, monténégrin et slovène semblent bénéficier d’une certaine stabilité, l’incertitude actuelle en Croatie et en Macédoine pourrait retarder la mise en place des réformes économiques et accroître au

moins temporairement l’aversion au risque des investisseurs

étrangers.

Au total, l’activité sera plus dépendante du dynamisme de la demande interne. En Slovénie, la croissance devrait difficilement dépasser 2% en raison d’une politique budgétaire restrictive et de la poursuite du désendettement (la variation annuelle du crédit domestique est négative depuis fin 2012 et a atteint -6% en g.a. en février 2016). Le rebond devrait se poursuivre en Serbie (2,0% attendu) grâce notamment aux flux d’IDE (plus de 5% du PIB en 2015) et à la consommation des ménages qui se redresse depuis fin 2015. De même en Croatie, la demande interne et le tourisme soutiendront la croissance qui restera cependant modeste (inférieure à 2% en 2016 et 2017).

Persistance de faiblesses structurelles

Les indicateurs des marchés du travail dans les Balkans de l’ouest sont très dégradés. Les taux de chômage sont élevés et les taux de participation faibles. Seule la Slovénie se démarque avec un taux de chômage inférieur à 10%, tandis que celui-ci dépasse 15% de la population active en Croatie, Serbie et Monténégro, et plus de 25% en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine. Pour l’ensemble de la région, le taux de participation est de 50% en moyenne, contre 70% dans l’ensemble de l’Union européenne (UE). Seul le développement du secteur informel, et des migrations importantes vers les pays de l’UE permettent de limiter les conséquences socio- politiques de tels indicateurs du marché du travail.

Au niveau macroéconomique, les principales sources de fragilité sont les finances publiques, et dans une moindre mesure l’endettement élevé du secteur privé.

La Slovénie se démarque par des indicateurs à des niveaux satisfaisants et en amélioration. Le déficit budgétaire devrait rester en dessous de 3% du PIB à court terme. La dette publique est élevée (84% du PIB en 2015) mais devrait se stabiliser avant de décroître à partir de 2018. Une partie de cette dette est liée au sauvetage du système bancaire national en 2013 (les niveaux de capitalisation sont maintenant en adéquation avec les normes européennes) ainsi qu’à la constitution d’un financement de précaution qui va au-delà du besoin de financement budgétaire et équivaut à 15% du PIB.

La situation croate est plus fragile mais devrait progressivement s’améliorer avec le retour de la croissance. Le déficit budgétaire devrait être inférieur à 3% du PIB à partir de 2016, mais la dette publique est élevée (87% du PIB en 2015) et à 80% libellée en devises, exposant les finances publiques au risque de change. Par ailleurs, l’ensemble des agents est également significativement endetté en devises. La dette extérieure est équivalente à 100% du PIB et celle libellée en devises (mais en partie détenue par des résidents) atteint presque 180% du PIB. La liquidité en devise de la banque centrale est satisfaisante et le compte courant est en excédent (5,1% du PIB en 2015).

Les finances publiques serbes sont en amélioration, parallèlement au rebond de l’activité et à la mise en place de réformes budgétaires. Le déficit devrait se stabiliser autour de 3% du PIB, mais la dette publique est élevée et devrait continuer d’augmenter (79% du PIB prévu en 2016). L’exposition au risque de change est importante puisque 80% de la dette est libellée en devises dont un

3- Equilibres macroéconomiques, 2010-14 2015-17 (moy.)

% du PIB

Sources : Eurostat, BNP Paribas

tiers en dollar US. Cependant, la ligne de précaution fournie par le FMI (environ 3,5% du PIB) réduit ce risque.

En Macédoine, le déficit budgétaire reste contenu à un niveau assez élevé (3,8% du PIB en 2015) et la dette publique n’est pas une source de vulnérabilité (40% du PIB fin 2015). Cette situation plutôt favorable demeure néanmoins fragile car sensible à l’accroissement des tensions politiques qui pourraient remettre en cause le processus de réforme et réduire l’attractivité du pays.

En Bosnie-Herzégovine et au Monténégro, les comptes publics sont très fragiles. Si les indicateurs bosniaques sont à des niveaux modérés (le déficit public est inférieur à 3% du PIB et la dette a atteint 45% du PIB en 2015), les finances publiques sont fragiles – notamment pour des raisons politiques – et le soutien international (UE et FMI) reste indispensable. Au Monténégro, le dérapage des dépenses creuse le déficit budgétaire (8,5% du PIB en 2015) et rend le pays dépendant des marchés des capitaux (la dette publique devrait augmenter de 25 points de PIB entre 2014 et 2016 pour atteindre 71% du PIB).

La situation économique des pays des Balkans de l’ouest est en voie d’amélioration, tant du point de vue de l’activité que de celui des équilibres macroéconomiques. Cependant, en dehors de la

Slovénie qui bénéficie de son appartenance à la zone euro et d’une transition économique plus avancée, les sources de vulnérabilités sont importantes et persistantes. La transition économique est loin d’être achevée et l’importance du secteur public pèse sur les finances publiques. Des processus de privatisation sont partout à l’œuvre mais leur rythme reste lent en raison des conséquences sociales et de la sélectivité des investisseurs internationaux. La persistance de tensions politiques, des perspectives lointaines d’adhésion à l’UE et des vulnérabilités macroéconomiques encore importantes incitent à la prudence quant aux perspectives économiques de moyen terme des pays des Balkans de l’Ouest.

Pascal Devaux pascal.devaux@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2141 articles et 562 vidéos