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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Qatar  
Une économie résiliente malgré l’embargo  
Au prix d’une modification des voies commerciales traditionnelles et d’un soutien public massif au secteur bancaire, l’économie  
qatarie s’est stabilisée depuis la fin de l’année 2017. Malgré les contraintes liées à l’embargo, la croissance économique du Qatar  
reste soutenue, notamment grâce à la poursuite du programme d’investissement du gouvernement. Cependant, l’endettement  
extérieur, notamment des banques, est important et représente un facteur de vulnérabilité non négligeable. A moyen terme, si l’on  
peut avoir des interrogations sur la capacité de l’économie du Qatar à se diversifier, la mise en production et l’exportation de  
nouvelles ressources gazières devraient renforcer la solidité financière de l’émirat.  
1-Prévisions  
Les projets soutiennent la croissance  
2
016 2017e 2018e 2019e  
En 2017, le ralentissement de la croissance du PIB réel est resté  
modéré malgré les contraintes pesant sur l’économie qatarie. La  
croissance du PIB réel est estimée à 1,6%, contre 2,2% en 2016,  
mais surtout à 1,1% en moyenne pour l’ensemble des pays du  
Conseil de Coopération du Golfe (CCG). La production du secteur  
des hydrocarbures, qui équivaut à environ la moitié du PIB, est  
restée pratiquement stable en 2017. L’embargo n’a pas affecté ces  
activités car l’essentiel de la production est à destination des pays  
asiatiques qui n’ont pas modifié leurs relations commerciales avec  
le Qatar. A l’échelle régionale, le Qatar est un petit producteur de  
pétrole (0,6 million baril/jour en moyenne en 2017), et son niveau de  
production a été réduit d’environ 8% dans le cadre de la politique  
restrictive de l’OPEP. Proportionnellement, la production de gaz est  
cinq fois plus importante (en tonnes équivalent pétrole). Elle est  
relativement stable dans le temps car elle est liée à des contrats  
d’exportation de long terme. En 2017, l’activité des industries  
extractives s’est, quant à elle, réduite de 0,5%.  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
2,7  
2,7  
1,5  
0,3  
2,5  
0,3  
9,3  
2,6  
2,0  
8,0  
38,0  
9,3  
96  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-7,4  
-5,6  
Dette publique / PIB (%)  
47,0 54,0 45,0  
Solde courant / PIB (%)  
-6,0  
123  
32  
3,8 12,6  
Dette extérieure / PIB (%)  
100  
15  
93  
26  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDQAR (fin d'année)  
38  
6,0  
3,6  
2,9  
3,6  
4,7  
3,6  
6,5  
3,6  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique  
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- Contributions à la croissance du PIB  
Contributions en points de pourcentage  
Hydrocarbures Manufacturier Construction Commerce Autres  
5
4
3
2
1
0
L’évolution des secteurs non pétroliers est plus contrastée mais elle  
est restée positive grâce aux dépenses publiques. En effet, un  
certain nombre de projets sont menés dans le cadre d’un  
programme de USD 200 mds d’investissements (soit 121% du PIB  
de 2017). Celui-ci a pour objectif de préparer le pays à l’accueil de  
la coupe du monde de 2022 et, plus généralement, de permettre à  
l’économie de se diversifier. Ces investissements concernent  
principalement des infrastructures sportives et de transport, ainsi  
que des projets immobiliers. Etant donné la bonne situation des  
finances publiques, ces programmes n’ont été que marginalement  
affectés par la chute des prix du pétrole, en 2015 et 2016, et par les  
évènements politiques de 2017. L’embargo a contraint les autorités  
à trouver des alternatives de transport et d’approvisionnement. Les  
importations sont reparties à la hausse dès le T4 2017 et ont  
retrouvé leur niveau antérieur à la crise diplomatique. Le secteur de  
la construction (10,5% du PIB, soit le premier secteur d’activité hors  
hydrocarbures), qui connaît une croissance à deux chiffres depuis  
-
1
2
-
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : BNP Paribas  
avec une chute de 47% des touristes provenant du CCG (48% du  
total en 2016). Cette tendance se confirme au premier trimestre de  
018 avec une baisse de 38% de la fréquentation totale par rapport  
à la même période de 2017, et de 86% concernant les touristes du  
CCG.  
2
2
013, n’a pas été affecté en 2017 (+24%). Cependant, le secteur de  
l’immobilier reste assez déprimé. Si les prix semblent s’être  
stabilisés depuis le début de l’année, ils restent loin de leur plus  
haut atteint mi-2016. Les activités liées au tourisme ont été  
fortement affectées par l’embargo, mais leur poids dans le PIB est  
assez faible. Ainsi le commerce de détail (5,9% du PIB) a reculé de  
A court terme, nous prévoyons une légère accélération de la  
croissance. Le relâchement de la contrainte de production décidée  
dans le cadre de l’OPEP et l’augmentation de la production gazière  
du projet Barzan (destiné à la consommation locale) devraient  
soutenir le secteur des hydrocarbures. Par ailleurs, les projets  
d’investissement devraient se poursuivre à l’approche de l’échéance  
9
5
% en 2017 et celui de l’hôtellerie-restauration (0,8% du PIB) de  
,6%. La fréquentation touristique s’est effondrée de 23% en 2017,  
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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
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de 2022. En 2018 et 2019, nous prévoyons une croissance du PIB  
réel de 2,5% et 2,6% respectivement.  
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- Bilan simplifié du système bancaire  
g.a. en %  
Des bilans bancaires fragilisés  
Crédit au secteur privé  Crédit au secteur public  Dépôts  
Position extérieure nette, USD mds, é.d.  
La situation du secteur bancaire s’est stabilisée depuis fin 2017. Le  
soutien de la puissance publique au travers de différents canaux  
6
0
0
50  
(
banque centrale, fonds souverain, gouvernement) a permis au  
-10  
secteur de faire face aux retraits importants de dépôts de la part des  
non-résidents et à la baisse des engagements des banques  
étrangères à partir de juin 2017. Ces deux éléments ont contribué à  
une baisse d’environ USD 30 mds du passif des banques  
commerciales. Selon les données de mai 2018, environ  
USD 10 mds sont revenus dans le système bancaire,  
principalement des dépôts de non-résidents.  
40  
-20  
-30  
3
0
0
2
10  
0
-
40  
50  
-
-10  
La position extérieure nette du secteur bancaire est largement  
négative et s’est fortement dégradée depuis 2015. Les  
engagements nets vis-à-vis de l’extérieur étaient équivalents à plus  
de USD 46 mds en mai 2018 (contre 8 mds à fin 2014). Cette  
hausse du besoin de financement extérieur est notamment due au  
ralentissement de la progression des dépôts et à la hausse du  
besoin de financement du gouvernement en période de baisse  
sensible des prix du pétrole. Les créances totales sur le  
gouvernement (prêts et titres) représentaient plus d’un tiers des  
créances domestiques totales en mai 2018, contre un quart à fin  
-
20  
-60  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : BNP Paribas  
Les actifs extérieurs du pays sont substantiels, mais une partie du  
fonds souverain est constituée dinvestissements domestiques peu  
liquides. En incluant les réserves en devises de la banque centrale  
et une estimation du fonds souverain, ces actifs s’élevaient à  
environ USD 384 mds ou 230% du PIB à fin 2017. Par ailleurs, le  
service de la dette extérieure (les intérêts) est modéré (environ 10%  
des recettes courantes). Le modèle économique qatari est basé sur  
l’endettement extérieur et toute remise en cause de l’accès aux  
capitaux internationaux accroît la vulnérabilité de l’émirat.  
2
014. Par ailleurs, avec le durcissement de la politique monétaire  
américaine (le rial est ancré au dollar US), les crédits au secteur  
privé progressaient de plus de 10% à la même période après un  
ralentissement au cours de l’année 2017 (+6,4%). La position  
extérieure des banques ne devrait pas s’améliorer significativement  
à court terme. Même si le besoin de financement du gouvernement  
se réduit grâce à des revenus d’hydrocarbures en hausse, ses  
dépôts dans le système bancaire ont déjà atteint un niveau  
historiquement élevé en raison du soutien apporté aux banques en  
Un autre élément de vulnérabilité dans le contexte politique régional  
actuel est lié à la capacité de développement des services (tourisme,  
finance) non directement liés aux hydrocarbures, ces activités de  
services étant traditionnellement les plus sensibles à la perception  
du risque politique.  
2
017. Ils représentent actuellement 15% des dépôts totaux (18% en  
D’un point de vue économique, la solvabilité du Qatar repose sur  
ses exportations de gaz et sur les actifs qu’elles ont permis de  
constituer. A moyen terme, elle est amenée à se renforcer avec la  
mise en production de nouvelles capacités gazières. Avec la fin du  
moratoire sur l’exploitation des ressources gazières, on estime que  
la capacité d’exportation du pays en gaz naturel liquéfié  
septembre 2017). La progression du crédit devrait rester soutenue  
dans le cadre du programme d’investissement actuel.  
La qualité des actifs des banques devrait se détériorer modérément.  
Le ratio des créances douteuses en pourcentage des créances  
totales est faible (1,5% au T3 2017). Certains secteurs, tels que le  
tourisme et l’immobilier (30% du crédit au secteur privé), sont  
négativement affectés par l’embargo. Cependant le secteur  
bancaire dans son ensemble est solide. Selon des analyses  
distinctes menées par la banque centrale et le FMI, le niveau de  
capitalisation et de liquidité des banques leur permet de faire face à  
différents scénarios de stress. En cas de difficulté, le soutien du  
gouvernement serait important.  
(
actuellement 30% des exportations mondiales) devrait augmenter  
de 20%. Les conditions actuelles du marché du gaz sont moins  
favorables pour les producteurs que lors des premières phases de  
développement de l’industrie gazière à la fin des années 90. La  
concurrence s’est fortement développée, a tiré les prix vers le bas et  
réduit la part des contrats d’approvisionnement de long terme.  
Cependant, les coûts de production au Qatar restent très compétitifs,  
et le gaz aura un rôle croissant dans le mix énergétique mondial à  
moyen et long terme. Dans ce contexte, la rente gazière du Qatar  
devrait augmenter significativement et permettre d’améliorer  
d’autant la solvabilité extérieure du pays.  
Des perspectives positives malgré certaines  
vulnérabilités  
Dans le contexte politique actuel, et compte tenu d’une dette  
extérieure relativement élevée, la détérioration de la position  
extérieure des banques peut constituer un élément de vulnérabilité.  
La dette extérieure totale était estimée à environ 100% du PIB et  
constituée, à 60%, d’engagements extérieurs des banques.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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