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EcoEmerging// 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Nigéria  
Pas encore le bout du tunnel  
Le Nigéria sort peu à peu de la récession grâce au rebond de sa production de pétrole et à la remontée des cours du brut. Les  
réserves de change ont quasiment doublé depuis fin 2016, l’écart entre le nouveau taux de change de référence et le taux officiel  
s’est réduit, et les risques de nouvelles pressions sur la monnaie locale sont limités à court terme. Mais les fragilités demeurent. La  
trop faible mobilisation des ressources budgétaires et le coût élevé de la dette interne affectent les finances publiques.  
L’environnement monétaire reste restrictif et la vulnérabilité du système financier s’est aggravée. Enfin, l’économie hors pétrole ne  
parvient toujours pas à retrouver de l’allant. Autant d’éléments qui ne rassurent guère dans la perspective d’élections en 2019.  
Reprise en demi-teinte  
1-Prévisions  
Le Nigéria, après sa première récession en 2016 depuis 1991, a  
retrouvé péniblement le chemin de la croissance. Le PIB a  
progressé de 0,8% en moyenne en 2017 et de 2% au T1 2018. De  
plus, les ressorts de cette dynamique sont essentiellement  
exogènes. La production de pétrole est revenue à hauteur de  
2016 2017 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-1,6  
15,7  
-3,9  
0,8  
16,5  
-5,8  
2,3  
12,5  
-4,6  
2,7  
10,5  
-4,1  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
16,9  
0,7  
18,9  
2,8  
20,9  
3,2  
22,9  
2,5  
2
1
millions de barils par jour après avoir touché un point bas à  
,6 millions de barils/jour au second semestre 2016 en raison  
Dette externe, % du PIB  
15,6  
19,4  
39,6  
19,4  
56,3  
17,3  
63,2  
d’actes de sabotage dans la région du Delta du Niger. Conjugué à  
la remontée des cours du brut, l’afflux de pétrodollars a ainsi permis  
de desserrer la contrainte de liquidité extérieure qui pesait sur des  
pans entiers de l’économie. Pour autant, si l’on exclut la contribution  
du secteur des hydrocarbures à la croissance, le PIB ne progresse  
plus que de 0,8% au T1 2018, et ce malgré la bonne dynamique du  
secteur agricole (+3%). Hors hydrocarbures et hors agriculture, la  
croissance est même restée quasi-nulle.  
2
7,2  
7,0  
253  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDNGN (fin d'année)  
9,3  
305  
10,9  
305  
11,3  
360  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Taux de croissance  
En glissement annuel (%)  
PIB  PIB hors hydrocarbures et hors agriculture  
L’économie a subi un ajustement sévère dont les séquelles seront  
longues à effacer. Entre 2014 et 2017, les importations de biens ont  
été divisées par deux, le taux de chômage a augmenté de plus de  
douze points pour atteindre 18,8%, et le bilan des banques s’est  
détérioré dangereusement. De 3% à fin 2014, le taux de créances  
douteuses est passé à 15% au T3 2017 tandis que le ratio de  
capitalisation chutait de 18,6% à 10,6%. La stabilité du système  
financier n’est pas menacée à ce stade. Mais l’aggravation de la  
vulnérabilité des banques dans un contexte monétaire restrictif va  
continuer de peser sur la distribution de crédit à court terme.  
1
2
0
8
6
4
2
0
2
4
1
-
-
L’inflation décélère depuis le pic de janvier 2017 (18,7%) mais reste  
élevée à 11,6% en mai. Surtout, elle risque de repartir à la hausse.  
Le projet de budget 2018 vient à peine d’être ratifié (six mois de  
retard), et l’orientation se veut expansionniste avec des dépenses  
en progression de 22% par rapport au budget 2017.  
Traditionnellement, l’exécution budgétaire est faible. Mais la  
perspective d’élections générales début 2019 pourrait conduire à  
d’importants dérapages, ce qui explique les atermoiements de la  
banque centrale. Cette dernière a joué depuis 2016 un rôle quasi-  
fiscal grandissant. Dans le même temps, elle a ponctionné des  
volumes massifs de liquidités via des émissions de titres avec  
comme conséquence une hausse marquée des taux interbancaires  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source: NBS  
banque centrale pour la stabilité du taux de change à court terme  
implique le maintien d’un biais restrictif.  
Si l’environnement extérieur s’améliore, l’économie connaîtra au  
mieux un rebond graduel de son activité en raison de la persistance  
de freins domestiques. La croissance économique attendue à 2,3%  
en 2018 resterait ainsi inférieure à celle de la population pour la  
quatrième année consécutive.  
(
23% en moyenne en 2017 contre 15% en 2016). Ce durcissement  
Le risque de change est limité  
des conditions monétaires a eu aussi pour objectif de préserver  
l’attractivité financière du Nigeria et de stabiliser le taux de change.  
Malgré des signaux de détente ces derniers mois sur la liquidité  
domestique et le rebond des cours du pétrole, l’inclination de la  
Le rééquilibrage des comptes externes se poursuit. Sur les trois  
premiers mois de l’année, le compte courant a dégagé un excédent  
de USD 4,5 mds, en hausse de plus de 20% par rapport au  
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trimestre précédent. Dans le même temps, les flux entrants de  
capitaux ont atteint USD 12,6 mds, un record sur un trimestre. Les  
réserves ont donc continué de progresser rapidement. Fin mai, elles  
atteignaient USD 47,7 mds, soit quasiment le double du point bas  
de fin 2016.  
3
- Taux de change et liquidité extérieure  
 Taux officiel  Taux parallèle Taux NAFEX  
Réserves de change (é.d.)  
6
00 USDNGN  
USD Mds 60  
N
La dynamique externe bénéficie en premier lieu du rebond des  
exportations d’hydrocarbures (90% des ventes de biens à  
l’étranger) mais pas seulement. L’instauration, en avril 2017, d’une  
nouvelle fenêtre d’accès au change à des conditions de marché  
pour les investisseurs et les exportateurs a permis aussi de  
restaurer la confiance. Depuis, le taux NAFEX, le nouveau dispositif,  
est devenu le cours de référence en s’alignant sur celui du marché  
parallèle, dont l’écart avec le taux de change officiel s’est réduit à  
5
00  
50  
40  
30  
20  
10  
400  
3
00  
00  
2
100  
20% après avoir atteint un pic de 60% en février 2017.  
0
0
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Le risque de nouvelles pressions sur la monnaie locale est limité à  
court terme. Certes, la structure de financement externe est fragile  
car dominée par des flux d’investissements de portefeuilles qui  
peuvent se retourner en cas de stress, notamment à l’approche des  
élections. Mais pour l’instant, le Nigéria a été épargné par les  
turbulences financières qui ont touché de nombreux pays  
émergents depuis le début de l’année. Surtout, avec un excédent  
courant qui devrait dépasser 3% du PIB en 2018 et des réserves de  
changes en mesure de couvrir plus de 10 mois d’importations de  
biens et services, la banque centrale semble en bonne position pour  
défendre le taux de change si nécessaire.  
Sources : CBN, Bloomberg  
changement de stratégie est cohérent, du moins à court terme.  
Cependant, avec plus d’un quart du stock de la dette interne d’une  
maturité inférieure à un an, le gouvernement restera exposé au  
risque de refinancement, ce qui ne sera pas sans poser problème.  
Les rendements sur le marché domestique ont commencé à baisser  
mais la détente des taux sera au mieux lente en raison de la  
persistance de pressions inflationnistes et du biais restrictif des  
autorités monétaires. Les intérêts continueront donc d’absorber une  
part significative du budget (20% en 2019), limitant la marge de  
manœuvre du gouvernement en cas de nouvelles déconvenues.  
Les finances publiques inquiètent  
L’ajustement budgétaire s’annonce plus difficile. L’Etat au sens  
large est contraint par la très faible mobilisation des ressources  
publiques. De 10% du PIB en 2014, les recettes budgétaires sont  
tombées à 6% en 2017. Plus inquiétant, les ressources non  
pétrolières n’ont cessé de s’éroder pour n’atteindre que 3,3% du  
PIB en 2017. Les conséquences sont multiples.  
 Elections en 2019: du bruit et peu de réforme  
La tenue des élections générales de février 2019 va dominer  
l’horizon politique. Les incertitudes sont nombreuses. Le président  
sortant, M. Buhari, semble vouloir se représenter mais sa  
candidature est loin de faire l’unanimité au sein de son parti en  
raison d’une santé fragile. L’opposition est divisée et une troisième  
force politique sous la houlette de l’ancien président, M. Obasanjo,  
est en train d’émerger. Le Nigéria a démontré sa capacité à gérer  
les transitions délicates lors des précédents scrutins. En revanche,  
on peut craindre une montée de l’instabilité dans les multiples  
foyers de tensions qui agitent le pays, en particulier dans la région  
stratégique du delta du Niger. Le processus de réforme devrait  
aussi souffrir. Il semble notamment acté que les autorités  
n’avanceront pas sur la refonte du système de change avant les  
élections. La quasi-totalité des transactions avec l’extérieur passe  
désormais par la nouvelle fenêtre d’accès au change. Mais  
l’utilisation d’un taux de change officiel sous-évalué pour l’achat de  
produits pétroliers génère des distorsions qu’il faudra tôt ou tard  
corriger, sans parler de la nécessaire refonte de la fiscalité ou de  
l’amélioration du climat des affaires.  
Le gouvernement devrait bénéficier de rentrées fiscales supérieures  
aux attentes (le budget 2018 est fixé sur un prix moyen du brut de  
USD 51 contre USD 75 dans notre scénario central). Cependant,  
les difficultés à renforcer la collecte fiscale obèrent toute perspective  
de redressement rapide des comptes publics. Le déficit public  
consolidé resterait ainsi élevé, à 4,6% du PIB en 2018, et ne se  
résorberait qu’à 4,1% en 2019 sous réserve d’une modération de la  
croissance des dépenses publiques. Or, historiquement, les  
périodes électorales coïncident avec un relâchement de la discipline  
budgétaire. En outre, l’Etat doit gérer d’importantes pressions  
financières. De fait, les charges d’intérêts de dette absorbent  
désormais 25% des ressources budgétaires contre 10% en 2014.  
Au-delà des tensions provoquées par la chute des cours du pétrole,  
cette dynamique résulte de l’envolée du coût de la dette sur le  
marché domestique, que les autorités cherchent à contenir en se  
tournant de plus en plus vers l’extérieur. Les émissions cumulées  
d’Eurobonds depuis octobre 2017 s’élèvent déjà à USD 5 mds (4%  
du PIB) et le marché devrait à nouveau être sollicité pour un  
montant de USD 2,8 mds. Le niveau des primes de risque à 340  
points de base laisse penser que la porte reste ouverte. Au regard  
du faible endettement en devise (5% du PIB à fin 2017), ce  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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