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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Egypte  
Les enjeux du secteur agricole  
Avec le développement économique, la part du secteur agricole dans le PIB est en déclin relatif. Par ailleurs, les investissements y  
sont faiblement dynamiques. Cependant son rôle dans la sécurité alimentaire du pays reste décisif dans un contexte de croissance  
démographique forte et de sensibilité importante des ménages aux prix alimentaires. Au-delà, le secteur agro-alimentaire a des  
conséquences macroéconomiques sur l’inflation, le commerce extérieur et les comptes publics. Comme dans le reste de la région,  
la ressource en eau est un défi majeur. Il l’est d’autant plus dans le cas de l’Egypte en raison des incertitudes qui pèsent sur les  
eaux du Nil et de leur disponibilité à moyen terme pour les agriculteurs.  
Un secteur économique structurant mais en déclin  
relatif  
1- Prévisions  
2017 2018e 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,2  
5,3  
5,5  
5,8  
Les principaux indicateurs macroéconomiques égyptiens se sont  
significativement améliorés depuis 2016 grâce à la mise en place de  
réformes budgétaire et monétaire, ainsi qu’au soutien financier de  
bailleurs officiels. Même si des vulnérabilités demeurent, c‘est  
maintenant la seconde étape des réformes qui retient l’attention :  
celle qui permettra de dynamiser la croissance économique et de  
créer des emplois. D’un point de vue sectoriel, on peut noter des  
évolutions positives dans les secteurs de l’énergie ou du tourisme.  
Le secteur agricole a moins retenu l’attention bien qu’il soit un  
élément clé de l’économie égyptienne. L’agriculture, et plus  
généralement l’agroalimentaire, sont à la fois une source de revenu,  
un élément de vulnérabilité économique et un potentiel de  
croissance à moyen terme.  
23,3  
21,5  
-9,5  
13,8  
-7,5  
10,8  
-6,1  
-10,4  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
103  
-6,1  
93  
91  
89  
-2,4  
-2,2  
-1,8  
Dette externe, % du PIB  
34  
31  
37  
44  
32  
47  
29  
52  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDEGP (fin d'année)  
Années budgétaires T-1/T (juillet-juin)  
5,5  
7,2  
7,2  
7,6  
18,1  
17,9  
17,5  
18,5  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance du PIB réel (%)  
Le secteur agricole représentait 11,4% du PIB en décembre 2018 et  
son poids dans l’économie baisse de manière structurelle. Il est  
passé de 16,5% du PIB en 2002 à 12,5% en 2012. En termes réels  
la croissance du PIB agricole a été de 3,2% en moyenne depuis  
PIB total ▪▪▪ PIB agricole  
8
7
6
5
4
3
2
1
0
2
003, contre 4,4% pour le PIB total. Les principales productions  
sont le riz, le maïs, le blé, le coton et la canne à sucre. Le secteur  
emploie environ 14,5% de la population active. Si la quasi-totalité de  
la production est issue de producteurs privés, le rôle du secteur  
public reste déterminant, notamment dans la fourniture d’intrants, la  
distribution du crédit et la gestion du système d’irrigation.  
Confirmant son déclin sectoriel relatif, l’agriculture n’attire que 4,2%  
(
2016/2017) des investissements totaux. Cependant, certaines  
entreprises du secteur agroalimentaire veulent réduire leur  
dépendance aux importations face à une demande locale qui reste  
soutenue. Cela les incite à l’intégration verticale de leur processus  
de production en investissant dans des unités de production  
modernes. Cette stratégie ainsi que la volonté de mettre en place  
des processus de production plus économes en eau devraient  
s’accompagner d’une accélération de l’investissement agricole à  
moyen terme. Comme le reste de l’économie hors-hydrocarbures, le  
secteur attire peu d’investissements directs étrangers (IDE). En  
2003  
2006  
2009  
2012  
2015  
2018  
Source : BNP Paribas  
1
Selon l’indicateur de l’EIU , la sécurité alimentaire égyptienne se  
situe à la 61 place sur 113 pays. Parmi les facteurs déterminants  
e
pour la sécurité alimentaire, la qualité des infrastructures (ports,  
stockage) et la faible volatilité de la production nationale sont deux  
points forts. La prédominance de l’irrigation (grâce à l’utilisation des  
eaux du Nil et dans une moindre mesure des nappes phréatiques)  
dans le mode de production explique la faible vulnérabilité de la  
production aux aléas climatiques. La production agricole primaire  
2
016/2017, il n’a attiré que 0,6% du total des IDE, qui restent  
concentrés sur le secteur des hydrocarbures (61% du total).  
Le secteur agricole contribue doublement à l’économie égyptienne :  
en assurant une partie de la sécurité alimentaire nationale dans un  
contexte de forte pression démographique et, dans une moindre  
mesure, en procurant des recettes d’exportation.  
1
The Economist, Global Food Security Index 2018, Intelligence Unit  
er  
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(
non transformée) permet de répondre à 91,5% de la demande  
3- Inflation des prix à la consommation (g.a)  
2
nationale .  
Inflation totale  Inflation sous-jacente ▪▪▪ Biens alimentaires  
La part de la production primaire exportée dans la production totale  
est faible (2,7% en 2015), et celle des exportations agricoles dans  
les exportations totales de biens n’est que de 8,7%.  
5
0
%
4
3
2
1
0
0
0
0
0
Une source de vulnérabilité macroéconomique  
Les comptes extérieurs des produits agricoles primaires et des  
biens alimentaires sont structurellement déficitaires. En 2017/2018,  
ce déficit s’élevait à USD 7,6 mds soit environ 20% du déficit  
commercial total (11% pour les seules céréales). Etant donné la  
taille de la population (environ 100 millions d’habitants) et le rôle  
central des céréales dans le régime alimentaire moyen (l’Egyptien  
moyen est le premier consommateur de blé au monde), l’Egypte fait  
partie des premiers importateurs mondiaux. Cette dépendance  
contribue à la vulnérabilité de l’économie aux variations des prix  
agricoles. La forte hausse des prix des céréales peut être un  
élément déclencheur de mouvements sociaux, comme en 2008.  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : BNP Paribas  
sont difficiles à estimer. En effet, l’Egypte et l’Ethiopie ne sont pas  
encore parvenues à s’accorder sur une étude d’impact commune .  
4
Deuxièmement, l’impact inflationniste des mouvements des prix  
alimentaires rend délicate la politique de ciblage de l’inflation de la  
banque centrale, même si l’indice sous-jacent (qui exclut la part la  
plus volatile des biens alimentaires) est un indicateur important. En  
dehors des éléments spécifiques liés aux réformes économiques  
Néanmoins, les conséquences d’une baisse du débit d’un fleuve  
dont les rives concentrent 95% de la population égyptienne, et qui  
est essentiel à la production agricole, seront importantes et  
négatives. Ainsi, la production agricole se trouverait certainement  
affectée par une salinisation accrue des terres et une baisse des  
rendements. Par ailleurs, la mise en eau du barrage éthiopien  
réduirait significativement la capacité de production en électricité du  
(
flottement de la monnaie, réduction des subventions), l’évolution du  
prix de l’alimentation est un élément majeur de l’inflation des prix à  
la consommation. En raison de la faible saisonnalité de la  
production agricole, l’inflation alimentaire est soit due à la hausse  
des prix mondiaux des céréales, soit aux rigidités et au manque de  
concurrence du marché agro-alimentaire national. Les prix des  
biens alimentaires représentent 40% de l’indice des prix à la  
consommation et connaissent une volatilité importante. En mars  
5
barrage d’Assouan, situé en aval du GERD . Assouan fournit  
actuellement environ 4,3% de la capacité électrique totale du pays.  
Au niveau régional, les négociations bilatérales ont progressé  
depuis 2014 mais sans accord pour le moment. Au niveau national,  
le gouvernement met en place des mesures susceptibles de  
préserver les ressources en eau. Les importations de riz sont à  
nouveau encouragées pour en limiter la culture et des ressources  
alternatives vont être développées telles que le recours accru aux  
nappes phréatiques, le développement d’usines de désalinisation,  
une meilleure gestion des eaux usées. Cependant, cette politique  
sera à coup sûr coûteuse, tant en termes d’importations (avec la  
limitation des cultures les plus gourmandes en eau), de  
consommation d’énergie (la désalinisation est très énergivore) que  
d’investissements.  
2019, l’inflation annuelle moyenne des prix de l’alimentation était de  
13,5%, à peu près équivalente à celle de lindice général (13,7%).  
Les subventions alimentaires n’ont pas été affectées par le  
programme de réformes budgétaires. Au contraire, afin de soutenir  
le pouvoir d’achat des ménages, celles-ci ont quasiment doublé en  
valeur au cours de l’année 2017/2018 pour représenter 8,6% des  
dépenses budgétaires primaires, soit 1,8% du PIB. Elles devraient  
continuer à progresser modérément à moyen terme.  
Perspectives : la question de l’eau  
Même si le secteur agricole a paru quelque peu marginalisé dans  
les évolutions économiques et les réformes récentes, il reste un  
élément central de la stabilité macroéconomique égyptienne.  
Les perspectives du secteur agricole sont dominées par la  
problématique de la ressource en eau. Le Nil couvre 90% des  
besoins en eau du pays (tous usages confondus) et environ 85%  
des ressources en eau sont destinées à l’agriculture. Cet usage  
intensif des eaux du Nil est susceptible d’être remis en question par  
la construction d’un barrage en amont du fleuve par l’Ethiopie  
3
(
GERD ). Ce projet - d’un coût estimé à USD 5 mds - servirait  
notamment à alimenter une centrale électrique d’une capacité de 6  
gigawatt, la plus grande d’Afrique. Pour le moment les  
conséquences de ce barrage pour la production agricole égyptienne  
4
International Crisis Group, Bridging the gap in the Nile waters dispute, Africa  
Report n°271, 20 mars 2019.  
MEES, Egypt sees end to water tension with Ethiopia : is it a in denial, 21  
septembre 2018  
2
IFPRI, Beyond the business case for agricultural value chain development. An  
5
economywide approach applied to Egypt. WP 18, mars 2019  
3
Grand Ethiopian Renaissance Dam  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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