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L'épidémie se propage à l'économie

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 10 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
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ITALIE  
L’ÉPIDÉMIE SE PROPAGE À L’ÉCONOMIE  
L’épidémiedeCovid-19,quiafrappél’Italieavantlesautrespaysdel’Unioneuropéenne,aeudeseffetstrèsdommageables  
sur l’économie. Au premier trimestre 2020, le PIB réel a chuté de 5,3 %. La contraction a touché des pans entiers de  
l’économie, en particulier, l’industrie manufacturière, les services et la construction. La contribution de la demande  
intérieure a été négative (-5,5 %). Les ménages italiens ont redoublé de prudence, réduisant les dépenses au-delà de  
la baisse du revenu : la propension à épargner a, ainsi, grimpé à 12,5 %. La pandémie a durement frappé le marché du  
travail : les catégories défavorisées, comme les travailleurs peu qualifiés, ceux aux contrats précaires et les jeunes ont  
été les plus durement affectés par le confinement.  
UNE CONTRACTION DE GRANDE AMPLEUR  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
L’Italie a été le premier pays européen touché par l’épidémie de  
Covid-19. Le gouvernement italien a rapidement réagi, en donnant la  
priorité à l’aide aux ménages et aux entreprises avec l’adoption d’un  
programme complet, qui a entraîné un gonflement du déficit public  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
8
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0
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020 de EUR 75 mds. Les mesures prises pour contenir la propagation  
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,7  
0,6  
0,5  
0,2  
du virus ainsi que l’aggravation de la situation au niveau mondial ont  
eu un important impact sur l’économie qui, au début de 2020, ne s’était  
pas encore totalement remise des deux précédentes récessions. Au T1,  
le PIB réel a reculé de 5,3 % en termes réels, se repliant à 10 % en  
dessous du niveau de 2008.  
-
-4  
-6  
-0,2  
-8  
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10  
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14  
La contraction économique a été générale. En raison du confinement de  
l’ensemble de la population, la valeur ajoutée des services a diminué  
de près de 4,5 %. Le secteur du tourisme, qui représente plus de 5 %  
de la valeur ajoutée totale, a également pâti de la baisse notable des  
dépenses des voyageurs étrangers, qui ont chuté d’environ 40 % (t/t) en  
termes réels, expliquant la contraction de 1 % du PIB global. Le chiffre  
d’affaires des hôtels et restaurants s’est effondré de près de 25 % en  
glissement annuel.  
-12,1  
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2
018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
VALEUR AJOUTÉE PAR SECTEUR  
La fermeture de secteurs productifs, représentant près de 30 % de la  
valeur ajoutée nationale, ainsi que le ralentissement significatif du  
commerce mondial, ont eu un impact sévère sur l’industrie italienne,  
qui avait déjà reculé de plus de 1,5 % au cours des dix-huit mois  
précédents. Au T1 2020, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière  
a chuté de plus de 9 %. La production de moyens de transport, d’articles  
textiles, de vêtements et de chaussures s’est repliée de près de 20 %,  
tandis que le secteur pharmaceutique a été le seul à enregistrer une  
légère hausse de l’activité par rapport au dernier trimestre 2019.  
Au T1, la valeur ajoutée du secteur de la construction s’est inscrite  
en retrait de près de 6 %. Entre 2015 et 2019, ce secteur a connu une  
reprise tout juste modérée, après la forte contraction enregistrée au  
cours des deux dernières récessions, si bien que la valeur ajoutée se  
situe aujourd’hui à 40 % en dessous du niveau de 2008.  
Construction  
valeurs chaînées : T1 2008=100  
Manufacturier  
Services  
Total  
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2010  
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2014  
2016  
2018  
2020  
D’après les indicateurs disponibles, le repli devrait être encore plus  
prononcé au T2, même si le ralentissement de la contagion a permis  
la réouverture des activités économiques au début du mois de mai. En  
avril, la production manufacturière a baissé de plus de 20 % (m/m). À la  
mi-mai, la consommation de gaz à des fins industrielles était en repli  
de près de 15 % et la consommation d’électricité, de 6 % par rapport à  
l’année dernière. Quant à la confiance des ménages et des chefs d’en-  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : DONNÉES ISTAT, CALCULS BNP PARIBAS  
CHUTE DE LA CONSOMMATION ET DE L’INVESTISSEMENT  
treprises, elle ne s’est redressée qu’en partie en juin par rapport à la Au T1, la contribution de la demande intérieure hors stocks à  
chute impressionnante enregistrée en mai, se maintenant à un niveau la croissance trimestrielle du PIB a été négative de 5,5 %. La  
bas au vu des données historiques. Des mesures complémentaires sont consommation privée a reculé de 6,6 %. Les ménages italiens sont  
à l’étude pour soutenir la reprise, qui devrait être modérée au second devenus extrêmement prudents. Au T1, le revenu disponible brut a  
semestre de cette année.  
chuté de près de EUR 5 mds, soit moins que prévu étant donné que  
la fermeture de secteurs économiques a concerné environ 35 % des  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Perspectives // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 10 juillet 2020)  
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emplois, tandis que la consommation a baissé de plus de EUR 17 mds. Par conséquent, tant que le virus circulera, la situation des jeunes sur  
Les ménages italiens ont, en partie, bénéficié des mesures approuvées le marché du travail sera assez difficile, en particulier, dans les pays où,  
par le gouvernement en vue de soutenir leur revenu (extension des à la veille de l’épidémie, les niveaux d’emploi les concernant n’avaient  
indemnités de chômage, allocations versées aux travailleurs les plus pas encore renoué avec ceux d’avant la récession de 2008-2009 (Italie,  
impactés, report des échéances fiscales et sociales, entre autres). Au Grèce et Espagne).  
T1, la propension à épargner des ménages italiens est passée de 7,9 %  
C’est dans les secteurs fermés pendant le confinement que se  
à 12,5 %, soit le chiffre le plus élevé de ces quinze dernières années.  
concentrent les catégories de travailleurs les plus fragiles, comme les  
La contribution négative de la demande intérieure tient également à la auto-entrepreneurs et les titulaires de contrats à durée déterminée.  
baisse des investissements (-8,1 %), les dépenses en machines-outils Dans l’UE, les auto-entrepreneurs représentaient, en moyenne, 22 % du  
et en équipements reculant de 12,4 % et celles en moyens de transport, total dans les secteurs concernés par le confinement, et à peine 11 %  
de 21,5 %. Entre janvier et mars, les entreprises italiennes ont réduit dans ceux qui ont continué à fonctionner en télétravail. En Italie, ce  
leurs investissements d’environ EUR 4 mds, malgré l’octroi d’une pourcentage atteint 31,3 %, l’un des plus élevés de la région. Il en va de  
garantie de l’État jusqu’à concurrence de EUR 500 mds pour faciliter même des contrats à durée déterminée qui, en Italie, concernent 33 %  
l’accès au crédit bancaire. La valeur ajoutée des entreprises a reculé des emplois dans les secteurs jugés non essentiels pendant la phase la  
de près de EUR 15 mds, sous l’effet de la contraction des exportations, plus aiguë de l’épidémie. Ces secteurs emploient également 30 % des  
plus importante que celle des importations (-8 % et -6,2 %), avec une travailleurs peu qualifiés (ayant tout au plus obtenu un diplôme de fin  
contribution négative de 0,8 % des exportations nettes à la baisse du d’études primaires). Par ailleurs, concernant les secteurs dans lesquels  
PIB.  
il était possible de poursuivre l’activité à distance, le pourcentage de  
salariés ayant au mieux achevé le cycle primaire, était inférieur à 8 %,  
et celui des titulaires d’un diplôme universitaire, de 47 %.  
L’IMPACT DU COVID-19 SUR L’EMPLOI  
Le marché du travail a été particulièrement frappé par la pandémie.  
Selon certaines estimations de l’OIT, le nombre d’heures de travail  
perdues au niveau mondial, au T2 2020, suite au confinement ou à  
la réduction des activités économiques, représente 365 millions  
d’équivalents temps plein. La particularité de la crise actuelle par  
rapport aux précédentes ne réside pas tant dans son impact absolu  
que dans le fait qu’elle a principalement affecté nombre de catégories  
déjà fragiles, comme les travailleurs faiblement qualifiés, ceux ayant  
des contrats précaires et les jeunes. Cela aura des effets importants de  
moyen à long terme au plan mondial et devrait entraîner une sérieuse  
diminution des revenus futurs des ménages, avec des conséquences  
notables, également, sur les inégalités et la cohésion sociale.  
ACTIVITÉ DES AUTO-ENTREPRENEURS PENDANT LE CONFINEMENT  
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5%  
0%  
Sans activité  
Télétravail  
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5%  
0%  
Les auteurs d’une étude récente, menée dans les pays de l’UE, ont  
analysé les effets sur l’emploi des mesures de lutte contre la contagion,  
impliquant, dans leur grande majorité, la fermeture des activités jugées  
non essentielles et l’imposition de sévères restrictions sur les autres.  
Les activités le permettant pouvaient être poursuivies en télétravail.  
5
%
0%  
IRL  
DEU  
FRA  
Moyenne UE  
NLD  
En Italie, dans la phase aiguë de la contagion, les salariés des secteurs  
mis à l’arrêt, sans possibilité de recourir au télétravail, représentaient  
GRAPHIQUE 3  
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1,5 % du total (contre 10 % en moyenne dans l’UE, 14,5 % en Espagne,  
,5 % en France et 8,3 % en Allemagne). Les jeunes travailleurs ont été  
SOURCES : CALCULS BNL SUR LES CHIFFRES DE LA COMMISSION EUROPÉENNE  
particulièrement touchés par cette mesure : dans l’UE, plus d’un quart  
des personnes employées dans les secteurs mis à l’arrêt (28 %) sont,  
en moyenne, âgées de 15 à 29 ans ; en revanche, les moins de 29 ans  
sont moins nombreux dans les activités essentielles (environ 16 %) et  
dans celles ayant mis en place le télétravail (environ 15 %).  
Une fois passée la phase d’urgence et malgré un contexte de difficulté  
extrême, les mesures d’aide au revenu devront s’accompagner  
de politiques visant à soutenir ces travailleurs ainsi que de plans  
d’investissement dans la formation et l’enseignement. Le rôle du  
En Italie, où le pourcentage de jeunes ayant un emploi est inférieur à la télétravail devrait aussi être réévalué : il a, en effet, conféré un avantage  
moyenne de l’UE (12 % contre 18,2 %), seulement 6 personnes sur 100 compétitif aux pays qui ont pu, pendant le pic de l’épidémie, convertir,  
employées dans ces dernières activités ont moins de 29 ans, tandis que plus rapidement et plus efficacement que d’autres, des activités « en  
dans les activités essentielles ce niveau est de 10 %. Par ailleurs, dans présentiel » en travail à distance. Avant l’épidémie, seuls 10 % des  
les activités concernées par les mesures de mise à l’arrêt, les moins de travailleurs de l’UE pouvaient fonctionner, de manière permanente ou  
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9 ans représentaient 23,4 % de l’emploi total. Ces chiffres sont de la temporaire, en télétravail, avec des chiffres inférieurs à la moyenne en  
plus haute importance car les secteurs fermés durant le confinement Italie (4,3 %), les plus élevés étant enregistrés aux Pays-Bas (environ  
ne seront pas en mesure de retrouver les niveaux d’activité d’avant- 25 %), en Finlande (21 %), en France et en Belgique (environ 15 %).  
crise tant qu’il n’y aura pas un assouplissement significatif des mesures  
de distanciation sociale et une reprise notable des flux touristiques, ce  
qui, en l’absence de vaccins, pourrait prendre un certain temps.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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