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La forte incertitude pèse sur la croissance, au mépris des  
baisses de taux  
Les enquêtes réalisées auprès des chefs d’entreprises aux Etats-Unis dépeignent un tableau contrasté avec, notamment, une  
nette détérioration de la situation dans l’industrie manufacturière et une belle reprise dans les services. Dans une perspective  
plus large, les signes d’un ralentissement économique se renforcent Les moteurs de l’économie mondiale, tels la Chine et  
l’Inde, affichent une croissance moins dynamique, quoique pour des raisons différentes En Europe, l’Allemagne est  
probablement déjà en récession technique alors que la France résiste Les banques centrales font de nouveau le choix d’un  
assouplissement mais l’efficacité de cette politique va se heurter à une incertitude élevée, malgré l’annonce d’une nouvelle  
série de négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.  
Le ralentissement de l’industrie manufacturière mondiale a fini par  
toucher les Etats-Unis. Le dernier rapport de l’Institute for Supply  
Management sur le secteur n’incite pas à l’optimisme. L’indice global  
s’est replié de 2,1 points de pourcentage à 49,1, avec un recul encore  
plus marqué pour la composante « nouvelles commandes » et l’indice de  
l’emploi.  
Les commentaires des dirigeants interrogés dans le cadre de l’enquête  
sont éloquents. Dans le secteur des produits chimiques, l’activité reste  
dynamique mais « il existe un climat sous-jacent de peur et d’angoisse,  
lié aux guerres commerciales et à une récession potentielle ». Un  
responsable dans le secteur des machines-outils précise même :  
INDICE ÉCONOMIQUE AVANCÉ DU CONFERENCE BOARD  
périodes de récession  
Indice économique avancé du Conference Board  
1
110  
100  
20  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
«
l’activité commence à donner des signes de ralentissement global ».  
Un autre du secteur manufacturier déclare : « nous continuons de tabler  
sur un Brexit sans accord et sur une longue guerre commerciale entre  
les Etats-Unis et la Chine ».  
60  
65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15  
Sources : Conference Board, NBER, BNP Paribas  
D’autres secteurs sont en revanche plus positifs, ce dont le Beige Book1  
de la Réserve fédérale américaine s’est fait l’écho : « l’économie a crû à  
un rythme modéré jusqu’à la fin du mois d’août. Même si les incertitudes  
entourant l’évolution des droits de douane et de la politique commerciale  
continuaient à susciter des inquiétudes, les entreprises sont restées,  
dans leur majorité, optimistes à l’égard des perspectives à court terme ».  
Les tenants du verre à moitié plein pourront évoquer l’indice ISM non  
manufacturier, qui, en août, a fait un bond de 2,7 points de pourcentage  
pour atteindre un bon niveau à 56,4 %.  
Revue des marchés  
Baromètre  
Scénario économique  
/…  
1
Le Livre beige (« Beige Book ») est publié par la Réserve fédérale américaine. Il  
décrit les conditions économiques actuelles et les perspectives dans les douze  
districts de la Réserve fédérale. Les informations empiriques recueillies par chaque  
banque de la Réserve fédérale constituent des données clés de ce rapport.  
2
Ecoweek 19-32 // 6 septembre  
economic-research.bnpparibas.com  
Cependant, si l’on se place dans une perspective plus large, il est d’un rendement négatif. Comme on pouvait s’y attendre, les  
évident que des facteurs autres que les chocs liés aux droits de douane investisseurs ont réservé un accueil mitigé à cette émission. Les  
et l’incertitude frappent le secteur manufacturier : la tendance sous- mouvements des rendements des Treasuries ont entraîné une inversion  
jacente est, en effet, au ralentissement de la croissance. Les analystes supplémentaire de la courbe de taux américaine, renforçant la thèse  
ont revu à la baisse leurs prévisions relatives aux bénéfices des d’une récession imminente. Cependant, ce type d’analyse n’est pas  
entreprises, ce qui n’est pas de bon augure pour l’investissement. Par confirmé par les données relatives à l’économie réelle, comme celles sur  
ailleurs, la croissance dans le secteur de la construction de logements a le marché du travail ou l’Indice des indicateurs avancés publié par le  
été négative au cours des derniers trimestres sous l’effet de la tendance Conference Board, qui ne présente pas encore la dynamique typique  
à la baisse de l’accessibilité, qui restera probablement inchangée à court des périodes précédant une récession.  
terme. Concernant les dépenses des ménages, tout dépendra de la  
manière dont le marché du travail évoluera. Pour le moment, il reste  
assez robuste même si les créations d’emplois sont restées inférieures  
aux attentes au mois d’août.  
Quoi qu’il en soit, les banques centrales semblent dire que « mieux vaut  
prévenir que guérir ». Aussi faut-il s’attendre à ce qu’elles lâchent encore  
du lest aux Etats-Unis, dans la zone euro mais aussi dans les marchés  
émergents, qui bénéficient de la marge de manœuvre créée par les  
Au-delà des Etats-Unis, les signes d’un ralentissement de la croissance baisses de taux de la Réserve fédérale. L’efficacité des mesures qui  
se multiplient. En Chine, le ralentissement se renforce. Le pays, en effet, seront prises dépendra, en grande partie, de la diminution de  
pâtit d’une configuration inconfortable : le conflit commercial avec les l’incertitude. L’annonce de la prochaine réunion des délégations  
Etats-Unis, la nécessité de rééquilibrer l’économie de sorte qu’elle ne américaine et chinoise en vue de reprendre les négociations  
soit plus tirée par l’investissement et les exportations mais par la commerciales a redonné confiance mais, au vu des épisodes de  
consommation, la prudence grandissante des ménages et la nécessité rapprochement antérieurs, on peut se demander si cela va durer.  
d’un policy mix équilibré entre mesures de relance et surveillance des  
objectifs de stabilité. Autant de raisons pour lesquelles l’assouplissement  
de la politique monétaire sera progressif et prudent tandis que la  
dépréciation de la monnaie devrait rester modérée. En revanche, la  
politique budgétaire favorise la croissance. Le ralentissement est  
également significatif en Inde : les ménages se montrent plus prudents  
face à la hausse du chômage, la confiance est en berne et le crédit non  
bancaire est en perte de vitesse.  
William De Vijlder  
Dans la zone euro, les données pour l’Allemagne continuent de se  
détériorer avec un écart toujours considérable entre le secteur  
manufacturier et celui des services, qui affichait jusqu’à très récemment  
une bonne tenue. Le dernier rapport de l’Ifo a toutefois révélé une  
détérioration de la situation dans les services. La Bundesbank a  
également constaté que les problèmes rencontrés par le secteur  
manufacturier commencent à gagner toute l’économie allemande. En  
France, en revanche, la croissance continue de résister. En Italie, la  
formation d’un nouveau gouvernement a apporté un soulagement car de  
nouvelles élections ont été évitées. Les réactions positives du marché  
devraient soutenir l’économie dont le rythme de croissance reste très  
faible. Enfin, au Royaume-Uni, les incertitudes entourant le Brexit  
demeurent considérables, agissant comme un frein sur l’économie.  
Durant l’été, le ralentissement de la croissance mondiale, conjugué à la  
perspective d’un assouplissement généralisé de la politique monétaire  
des banques centrales et à l’augmentation de l’incertitude, a soutenu la  
demande d’actifs sûrs. Les stratégies de couverture du risque ont eu  
l’effet d’un accélérateur, entraînant un net repli des rendements des  
Treasuries en août, un mouvement disproportionné au regard des  
données publiées au cours du mois. Cela a eu des répercussions  
mondiales et, dans la zone euro, le rendement du Bund à 10 ans s’est  
replié, à un moment donné, en dessous de -70 points de base.  
L’Allemagne a même lancé une émission obligataire à 30 ans, assortie  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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