Perspectives

Dans l’impasse politique

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2021  
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PAYS-BAS  
DANS L’IMPASSE POLITIQUE  
Avec la levée progressive des restrictions sanitaires, l’économie néerlandaise a fortement rebondi au T2 et cette dyna-  
mique s’est poursuivie au T3. En dépit du climat économique favorable et de l’état satisfaisant des finances publiques,  
les partis politiques peinent encore à former un gouvernement six mois après les élections législatives. Néanmoins, les  
perspectives économiques restent prometteuses, en particulier en raison de l’expansion rapide du commerce mondial.  
RALENTISSEMENT DE LA DYNAMIQUE DE CROISSANCE  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Au T2, l’activité économique a fortement rebondi de 3,8% par rapport au  
trimestre précédent à la suite de la levée progressive du confinement  
aux Pays-Bas et dans les pays voisins. La consommation des ménages  
et les exportations ont nettement accéléré. Cependant, l’incertitude  
persistante a pesé sur l’investissement (-1,6%). Le raffermissement de  
l’indicateur conjoncturel du CBS s’est poursuivi au T3. La confiance des  
chefs d’entreprises et des ménages semble néanmoins marquer le pas,  
en partie sous l’effet des incertitudes politiques. Le pouvoir d’achat pâtit,  
par ailleurs, de la hausse rapide des prix de l’énergie (près de 16% en  
août) par rapport à l’année précédente. Quoi qu’il en soit, l’inflation sous-  
jacente est restée plutôt maîtrisée, à 1,7 % à peine, en raison du gel des  
Croissance du PIB  
Inflation  
Prévisions  
Prévisions  
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4.2  
4.0  
3.0  
2.0  
3.1  
2.1  
2.1  
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er  
loyers des logements sociaux, intervenu le 1 juillet dernier. En revanche,  
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3.8  
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5.0  
le marché immobilier a donné des signes de surchauffe. Au T2, les prix  
avaient grimpé de 20 % par rapport à l’année précédente et environ 80%  
des logements ont trouvé preneur à un prix supérieur à celui demandé.  
Conjuguée à une pénurie de logement, c’est l’une des conséquences non  
souhaitées de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE.  
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GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS  
Cela a eu pour effet de limiter l’accès au marché immobilier pour les fin de la distanciation sociale obligatoire ainsi que l’introduction d’un  
primo-acquéreurs, qui optent souvent pour des prêts immobiliers avec passe sanitaire. Cela devrait stimuler l’activité dans les prochains mois.  
paiement des intérêts uniquement, moins onéreux mais plus risqués.  
Le gouvernement supprime également les mesures d’aide aux entre-  
prises, une opération assez délicate qui pourrait accroître le nombre  
des faillites. Par conséquent, le chômage, qui a quasiment reculé à ses  
niveaux de pré-crise, pourrait repartir légèrement à la hausse dans les  
prochains mois.  
L’année prochaine, la croissance touchera tous les secteurs de l’écono-  
mie. La consommation privée est portée par la réouverture du secteur  
des services et le taux d’épargne devrait, selon nos prévisions, reculer  
aux niveaux antérieurs à la pandémie de Covid-19. L’épargne accumu-  
lée pendant la crise ne devrait guère doper la consommation dans la  
mesure où elle a bénéficié en particulier aux ménages à hauts revenus  
ayant une propension relativement faible à consommer. De plus, ces  
ménages pourraient avoir utilisé cette épargne supplémentaire pour  
investir dans le marché du logement. À l’inverse, les ménages à faibles  
revenus travaillant dans le secteur des services, qui ont prélevé sur  
leur épargne pendant la crise, vont probablement reconstituer leur bas  
de laine.  
Les exportations devraient rebondir grâce à une plus forte expansion  
des échanges mondiaux et des marchés extérieurs, importants pour  
les Pays-Bas. La balance courante pourrait atteindre 9% du PIB, un ni-  
veau à peine inférieur à celui précédant la crise. L’investissement des  
entreprises devrait fortement croître à la faveur de perspectives de  
croissance robustes. Cependant, ils pourraient aussi être reportés en  
raison des perturbations dans les approvisionnements.  
IMPASSE POLITIQUE  
Depuis janvier, le pays est dirigé par un gouvernement intérimaire de  
centre-droit. Les deux partis libéraux de la coalition sortante, le VVD  
(
libéraux-conservateurs) et D66 (sociaux-libéraux), ont été les grands  
vainqueursdesélectionslégislativesdumoisdemars. Cespartisdétenant  
moins de 40% des sièges au Parlement, ils ont cherché ces derniers  
mois, à l’aile gauche comme à l’aile droite, d’éventuels partenaires pour  
former une coalition. Six mois après le scrutin, les négociations réelles  
sur un programme de coalition n’ont toujours pas commencé. Il n’est pas  
exclu que les partis de la coalition sortante décident de poursuivre leur  
coopération dans un nouveau gouvernement malgré les frictions. Si la  
formation d’un nouveau gouvernement restait dans l’impasse, la tenue  
de nouvelles élections n’est pas à exclure.  
En septembre, le ministre des Finances Wopke Hoekstra a présenté le  
budget pour 2022. Le contexte est plus favorable qu’en 2020, l’économie  
ayant été moins affectée par la crise du coronavirus que ce que l’on  
avait pu craindre initialement. Pour 2022, M. Hoekstra prévoit un déficit  
budgétaire de 2,4 % du PIB et un ratio de dette sur PIB à peine 57,7%,  
des niveaux qui restent, dans les deux cas, parfaitement dans les limites  
des critères de Maastricht qui ont été actuellement temporairement  
suspendus. Le principal problème réside dans l’absence d’ambition,  
propre au statut de gouvernement intérimaire. Le gouvernement a affecté  
EUR 7 mds à des mesures de protection de l’environnement et EUR 1 md Le principal risque pour l’économie réside dans le fait que le pays  
au logement. Lors du débat sur le budget, le Parlement a trouvé un n’a toujours pas de gouvernement disposant d’un soutien suffisant  
accord pour augmenter les dépenses de 2 mds d’euros supplémentaires. au Parlement pour faire face aux défis qu’il doit relever : le climat, le  
logement, l’éducation et la sécurité.  
UNE ÉCONOMIE À PLEIN RÉGIME  
Achevé de rédiger le 30/09/2021  
Malgré les difficultés politiques, les perspectives économiques  
semblent très favorables. Alors que la pandémie recule et que le taux  
de vaccination atteint près des deux tiers de la population, le gouver-  
nement a décidé de poursuivre la levée des restrictions et a annoncé la  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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