Emerging

L’investissement en panne

er  
11  
EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Mexique  
L’investissement en panne  
Après avoir quasiment stagné en 2019, la croissance devrait légèrement rebondir en 2020, soutenue par la consommation privée et  
les exportations nettes. En dépit d’un plan d’infrastructures largement ouvert au secteur privé, les perspectives d’investissement  
peinent à s’améliorer. Un an après son arrivée au pouvoir, la politique économique d’Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) reste  
peu lisible. Le manque de clarté concernant la réforme énergétique pèse également sur le sentiment des investisseurs. Dans le  
même temps, le risque de dérapage des finances publiques augmente : dans un contexte de faible croissance, maintenir la politique  
d’austérité souhaitée par le gouvernement s’avèrera plus difficile à partir de 2021.  
Légère amélioration de la croissance en 2020  
1-Prévisions  
Après avoir quasiment stagné en 2019, la croissance devrait  
légèrement rebondir en 2020. La consommation privée restera le  
principal moteur de la croissance, soutenue par la hausse des  
salaires réels et les transferts des travailleurs à l’étranger (en  
hausse de près de 9% en g.a. au cours des trois premiers  
trimestres 2019). Comme en 2019, les exportations devraient  
contribuer positivement à la croissance, en dépit du léger  
ralentissement de l’économie américaine.  
2
018 2019e 2020e 2021e  
Real GDP growth (%)  
2,0  
0,1  
0,6  
1,7  
Inflation (CPI, year average, %)  
Budget balance / GDP (%)  
4,9  
3,7  
3,1  
3,4  
-2,1  
-3,2  
-3,7  
-3,8  
Public debt / GDP (%)  
53,8  
-1,8  
47,8  
-0,9  
50,3  
-1,1  
53,5  
-1,2  
Current account balance / GDP (%)  
External debt / GDP (%)  
36,5  
37.0  
180  
39,6  
178  
39,8  
178  
Forex reserves (USD bn)  
174,8  
En revanche, les perspectives d’investissement ne s’améliorent pas  
franchement. Au cours des trois premiers trimestres 2019,  
l’investissement privé a chuté de près de 4% en glissement annuel.  
Ce recul traduit la méfiance des investisseurs vis-à-vis de  
l’administration d’Andres Manuel Lopes Obrador (AMLO) depuis  
son élection (en juillet 2018), et leur attentisme quant à la politique  
menée au cours du mandat.  
Forex reserves, in months of imports  
Exchange rate USDMXN (year-end)  
3,8  
3,5  
3,6  
3,6  
20,0  
18,9  
18,5  
18,3  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Recul de l’investissement  
Investissement, g.a. en %  
Investissement total  Biens d’équipement ▪▪▪ Construction  
Dans le but de rassurer et d’améliorer les perspectives  
d’investissement, le gouvernement a annoncé, fin novembre, un  
vaste programme d’infrastructures. Ce dernier, comprenant près de  
10  
5
0
5
150 projets pour un montant de USD 43 mds (soit près de 4% du  
PIB), est très largement ouvert au secteur privé. La première phase,  
qui concerne les secteurs des transports et des télécommunications,  
devrait être lancée dès le premier trimestre 2020. Cela dit, les  
difficultés de réalisation pourraient significativement retarder la mise  
en route de plusieurs projets déjà programmés et en partie financés.  
Par ailleurs, la deuxième phase du plan, qui détaille notamment les  
projets relatifs au secteur de l’énergie, doit encore être annoncée.  
Au total, même si plusieurs chantiers sont effectivement lancés dès  
le premier trimestre 2020, la hausse de l’investissement devrait  
rester limitée.  
-
-10  
-15  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : INEGI  
Dans ce cadre, la participation des opérateurs privés devait être  
progressivement réduite au cours du mandat. Dès la fin 2018, le  
gouvernement a effectivement mis fin aux appels d’offres privés  
relatifs au projet de construction d’une nouvelle raffinerie, et  
suspendu les enchères prévues pour des contrats de fourniture  
d’électricité à la CFE. En octobre dernier, le gouvernement a  
également signifié un changement de règle concernant le  
mécanisme des « certificats d’énergie propre », dans le but de  
freiner l’intervention des investisseurs privés sur ce marché, de  
favoriser le développement du marché de l’énergie électrique et  
Le rôle central du secteur de l’énergie  
Les annonces concernant le secteur de l’énergie sont très  
attendues. D’une part, l’évolution de la participation des acteurs  
privés dans le secteur reste très incertaine. Au moment de son  
arrivée au pouvoir, en décembre 2018, AMLO avait annoncé  
l’annulation de la réforme énergétique mise en place par le  
précédent gouvernement et son intention de remettre les deux  
entreprises publiques, PEMEX (entreprise chargée de l’exploitation  
pétrolière) et la CFE (l’entreprise nationale d’électricité) au centre du  
jeu.  
er  
12  
EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
renforcer ainsi le poids de la CFE. Comme dans le cas, un an  
auparavant, de l’annulation du projet de construction d’un aéroport  
supplémentaire à Mexico, ces décisions ont surpris les investisseurs  
et contribué à alimenter leur sentiment de défiance vis-à-vis du  
gouvernement.  
3
- Production pétrolière stabilisée à de bas niveaux  
Production pétrolière de PEMEX, millions de barils par jour  
3.6  
3.4  
3.2  
3.0  
2.8  
2.6  
2.4  
2.2  
2.0  
D’autre part, la situation opérationnelle et financière des entreprises  
publiques, surtout PEMEX, représente une vulnérabilité importante  
pour l’économie mexicaine. En juillet dernier, le gouvernement a  
présenté un plan de développement à cinq ans peu convaincant,  
reposant sur des hypothèses très optimistes (tant sur  
l’augmentation de la production que sur la projection des réserves),  
limitant encore la coopération avec des intervenants privés et  
prévoyant d’importants investissements dans le raffinage, une  
activité déficitaire. Le gouvernement a également annoncé une  
augmentation des aides financières allouées à l’entreprise (là  
encore, probablement sous-estimée), ainsi qu’une baisse de la taxe  
sur les revenus pétroliers.  
1.8  
1.6  
2005 2006 2007 2008 2010 2011 2012 2013 2015 2016 2017 2018  
Source : PEMEX  
Les récentes injections de capital (USD 5 mn en septembre dernier)  
ont permis d’améliorer la situation financière à court terme, mais  
celle ci reste très fragile à moyen terme. D’après les estimations du  
FMI, même en retenant les hypothèses d’une stabilisation de la  
production au cours des cinq années à venir et de la réalisation des  
investissements présentés dans le plan de développement,  
l’entreprise devrait rester déficitaire et nécessiter de nouvelles  
injections de capital, ce qui pèsera sur les finances publiques. Les  
potentielles difficultés rencontrées pour refinancer la dette  
exerceront une pression supplémentaire.  
la Commission nationale des hydrocarbures mexicaine prévoit une  
baisse de la production d’environ 5% en 2020. En retenant cette  
hypothèse, la perte de revenu devrait avoisiner 0,5% du PIB, soit un  
montant équivalent à celui estimé par le ministère des Finances  
pour 2019.  
Le gouvernement a indiqué que la perte de revenus pour 2019  
serait compensée (pour un montant équivalent à 0,6% du PIB) par  
les réserves du Fonds de stabilisation des recettes budgétaires  
(
FEIP). D’après les estimations du FMI, celles-ci représentent  
environ 1,3% du PIB, ce qui laisserait la possibilité au  
gouvernement de renouveler l’opération en 2020.  
Maintien de l’austérité budgétaire…  
Au moment de la présentation de son budget pour l’année 2020, le  
gouvernement a renouvelé son engagement de soutenir la  
croissance sans détériorer les finances publiques ni augmenter les  
impôts et taxes au cours de la première partie du mandat (soit  
jusqu’en 2021).  
…pour combien de temps ?  
Les contradictions du gouvernement pèsent sur les perspectives de  
moyen terme. Le pays reste exposé au retournement du sentiment  
des investisseurs, et le manque de lisibilité de la politique  
économique, surtout concernant la réforme énergétique, entretient  
l’attentisme constaté depuis le début du mandat de AMLO. Dans le  
même temps, le risque de dérapage des finances publiques  
augmente : dans un contexte de faible croissance, maintenir la  
politique d’austérité souhaitée par le gouvernement s’avèrera plus  
difficile à partir de 2021. Les dépenses ont déjà été nettement  
réduites au cours du précédent mandat (proches de 13% du PIB en  
2019, contre 17% en 2015), laissant peu de marges de manœuvre,  
et les réserves du FEIP ne suffiront pas à compenser le manque de  
revenus, et les besoin de financement de PEMEX, sur la durée du  
mandat. Enfin, le niveau de l’économie informelle est encore très  
élevé au Mexique (58% selon l’INEGI), ce qui signifie que même si  
la réforme fiscale (promise par AMLO) était effectivement mise en  
place à partir de 2021, les revenus n’augmenteraient pas  
suffisamment pour compenser la baisse de revenus liée à la  
faiblesse de la croissance.  
Dans ce cadre, le budget prévoit une hausse des dépenses de  
seulement 1% (en termes réels, relativement au budget 2019).  
Comme l’avait indiqué AMLO, le ministère de l’Énergie (dont le  
budget est multiplié par 20) et l’entreprise publique de production  
pétrolière PEMEX (dont le budget augmente de près de 9%) sont  
largement favorisés, au détriment de plusieurs programmes sociaux  
et des budgets des États fédérés. D’après les prévisions fournies  
par le gouvernement, l’excédent primaire et le déficit public  
devraient atteindre respectivement 0,7% et 2,6% du PIB (après 1%  
et 2,7% attendus en 2019) et le ratio de dette publique devrait se  
stabiliser à 46% du PIB.  
L’engagement pourrait toutefois s’avérer difficile à tenir, les  
hypothèses retenues dans le budget paraissant trop optimistes. Le  
gouvernement prévoit en effet une croissance du PIB de 2% en  
2020, et une augmentation de la production pétrolière (combinant la  
production de l’entreprise publique PEMEX et la production privée)  
s’élevant à 1,95 million de barils par jour.  
Or depuis le début de l’année 2019, la production pétrolière s’est  
stabilisée autour de 1,7 million de barils par jour (voir graphique) et  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2458 articles et 632 vidéos