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EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Qatar  
Les limites de la diversification  
L’économie qatarie peine à trouver des relais de croissance en dehors du secteur des hydrocarbures. Etant donné la stabilité de la  
production d’hydrocarbures et la fin du cycle des investissements en infrastructure, la croissance économique devrait connaître un  
plus bas historique en 2019. A moyen terme, la mise en œuvre de nouvelles capacités de production de gaz naturel liquéfié devrait  
soutenir l’activité. Dans ce contexte économique morose, l’inflation devrait être entraînée en territoire négatif par la baisse continue  
des prix dans le secteur immobilier. Néanmoins, les finances publiques et les comptes extérieurs restent solides, et devraient  
encore se renforcer avec l’augmentation de la rente gazière à moyen terme.  
Poursuite du ralentissement économique  
1- Prévisions  
Malgré les efforts de diversification, la croissance économique reste  
déterminée par le secteur des hydrocarbures. Les secteurs hors  
hydrocarbure ne parviennent pas de manière durable à maintenir  
une croissance significative. Ainsi, au cours de la dernière décennie,  
l’économie qatarie a connu trois régimes de croissance. La  
croissance réelle du PIB était supérieure à 15% par an entre 2007  
et 2011 grâce à la hausse régulière de la production  
d’hydrocarbures, principalement du gaz naturel liquéfié (GNL). Au  
cours des quatre années suivantes, le relais a été temporairement  
pris par l’économie hors hydrocarbures, notamment les secteurs de  
la construction et des services. Ainsi, entre 2012 et 2015, la  
croissance s’est élevée à 4,2% par an en moyenne. Depuis 2016,  
un nouveau palier a été franchi à la baisse et la croissance s’est  
établie à 1,7% en moyenne durant la période 2016-2018. Ces  
performances médiocres sont dues à plusieurs facteurs : la  
stagnation du PIB hydrocarbure, la fin du cycle des projets avec la  
réalisation des principales infrastructures, les conséquences de  
l’embargo imposé par l’Arabie saoudite et la faiblesse du secteur de  
l’immobilier.  
2017 2018 2019e 2020f  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
1,7  
0,3  
-5,8  
50  
1,4  
0,2  
0,5  
48  
1,0  
-0,5  
1,0  
47  
2,3  
1,5  
2,3  
46  
Solde budgétaire / PIB (%)  
Dette publique / PIB (%)  
Solde courant / PIB (%)  
3,8  
100  
14  
8,7  
101  
26  
5,1  
107  
28  
3,9  
98  
Dette extérieure / PIB (%)  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDQAR (fin d'année)  
29  
2,3  
4,4  
4,4  
4,5  
3,64  
3,64 3,64 3,64  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance du PIB réel  
g.a. %  
PIB hors hydrocarbures  
▪▪ PIB hydrocarbures  
1
5,0  
0,0  
Les dernières données concernant l’activité confirment cette  
mauvaise orientation de l’économie qatarie. Le PIB du secteur des  
hydrocarbures (48% du PIB total) a baissé de 1,9% au T2 2019, soit  
une réduction de 0,4% en moyenne sur une année. Cela traduit la  
dépendance de cette partie de l’économie au développement de la  
production gazière. Depuis 2015, celle-ci est stable tandis qu’en  
l’absence de nouvelles découvertes, la production de pétrole est en  
baisse régulière. Le PIB hors hydrocarbures s’est replié de 1,1% en  
rythme annuel au T2 2019. Les secteurs de la construction et de  
l’immobilier (environ 15% du PIB) se sont repliés de 2,1%. C’est la  
traduction de la déprime régionale du secteur de l’immobilier.  
Partout dans le Golfe, l’abondance de l’offre immobilière par rapport  
à une demande en berne se traduit en effet par une baisse d’activité  
dans ce secteur. Par ailleurs, la fin du cycle des projets, notamment  
avec la réalisation de la majeure partie des infrastructures prévues  
pour la Coupe du monde de Football de 2022, ralentit naturellement  
l’activité du secteur de la construction. Reflétant les médiocres  
performances de la construction et de l’activité hors hydrocarbures  
en général, la croissance de la population totale du Qatar est en  
ralentissement significatif depuis 2015. La population expatriée, qui  
représente plus de 80% de la population totale de l’émirat, n’a  
augmenté que de 2,5% en moyenne entre 2016 et 2018, contre plus  
de 10% au cours des années précédentes.  
1
5
,0  
,0  
0
-5,0  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : Qatar Planning and Statistics Authority, BNP Paribas  
Même si son importance économique est plus symbolique que  
réelle, le secteur du tourisme peine à se redresser depuis mi-2017  
et la baisse drastique des touristes en provenance du Golfe. Si la  
fréquentation semble se redresser depuis le début de l’année, le  
nombre annuel d’entrées dans le pays (12 millions au T1 2019 sur  
un an) reste loin des niveaux atteints jusqu’en 2016 (plus de  
1
9 millions annuels). Symbole de ce ralentissement de l’ensemble  
du PIB hors hydrocarbures, la croissance de l’activité du secteur  
financier est en baisse régulière depuis 2015. Au T1 2019, l’activité  
de ce secteur n’a crû que de 3,4% en g.a. contre plus de 10% en  
moyenne avant 2016.  
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A court terme, les perspectives sont mitigées et devraient confirmer  
le régime de croissance faible inauguré en 2016. Le secteur des  
hydrocarbures ne devrait pas connaître de changement significatif  
étant donné l’absence de nouvelle mise en production. Par ailleurs,  
le Qatar ne fait plus partie de l’OPEP depuis le début de l’année et  
ne participe donc plus à sa politique de régulation de la production  
pétrolière. Nous prévoyons une très légère progression du PIB du  
secteur des hydrocarbures de 0,5% en 2019 et de 2% en 2020 avec  
la mise en production du projet gazier Barzan destiné à répondre à  
la hausse de la demande énergétique locale. La performance du  
secteur hors hydrocarbures devrait rester médiocre. L’essentiel de  
l’activité devrait être liée à la progression des dépenses budgétaires,  
notamment en matière d’investissement. On constate cependant au  
niveau régional que l’effet d’entraînement des dépenses publiques  
sur l’ensemble de l’économie s’est réduit. On peut supposer  
qu’après des années de croissance soutenue des investissements  
publics, la capacité d’absorption de l’économie a diminué. La  
croissance de l’économie hors hydrocarbure devrait encore ralentir  
à 1,5% en 2019 (3,0% en 2018), avant de revenir à 2,5% en 2020.  
3
- Retour des excédents  
% du PIB  
Solde Budgétaire, Solde courant  
30,0  
25,0  
20,0  
15,0  
10,0  
5
0
,0  
,0  
-5,0  
-10,0  
-15,0  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019p  
Source : BNP Paribas  
Des fondamentaux solides  
Au total, nous prévoyons une croissance du PIB total de 1,0% en  
2
019, soit son niveau le plus faible depuis plus de vingt ans, et une  
Malgré ce contexte économique morose et un environnement  
politique régional défavorable, la solidité financière de l’émirat reste  
forte. Après trois années de déficits liés à la baisse des prix du  
pétrole, la situation budgétaire est redevenue excédentaire en 2018  
(+0,5% du PIB). La maîtrise des dépenses publiques devrait  
permettre de maintenir un excédent budgétaire en 2019 et 2020  
(+1,0% et 2,3% du PIB respectivement). La solvabilité des finances  
publiques est confortable étant donné une dette modérée du  
gouvernement (41% du PIB en 2018, mais 78% du PIB si on inclut  
les entreprises publiques), un accès au marché des capitaux à des  
conditions favorables (la prime de risque sur les obligations en  
devises est actuellement de 53 pb, soit parmi les plus basses de la  
région), et les avoirs en devises du gouvernement sont estimés à  
plus de 1,6 fois le PIB. De même, les comptes externes sont solides  
et les excédents courants sont récurrents (8,7% du PIB en 2018).  
légère reprise à 2,3% en 2020.  
Soutien du secteur des hydrocarbures à moyen terme  
A moyen terme, deux éléments devraient permettre de redonner du  
dynamisme à l’économie. La Coupe du monde de football devrait  
relancer temporairement l’activité, au moins dans le secteur des  
services, même si son effet d’entraînement ne doit pas être  
surestimé. Le principal risque est d’ordre géopolitique. En effet, la  
région du Golfe est actuellement le carrefour de tensions régionales  
importantes, et tout accroissement du risque politique dans la région  
agit de façon défavorable sur l’activité et plus particulièrement sur le  
secteur des services. Le secteur de la construction pourrait de son  
côté bénéficier du surplus d’activité lié au plan Qatar National Vision  
2030. Ce dernier prévoit des investissements équivalents à  
USD 16 mds dans les infrastructures et l’immobilier afin de soutenir  
l’activité économique après 2022. Se posera alors la question de  
l’adéquation des investissements avec les besoins du marché local.  
Du côté du secteur bancaire, les conséquences négatives de  
l’embargo débuté en 2017 ont été effacées grâce au soutien public  
important (dépôts de la banque centrale et du gouvernement) puis  
au retour des déposants étrangers, notamment en provenance  
d’Asie. Il nous paraît cependant nécessaire de souligner la  
croissance rapide de la position extérieure débitrice nette des  
banques. En effet, compte tenu de la croissance soutenue des  
créances privées et publiques (+17% et +9% g.a. respectivement en  
juin 2019 selon le FMI) et le déclin des dépôts  
Le second soutien à l’activité économique sera la reprise de  
l’investissement dans le secteur du GNL dans l’objectif d’accroître  
d’environ 40% la capacité d’exportation de l’émirat d’ici à 2023-2024.  
La rationalité économique du projet est forte étant donné les  
perspectives de croissance de ce marché à moyen terme  
(
notamment vers l’Asie).  
(
-1,9% g.a.), une part croissante des ressources provient de  
Inflation négative  
l’extérieur. La position extérieure nette des banques était débitrice  
A l’instar des autres pays du Golfe, l’inflation des prix à la  
consommation est en fort repli en raison de la baisse continue des  
prix de l’immobilier. La sous-composante logement de l’indice des  
prix (22% du total) est en baisse continue depuis fin 2016 (-2,1% en  
moyenne depuis le début de l’année). Nous prévoyons un taux  
d’inflation moyen de -0,4% en 2019. Celui-ci pourrait revenir en  
territoire positif l’année prochaine avec la possible introduction de la  
TVA. Cependant si on se réfère aux précédents régionaux, son taux  
et son assiette devraient être limités, relativisant ainsi son effet sur  
le niveau général des prix. En 2020, l’inflation moyenne devrait  
atteindre 1,5%.  
de USD 73 mds (39% du PIB) en juin 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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