EcoWeek

Les marchés et l’incertitude géopolitique : une complaisance (ir)rationnelle ?

Les marchés et l’incertitude géopolitique : une complaisance  
ir)rationnelle ?  
(
Le contraste est saisissant entre les conséquences géopolitiques possibles de l’escalade des tensions entre les États-Unis et  
l’Iran, depuis le début de l’année, et la réaction modérée des marchés ■Celle-ci reflète probablement l’opinion des  
investisseurs selon laquelle l’impact sur la croissance, pondéré en fonction des probabilités des divers scénarios, devrait être  
très modeste. Ils estiment vraisemblablement limité le risque d’une escalade majeure et/ou faible l’incidence attendue d’une  
hausse des cours du pétrole sur l’économie ■La réaction des marchés, jusqu’à présent, peut aussi s’expliquer, abstraction  
faite de l’incertitude géopolitique, par un environnement économique jugé propice à la prise de risque : stabilisation des  
données d’enquête, réduction de l’incertitude liée aux tensions commerciales et politique monétaire accommodante.  
La réaction du marché a été très modérée si on la compare aux  
analyses, faites par les observateurs politiques depuis le début de  
RÉACTION DU MARCHÉ DU 31/12/2019 AU 09/01/2020  
l’année, de l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran. On  
peut être tenté d’y voir l’illustration d’une complaisance irrationnelle,  
reposant sur une sous-estimation des risques, bien que  
l’interprétation opposée soit tout aussi défendable : ce qui, de prime  
abord, semble tenir de l’excès de confiance pourrait, en fait, refléter  
une évaluation rationnelle de l’incertitude.  
Prix du baril, $  
SP500 [é.d.]  
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Les conséquences économiques de l’incertitude géopolitique sont  
complexes et variées. Le passage à un régime de plus forte  
incertitude peut finir par peser sur la croissance, notamment sous  
l’effet du ralentissement de la croissance des investissements des  
entreprises. Un tel impact met du temps à se concrétiser dès lors qu’il  
dépend de la rapidité avec laquelle les entreprises acquièrent la  
conviction que cette plus grande incertitude est là pour durer et qu’elle  
a une incidence sur leur activité. Les pics d’incertitude, qui sont de  
courte durée, peuvent entraîner des réactions incontrôlées des  
marchés et avoir des conséquences limitées ou temporaires sur ces  
derniers comme sur l’économie. La question est de savoir dans quelle  
mesure exactement l’incertitude a une incidence sur l’économie :  
quelles sont les variables initialement impactées et comment celles-ci  
ont-elles, à leur tour, une influence sur la production, l’inflation, les  
dépenses, les taux d’intérêt, etc. ?  
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1/12/2019 02/01/2020  
03/01/2020  
06/01/2020 07/01/2020 08/01/2020  
09/01/2020  
xx x  
Sources : Bloomberg, BNP Paribas  
/…  
Revue des marchés  
Baromètre & calendrier  
Scénario économique  
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En 2019, dans «En Eco dans le texte», le podcast des Études économiques de BNP  
Paribas, nous avons abordé la question du risque géopolitique en trois épisodes :  
définition, incidences sur les entreprises et impact sur la stratégie des entreprises.  
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Ecoweek 20-01 // 10 janvier 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Dans l’analyse des conséquences de la confrontation entre l’Iran et les États-Unis, les cours du pétrole jouent un rôle-clé en tant que canal de  
transmission, dès lors qu’une escalade pourrait aboutir à une rupture des approvisionnements. Il convient de rappeler, à cet égard, les événements du  
mois d’août 1990, avec l’invasion du Koweït par l’Irak, qui avait provoqué, en l’espace de trois mois, le doublement des cours du pétrole. Après avoir  
culminé en octobre de cette année-là, les cours se sont maintenus à un niveau élevé pendant plusieurs mois et n’ont avoisiné leur niveau antérieur à  
l’invasion qu’au printemps 1991. Cela fait donc une grande différence selon que l’augmentation des cours du pétrole est de courte durée  
(
rétablissement rapide des approvisionnements après leur interruption) ou plus durable.  
Compte tenu de tout ce qui précède, les investisseurs et les chefs d’entreprise doivent, dans un arbre de décision, se poser plusieurs questions au  
moment de décider de la manière de réagir à la montée récente des tensions : vont-elles s’intensifier? Faut-il craindre une rupture des  
approvisionnements en pétrole? Dans l’affirmative, quel en serait l’impact sur les cours du pétrole? Cet impact serait-il provisoire ou durerait-il  
plusieurs mois? Comment l’activité économique réagirait-elle? La réaction pourrait-elle être telle qu’une récession risquerait d’en découler? Dans ce  
type d’analyse de scénario, l’impact sur la croissance est égal au produit des réponses à chacune de ces questions.  
La réaction des marchés à ce jour suggère que, de l’avis des investisseurs, l’impact sur la croissance, pondéré en fonction des probabilités des divers  
scénarios, sera probablement très faible. Cela pourrait refléter un point de vue selon lequel, tout compte fait, le risque d’une escalade majeure, n’est  
pas si élevé et/ou l’impact d’une hausse des cours du pétrole sur l’économie est limité. Ce dernier argument s’appuie sur plusieurs facteurs : baisse  
de l’intensité pétrolière de la production et de la consommation par rapport aux années 1970; offre excédentaire de pétrole sur le marché (d’où les  
plafonds de production de l’OPEP) et faiblesse suffisante de l’inflation. Ce dernier point signifie que, même si les cours du pétrole venaient à  
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augmenter, les banques centrales ne seraient pas contraintes de réagir à la hâte à l’inflation consécutive à la hausse des prix de l’énergie . D’un autre  
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côté, il convient de garder à l’esprit qu’un environnement à faible croissance pourrait, en fait, renforcer la sensibilité de l’activité aux chocs pétroliers .  
La réaction des marchés, jusqu’à présent, s’explique aussi très probablement, abstraction faite de l’incertitude géopolitique, par un environnement  
économique propice à la prise de risques : les résultats des enquêtes conjoncturelles se sont stabilisés ces derniers mois, la perspective de signature  
d’un accord de phase 1 entre les États-Unis et la Chine a atténué les craintes de nouveaux affrontements commerciaux et la politique monétaire est  
très accommodante.  
William De Vijlder  
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Il est intéressant de noter qu’en 2006 déjà, David Walton, membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre, avait fait état d’une moindre sensibilité aux augmentations  
des prix du pétrole dans un discours intitulé «Has oil lost the capacity to shock?».  
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On estime que cet élément a joué un rôle en 1990, le ralentissement mondial étant déjà à l’œuvre. De plus, dans plusieurs pays, le moral des chefs d’entreprises et des ménages était  
déjà en berne avant le déclenchement de la crise du Golfe. Pour une analyse de ces événements, voir Michael M. Hutchison, Aggregate demand, uncertainty and oil prices : The 1990 oil  
shock in comparative perspective, BIS Economic papers n° 31, août 1991.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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