EcoWeek

PDF
Economie mondiale : des marchés en proie aux craintes  
de ralentissement  
Révision à la baisse de la croissance en 2019, ralentissement du rythme de relèvement des taux et recul du pic cyclique du  
taux des Fed funds, telles sont les nouvelles projections du FOMC La baisse des rendements obligataires et du dollar et un  
repli général des places boursières montrent que les craintes de ralentissement se sont emparées des marchés Cest ce que  
reflète également une enquête importante menée auprès des directeurs financiers aux États-Unis Ces inquiétudes relatives à  
la croissance reflètent une focalisation sur le risque de perte extrême (plutôt que sur la prévision moyenne) qui s’explique par  
la montée de l’incertitude  
Les projections du FOMC sont sans ambiguïté : les prévisions de  
INDICES D’INCERTITUDE AUX ÉTATS-UNIS ET EN ALLEMAGNE *  
croissance en 2019 ont été révisées à la baisse (à l’opposé des  
projections de septembre), le taux de chômage est attendu en hausse  
en 2020-2021, le rythme du resserrement monétaire devrait ralentir et  
le pic cyclique du taux des Fed funds a également été revu en baisse.  
Dont acte sur les marchés des changes : le billet vert a décroché face  
à l’euro, non en raison du passage en mode risque (qui a tendance à  
se traduire par un raffermissement de l’euro), mais du fait de la  
perspective, au cours de l’année prochaine, d’une désynchronisation  
monétaire avec, d’une part, le ralentissement du rythme du  
resserrement monétaire par la Fed et, d’autre part, les premières  
allusions de la BCE à un mouvement de remontée des taux.  
Etats-Unis : incertitude des entreprises  
Allemagne : dispersion IFO (é.g.)  
2
.5  
.0  
58  
57  
2
1.5  
56  
1.0  
0.5  
0.0  
55  
Wall Street et les marchés actions en général n’ont guère apprécié le  
message : lorsqu’une orientation «dovish» entraîne un repli des  
actifs à risque, il est clair que le comportement des investisseurs est  
dicté par les craintes de ralentissement de la croissance et le reflux  
des inquiétudes entourant le relèvement des taux d’intérêt est alors  
sans effet. Les chefs d’entreprise sont aussi de plus en plus inquiets,  
comme en témoigne la baisse de la confiance des entreprises et des  
anticipations d’exportations en Allemagne, cette semaine (données  
IFO). Plus éloquente encore, l’enquête trimestrielle, menée par la  
Fuqua School of Business de l’Université Duke auprès des directeurs  
financiers américains, montre que près de 50 % d’entre eux  
s’attendent à une récession vers la fin de l’année prochaine tandis  
que 82 % estiment que nous serons en récession avant la fin de  
5
4
3
-
-
-
0.5  
1.0  
1.5  
5
52  
2015  
2016  
2017  
2018  
Sources : IFO, Réserve fédérale d’Atlanta, BNP Paribas  
Revue des marchés  
Baromètre  
Scénario économique  
2
020.  
/…  
*
L’indice IFO montre les divergences d’opinions des chefs dentreprises concernant  
leurs prévisions économiques à 6 mois ; cette dispersion est un indicateur  
d’incertitude. L’indicateur de la Fed d’Atlanta (Survey of business uncertainty) est  
basé sur la distribution des probabilités à un an des ventes, de l’emploi, des coûts  
unitaires et des dépenses en capital selon chaque société participante.  
2
Ecoweek 18-47 // 21 décembre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Ces chiffres contrastent nettement avec les estimations de croissance  
du trimestre actuel : la croissance ressort à 2,9 % selon le modèle  
Nowcast de la Fed d’Atlanta et à 2,4 % selon celui de la Fed de New  
York. À en juger par le niveau très bas du chômage, l’accélération de  
la croissance des salaires, la progression du revenu disponible réel  
ou la croissance attendue des résultats des entreprises, on voit mal  
ce qui pourrait provoquer un arrêt brutal de l’activité au cours de  
2
019, sauf effondrement de la confiance. Or cela ne se produit pas,  
bien sûr, sans raison. Le facteur le plus évident serait un dévissage  
de Wall Street avec une tendance nettement plus marquée à  
l’aversion au risque de la part des investisseurs. Autrement dit, une  
chute de la confiance : on est en plein raisonnement circulaire.  
Cependant, cela pourrait aussi refléter le fait que le marché se  
concentre davantage sur le ralentissement de la croissance  
économique que sur le niveau prévu, qui devrait rester plus que  
satisfaisant (le FOMC table sur 2,3 % l’année prochaine).  
Autre raison possible : l’«incertitude générale», comme l’indiquait  
Mario Draghi, la semaine dernière. La cause sous-jacente peut  
évoluer, mais l’incertitude reste à un niveau élevé, voire en hausse  
(
voir graphique), comme le montrent les enquêtes auprès des  
entreprises. Cela pourrait signifier que les marchés et les entreprises  
se focalisent sur le risque de perte extrême et non sur les prévisions  
de croissance moyenne. À cet égard, de bonnes nouvelles  
concernant la bataille commerciale entre les États-Unis et la Chine ou  
sur le dossier du Brexit seraient les bienvenues. Faisons de la levée  
des incertitudes l’un de nos vœux de Nouvel An!  
William De Vijlder  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1998 articles et 549 vidéos