Emerging

Des ménages toujours inquiets

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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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CHINE  
DES MÉNAGES TOUJOURS INQUIETS  
Le redressement de la croissance économique se poursuit. D’abord principalement tiré par le redémarrage de la  
production industrielle et de l’investissement, il s’est étendu au cours de l’été notamment grâce au rebond des  
exportations. L’activité dans les services se redresse également, mais elle reste néanmoins contrainte par la reprise  
encore timide de la consommation des ménages. Celle-ci semble en effet encore loin d’un retour à la normale. Le  
taux de chômage est rapidement reparti à la baisse après la fin du confinement, mais son recul s’accompagne d’une  
montée des emplois précaires et des disparités entre les individus, les moins qualifiés et les jeunes diplômés étant  
particulièrement fragilisés.  
Alors que le redémarrage de l’activité depuis le mois de mars  
a d’abord été tiré par le rebond de la production industrielle et de  
l’investissement dans les infrastructures publiques et l’immobilier,  
l’amélioration a bénéficié plus largement à l’économie depuis l’été.  
Les exportations ont affiché un solide rebond et le redressement dans  
les services a gagné en vigueur. La consommation privée a également  
montré des signes de reprise mais les ménages se montrent néanmoins  
toujours très prudents. Au cours des prochains mois, la consolidation  
du redressement économique dépendra largement de la politique de  
relance des autorités, ainsi que de la performance des exportations et  
de la dynamique du marché du travail.  
PRÉVISIONS  
2
018  
2019  
6.1  
2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
6.7  
2.5  
7.5  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire officiel, % du PIB  
2.1  
2.9  
2.8  
2.3  
-2.6  
16.3  
0.2  
-2.8  
17.0  
1.0  
-3.6  
19.6  
2.0  
-3.0  
20.8  
1.6  
Dette du gouvernement central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
REDRESSEMENT PLUS LARGE DE L’ACTIVITÉ  
Dette externe totale, % du PIB  
14.3  
14.3  
14.1  
13.5  
3 208  
Dans l’industrie, la production a continué de se redresser, avec une  
hausse de 5,6% en volume en glissement annuel (g.a.) en août (+3,6%  
en valeur), contre 4,8% en juin et juillet. Sur les huit premiers mois de  
Réserves de change, mds USD  
3 073 3 108 3 168  
S  
16.6  
Réserves de change, en mois d'imports  
14.5  
6.9  
15.0  
7.0  
15.4  
2
020, elle dépasse légèrement (de 0,4%) le niveau atteint sur la même  
période en 2019. Le retour à la normale de l’activité dans une grande  
majorité de secteurs industriels semble donc achevé. Mais de nom-  
breuses sociétés sont encore très fragilisées par les pertes enregistrées  
au premier trimestre. Ainsi, en dépit de leur rebond depuis quatre mois,  
les profits des entreprises industrielles étaient encore inférieurs de 8%  
en janvier-juillet 2020 par rapport à la même période en 2019. Dans  
les services, l’activité a continué son lent redressement (+4% en g.a. en  
août contre 3,5% en juillet et 2,3% en juin). Après un effondrement plus  
drastique que dans l’industrie pendant la période de confinement au  
T1, sa reprise depuis mars s’est avérée plus lente.  
Taux de change USDCNY (fin d'année)  
6.8  
6.6  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
SOLIDE REBOND DES EXPORTATIONS  
Bal. commerciale, somme gliss. 3 mois (éch.d.)  
Mds USD  
%
0
Importations de biens, g.a. (éch.g.)  
6
4
2
Exportations de biens, g.a. (éch.g.)  
Du côté de la demande, le rebond continue d’être soutenu par  
l’investissement. Sur les huit premiers mois de 2020, il n’était plus que  
180  
0
0
0
1
50  
20  
0
,3% en dessous du niveau atteint sur la même période en 2019. Il est  
toujours tiré par les nouveaux projets dans les infrastructures publiques  
et le secteur immobilier. L’investissement manufacturier a également  
rebondi en août, mais il reste inférieur de 8,1% sur les huit premiers  
mois de 2020 par rapport à la même période en 2019. À court terme,  
l’investissement dans les infrastructures devrait rester dynamique,  
aidé par la politique budgétaire toujours expansionniste. La politique  
monétaire devrait en revanche devenir plus prudente, contribuant à  
une modération de la croissance de l’investissement immobilier. Dans le  
secteurmanufacturier,lareprisedel’investissementdevraitserenforcer  
si les profits des entreprises continuent de s’améliorer et si la bonne  
performance des exportations persiste. Il est toutefois probable que les  
entreprises maintiennent une attitude prudente : à cause des difficultés  
1
90  
-
-
20  
40  
6
3
0
0
0
-60  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : ADMINISTRATION DES DOUANES  
financières de certaines d’entre elles et parce que les incertitudes sur (graphique 1). Cette bonne performance s’explique principalement par  
la reprise de la demande mondiale et les tensions sino-américaines la forte demande d’équipements et matériels médicaux et de biens  
continuent de peser sur les perspectives d’exportations. Après un recul technologiques, ainsi que par la position avantageuse de la Chine dans  
modéré sur la période mars-juin, les exportations de marchandises ont la crise liée à la pandémie (elle est ainsi le premier pays à être sorti  
rebondi de 7,3% en g.a. en dollars courants en juillet et de 9,5% en août du confinement et à redémarrer sa production, ce qui lui a permis de  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Emerging // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 28 septembre 2020)  
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répondre rapidement à la demande des pays partenaires quand celle-ci  
a commencé à se redresser). La Chine a ainsi augmenté sa part dans les  
exportations mondiales (environ 14% au S1 contre 13,3% en 2019). Avec  
la baisse des importations en valeur (les volumes augmentent mais les  
effets-prix restent négatifs), l’excédent commercial s’est renforcé ces  
derniers mois. La Chine est loin d’atteindre le niveau d’achats de biens  
américains prévu par son accord de « Phase 1 » signé avec Washington  
en début d’année (ses importations sur les sept premiers mois de 2020  
représentaient un peu moins de la moitié du montant ciblé sur cette  
période, selon les estimations du Peterson Institute for International  
Economics), mais cet accord n’est actuellement remis en cause par  
aucune des deux parties.  
LES TAUX DE CHÔMAGE OFFICIELS SOUS-ESTIMENT LE CHOC DU T1  
7%  
Taux de chômage urbains:  
basé sur les inscrits  
basé sur les sondages  
basé sur les sondages, 31 villes  
6
5
4
3
2
LA CONSOMMATION PRIVÉE TOUJOURS CONTRAINTE  
La consommation privée montre des signes d’amélioration mais  
semble encore loin d’un retour à la normale. Les ventes au détail  
ont certes affiché un taux de croissance légèrement positif en g.a.  
au mois d’août pour la première fois de l’année (+0,5%), mais elles  
étaient toujours en baisse en volume (-1,1%) et encore loin de leur  
niveau de 2019 sur les huit premiers mois de l’année (-8,6% en g.a.).  
Le commerce électronique a continué de gagner en importance. Le  
montant des ventes de biens par internet a augmenté de 16% en g.a.  
en août et équivalait à 36% des ventes au détail au S1 2020, contre 25%  
en 2019. De toute évidence, les ménages restent inquiets. Après s’être  
effondré tout au long du premier semestre, l’indice de confiance des  
consommateurs a commencé à remonter en juillet, mais reste bien en  
dessous des niveaux de 2018-2019. Cette méfiance est liée au risque  
sanitaire ainsi qu’à la dynamique du marché du travail.  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MINISTÈRE DES RESSOURCES HUMAINES ET  
DE LA SÉCURITÉ SOCIALE, NBS  
la dégradation du marché du travail s’illustre aussi par une montée  
significative des emplois précaires (temps partiel, travailleurs  
indépendants, commerçants en ligne, etc.), en partie encouragée par  
les autorités.  
Conséquence de ces dynamiques, le revenu disponible moyen par tête  
a baissé de 1,3% en g.a. en termes réels au S1 2020 (la baisse de 3,9%  
au T1 a été suivie d’une légère amélioration au T2). Cette évolution  
a résulté de la baisse du salaire réel ainsi que de l’effondrement  
des revenus nets d’entreprises (travailleurs autonomes). Les  
pertes de revenus d’activité pèsent d’autant plus lourdement sur la  
consommation privée qu’elles ont concerné davantage les ménages  
à bas revenus, et qu’elles ont été peu compensées par la hausse des  
prestations sociales. Les autorités ont bien introduit quelques mesures  
d’aide directe aux ménages, mais leur plan de relance a surtout mis  
l’accent sur les programmes de soutien en faveur des entreprises et  
sur l’investissement public. De fait, l’amélioration des conditions du  
marché du travail, observée dès la fin du confinement, pourrait se  
poursuivre à court terme, grâce aux projets de construction dans le  
secteur public, et surtout si la bonne performance des exportations  
se maintient, soutenant ainsi l’activité dans le secteur manufacturier.  
Cela reste néanmoins incertain car dépendant de l’environnement  
extérieur. Alors que les ménages pourraient ressentir encore longtemps  
les effets du choc sur leurs revenus, le renforcement du système de  
protection sociale s’avère de plus en plus nécessaire pour stimuler la  
consommation privée à court comme à moyen terme.  
LES STIGMATES DE LA CRISE SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL  
Le principal taux de chômage officiel (calculé à partir des seuls individus  
inscrits dans les agences locales pour l’emploi) a peu augmenté, passant  
de 3,62% au T4 2019 à 3,84% au T2 2020 (soit 10,1 millions d’individus).  
Le taux de chômage établi par le Bureau statistique national (NBS) sur  
la base de sondages, considéré comme plus exhaustif, s’est dégradé  
plus sévèrement, passant de 5,3% en décembre 2019 à 6,2% en février  
(
graphique 2). Il est redescendu depuis mars mais reste supérieur aux  
taux d’avant-crise (5,6% en août). Ces taux de chômage officiels sous-  
estiment cependant largement le choc subi par la population. Tout  
d’abord, leur périmètre de calcul est limité : i) il ne prend en compte  
que le marché du travail urbain et ii) une grande partie des travailleurs  
migrants qui ont perdu leur emploi en zones urbaines pendant le  
confinement, et dont beaucoup sont retournés dans leur résidence  
en zones rurales, ne sont pas comptabilisés comme chômeurs. Selon  
l’estimation la plus répandue, au moins 80 millions d’individus auraient  
perdu leur emploi à fin février dans l’ensemble du pays (sur un total  
d’emplois de 775 millions en 2019, dont 291 millions occupés par des  
travailleurs migrants).  
La situation s’est améliorée dès le mois de mars, avec la baisse du  
taux de chômage et le retour des travailleurs migrants dans les zones  
urbaines, mais certaines catégories d’individus restent très fragilisées.  
Christine PELTIER  
christine.peltier@bnpparibas.com  
Les taux de chômage moyens masquent en effet de fortes disparités,  
les travailleurs les moins qualifiés et les jeunes diplômés étant les plus  
affectés. En 2020, 8,7 millions de jeunes diplômés doivent entrer sur le  
marché du travail, la plupart pendant l’été – le taux de chômage des  
2
0-24 ans a par conséquent continué d’augmenter en août selon le NBS  
(
il serait proche de 20%). Cette situation préoccupe particulièrement  
le gouvernement, qui a demandé aux administrations et entreprises  
publiques d’accroître fortement leurs embauches cette année. Enfin,  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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