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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Singapour  
Un modèle de gestion des finances publiques  
La forte dépendance aux exportations de biens technologiques et l’intégration aux chaines de valeur en Asie rendent Singapour très  
vulnérable aux effets de contagion des hausses de droits de douane imposées à la Chine par les Etats-Unis. Ses exportations  
diminuent depuis novembre et la croissance ralentit. Alors que le resserrement de la politique monétaire initié en 2018 devrait marquer  
une pause à court terme, le gouvernement augmente ses dépenses pour soutenir l’activité. Sa marge de manœuvre est importante  
étant donné la solidité des finances publiques. Ceci lui permettra également de poursuivre la mise en œuvre de sa stratégie visant à  
stimuler l’innovation, élever la productivité et améliorer les perspectives de croissance à moyen terme de la cité-Etat.  
Repli des exportations  
1- Prévisions  
La croissance économique a atteint 3,2% en 2018, un niveau  
toujours solide mais néanmoins inférieur à celui de 2017 (tableau 1).  
La croissance a principalement souffert de la contraction de  
l’investissement et de la baisse d’activité dans le secteur  
exportateur. Le ralentissement devrait se poursuivre en 2019, et la  
croissance atteindre 2,5%.  
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017  
2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, moyenne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3,9  
3,2  
2,5  
2,7  
0,6  
2,3  
0,4  
0,4  
0,9  
1,0  
1,0  
-0,7  
Dette brute du gouvernement, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
108,0  
16,0  
280  
112,2  
17,7  
288  
115,0  
17,0  
296  
118,0  
17,0  
321  
Les exportations de marchandises se sont contractées de 0,3% en  
glissement annuel (g.a.) sur la période novembre 2018-février 2019,  
après avoir augmenté de 12,5% sur la période janvier-octobre 2018.  
Les exportations de produits locaux non pétroliers ont quant à elles  
chuté de 6,5% en g.a. depuis novembre (graphique 2). Cette  
dégradation résulte principalement du retournement du cycle  
électronique et des conséquences des hausses des droits de  
douane américains imposées à la Chine (baisse des exportations  
vers la Chine, effets de contagion via les chaines de valeur  
régionales). Singapour est particulièrement pénalisé par sa forte  
exposition à la demande chinoise (13% des exportations, ou 16%  
du PIB), sa forte participation aux chaînes de valeur dans le secteur  
de la haute technologie et la diversification limitée de ses  
exportations (environ un cinquième est constitué de semi-  
conducteurs). A très court terme, les perspectives d’exportation  
restent sombres ; elles dépendront notamment de l’issue des  
négociations entre les Etats-Unis et la Chine, toujours en cours.  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDSGD (fin d'année)  
6,8  
1,3  
6,4  
1,4  
6,4  
1,4  
6,3  
1,3  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Contraction des exportations de biens technologiques  
Echanges de marchandises en USD, g.a., mm3m :  Importations  
Exportations ▪▪▪ dont : exportations de produits locaux non pétroliers*  
%
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
-5  
10  
15  
20  
25  
-
-
-
-
La contribution du commerce extérieur net à la croissance du PIB a  
été positive en 2018, car la progression en volume des importations  
de biens et services a connu un ralentissement plus marqué que  
celle des exportations. Ce soutien à la croissance ne suffit plus car  
le fléchissement de l’activité dans le secteur exportateur a des  
répercussions sur le reste de l’économie. Au T4 2018, il a contribué  
à un mouvement de déstockage et à la baisse de l’investissement  
en machines-outils et équipements (-4,1% en g.a. après quatre  
trimestres de hausse). De plus, l’emploi dans le secteur  
manufacturier a diminué après l’expansion enregistrée au T3 2018.  
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Source : International Enterprise Singapore  
* Les exportations de produits locaux non pétroliers comprennent principalement  
des biens électroniques et chimiques. Elles représentent 65% des exportations  
totales de produits locaux, qui représentent elles-mêmes la moitié du total des  
exportations de Singapour, l’autre moitié étant constituée des réexportations.  
sur les perspectives d’exportation. L’investissement privé dans la  
construction de logements devrait rester déprimé. En revanche,  
l’investissement dans les projets de construction publics devrait  
rebondir, et permettre une stabilisation de la croissance de  
l’investissement total sur l’année 2019.  
L’investissement s’est contracté de 3,4% en termes réels en 2018,  
après avoir augmenté de 5,3% en 2017. Ce repli a concerné toutes  
les grandes composantes de l’investissement, et plus  
particulièrement  
la  
construction  
résidentielle  
(-11,8%).  
L’investissement en machines-outils et équipements a un peu mieux  
résisté, ne fléchissant qu’au T4 2018. A court terme, les  
investisseurs du secteur manufacturier resteront prudents étant  
donné les menaces protectionnistes et les incertitudes qui pèsent  
La consommation privée est restée un important contributeur à la  
croissance du PIB en 2018 malgré son ralentissement à 2,4% en  
g.a. contre 3,2% en 2017. Les conditions du marché du travail sont  
restées tendues, avec une hausse des salaires toujours solide  
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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
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(
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+3,5% en 2018) et un emploi stable (soutenu par les services). En  
019, la croissance de la consommation privée devrait continuer à  
3
- Léger resserrement des conditions financières  
décélérer, en raison des répercussions du repli des exportations sur  
le marché du travail, de moindres effets de richesse (le marché de  
l’immobilier est entré dans une nouvelle phase de correction) et d’un  
léger durcissement des conditions de crédit.  
 Inflation IPC, g.a. ▪▪▪ Inflation sous-jacente, g.a.  Taux monétaire  
Crédit bancaire, g.a. (é.d.)  
6
5
%
% 24  
21  
18  
15  
12  
9
Le resserrement monétaire devrait marquer une pause  
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Les taux d’intérêt courts ont légèrement augmenté depuis la fin  
016, en ligne avec les taux d’intérêt américains et internationaux.  
3
2
2
La banque centrale (Monetary Authority of Singapore, ou MAS) a  
également commencé à durcir sa politique monétaire en 2018 en  
réponse à la hausse (très modérée) de l’inflation (graphique 3). Le  
taux d’appréciation de la bande de fluctuation du taux de change  
effectif nominal du SGD a été légèrement relevé en avril puis en  
1
0
6
-1  
3
-2  
0
1
octobre, le portant à 1% contre 0% en 2016-2017 .  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Sources : Département des statistiques, MAS, FMI  
Les conditions de crédit sont devenues légèrement plus restrictives.  
Le crédit bancaire au secteur privé domestique s’est essoufflé en  
particulier), aux infrastructures et aux PME. Le budget 2019 n’inclut  
pas de mesure importante de hausse des recettes, mais un  
relèvement de la taxe sur les produits et services (de 7% à 9%),  
annoncé en 2018, doit intervenir à partir de 2021.  
2
018 après s’être lentement redressé au cours des deux années  
précédentes (+3,9% en g.a. en termes réels à fin 2018 contre 4,8%  
à fin 2017). De plus, en juillet 2018, les autorités ont introduit de  
nouvelles mesures prudentielles destinées à ralentir l’activité sur le  
marché immobilier (hausse des droits de timbre, baisse des ratios  
prêt/valeur). En conséquence, après une période de redressement  
de la mi-2017 à la mi-2018, la progression des volumes de  
transactions immobilières et du crédit hypothécaire a ralenti au  
S2 2018, et les prix de l’immobilier lui ont emboîté le pas.  
A moyen terme, les autorités prévoient une hausse continue des  
dépenses publiques de nature structurelle (modernisation des  
infrastructures, éducation, santé, innovation, etc.) pour répondre au  
vieillissement de la population et au ralentissement de la croissance.  
La stratégie vise à augmenter la productivité et à renforcer le  
modèle de croissance basé sur l’innovation et les hautes  
technologies. Le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre  
très confortable lui permettant d’absorber une hausse de ses  
dépenses. Il s’impose depuis longtemps un ensemble de règles  
strictes de discipline budgétaire. Ainsi, chaque administration doit  
présenter un budget équilibré sur la durée de son mandat de cinq  
ans. Les emprunts publics ne peuvent qu’être utilisés que pour des  
investissements et non pour financer des dépenses récurrentes ou  
de fonctionnement. De plus, le paiement des intérêts sur la dette  
doit être entièrement couvert par les rendements des  
investissements.  
Le durcissement de la politique monétaire devrait marquer une  
pause à très court terme avant de reprendre d’ici la fin de l’année.  
En effet, la hausse des taux directeurs américains doit s’interrompre  
tandis que la détérioration du commerce extérieur et la récente  
baisse des prix de l’énergie devraient conduire la MAS à réviser ses  
anticipations à court terme par rapport à octobre dernier (avec  
notamment une inflation attendue plus faible que prévu et un  
marché du travail moins tendu).  
Politique budgétaire expansionniste vertueuse  
Alors que l’objectif de la politique monétaire est la stabilité des prix,  
les autorités ont recours à la politique budgétaire pour soutenir  
l’activité à court terme et renforcer les perspectives de croissance  
économique à moyen terme. Les mesures contra-cycliques l’an  
dernier ont conduit à une légère détérioration du solde budgétaire.  
Celle-ci devrait se poursuivre en 2019, mais n’est pas source  
d’inquiétude étant donné la solidité des comptes publics.  
Cette politique a permis l’accumulation d’actifs par le gouvernement,  
qui affiche une position financière nette très solide. Son ratio de  
dette brute sur PIB semble élevé (112% à fin 2018), mais cette  
dette est en réalité principalement constituée d’obligations non  
négociables émises pour le système national de fonds de pensions  
(
qui est financé par les cotisations des citoyens), ainsi que de titres  
émis pour développer les marchés obligataires locaux et de titres à  
long terme offrant aux particuliers une option d’épargne sûre. En  
outre, le total des actifs du gouvernement, estimé, dépasse le  
niveau de sa dette. Ces actifs sont gérés par les fonds souverains  
Temasek et GIC, et les rendements de leurs investissements  
apportent des revenus budgétaires importants et réguliers. Le  
gouvernement de Singapour dispose donc d’importantes ressources  
qui lui permettront de faire face aux augmentations de dépenses  
structurelles des prochaines années.  
L’excédent budgétaire s’est réduit à 0,4% du PIB sur l’exercice 2018  
(
2
allant d’avril 2018 à mars 2019) contre 2,3% en 2017, et le budget  
019 prévoit un déficit de 0,7%. L’augmentation prévue des  
dépenses bénéficiera notamment à la protection sociale (la santé en  
1
Le dollar singapourien (SGD) est géré via son taux de change effectif nominal,  
qui est autorisé à évoluer dans une bande de fluctuation et dont le taux  
d’appréciation est annoncé tous les six mois par la banque centrale. Le taux de  
change étant la cible de la politique monétaire et les capitaux circulant librement,  
les taux d’intérêt singapouriens sont déterminés essentiellement par les taux  
d’intérêt étrangers et les anticipations de change.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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