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Au nom du naira

TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> Nigéria - Croissance - Inflation - Politique monétaire - Politique budgétaire - Dette - Taux de change - Etudes économiques - BNP Paribas

Nigeria

Au nom du naira

L’économie nigériane est frappée de plein fouet par la baisse du prix du pétrole et la méfiance des investisseurs. Les pressions sur le taux de change sont très fortes. Malgré la réactivité de la Banque centrale, les réserves de change ont été stabilisées au prix d’un durcissement des contrôles de change. Une nouvelle dévaluation reste probable d’ici la fin d’année, ce qui affaiblirait un peu plus les perspectives de croissance. Dans un contexte de fondamentaux macroéconomiques dégradés et d’incertitudes sur l’évolution du cadre règlementaire dans l’industrie pétrolière, le système bancaire sera confronté à de nombreuses difficultés.

Fort ralentissement de la croissance

L’économie nigériane a fortement décéléré au T2 2015 (+2,4% en g.a, après +4% au T1), affichant sa plus faible performance depuis fin 2009. Si le secteur pétrolier est affecté par une contraction des volumes de production (-5,9% par rapport au T1 2015), le ralentissement au T2 résulte aussi d’une détérioration du secteur non pétrolier, principalement l’industrie (-3,3% en g.a.) dont la performance a été affaiblie par des pénuries d’électricité. La croissance a également ralenti dans l’agriculture (+3,5% en g.a) et, surtout, dans les services (+4,7% g.a).

De manière générale, les indicateurs de confiance des entreprises se sont détériorés depuis cet été, suite aux nouvelles restrictions d’accès aux devises étrangères pour payer un certain nombre de produits importés. Le marché du travail s’est aussi dégradé, les créations d’emploi ont ralenti dans le secteur formel, et le taux de chômage est en augmentation, à 8,2% au T2 (contre 7,5% au T1). Cette dégradation du marché du travail pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà grevé par les mesures d’austérité fiscale.

En l’absence de signes de reprise du prix du pétrole et de la demande chinoise, les pressions à la baisse sur la devise locale s’accroissent. Elles sont aussi dues à l’absence de directive claire dans la gestion de l’économie. Le nouveau Président Muhammadu Buhari a, en effet, présenté au Parlement début octobre la composition de son gouvernement, quatre mois après son investiture. Ce retard serait lié à sa volonté de vérifier, dans le cadre de sa lutte contre la corruption, les parcours des candidats potentiels aux postes gouvernementaux. Le Président aurait néanmoins également décidé de diriger lui-même le ministère du Pétrole, afin de minimiser les risques de corruption. Après une série de réformes prises au sein de la Nigeria National Petroleum Corporation (NNPC) 1 , cette concentration de pouvoir pourrait inquiéter encore davantage les investisseurs.

Il en va de même de la décision de vouloir renégocier les accords d'exploration et de partage de la production de pétrole avec les

1 Fondée dans les années 70 par Muhammadu Buhari lorsqu’il était ministre du Pétrole, la NNPC régule l’industrie pétrolière (production, raffinage et commercialisation) ; elle a fait objet d’un scandale de détournement des fonds qui avait valu le licenciement de l’ancien gouverneur de la Banque centrale (Lamido Sanusi). Suite à la confirmation, en juin 2015, par un audit de PWC que l’entreprise publique devait reverser USD 1,48 mds aux autorités fédérales, le chef de l’état avait congédié l’intégralité du conseil d’administration, et nommé directeur général l’ancien vice-président exécutif d’ExxonMobil Africa.

1- Synthèse des prévisions

f : prévisions : BNP Paribas

2- Faibles entrées d’investissements de portefeuille

Entrées nettes, en millions USD

Action Obligations

6 000

Source : Banque centrale du Nigeria

grandes entreprises pétrolières, afin d’accroître les recettes du secteur public.

Les perspectives de croissance ont été fortement revues à la baisse (la croissance ne devrait pas dépasser 4% en 2015 et 4,5% en 2016). Tout d’abord, les pressions inflationnistes dues à la dépréciation du naira, ainsi que les mesures de consolidation budgétaire envisagées pour faire face à la baisse des recettes fiscales, vont peser sur la consommation intérieure. Les incertitudes sur l’évolution du cadre règlementaire dans l’industrie pétrolière continueront de freiner les investissements directs. La récente décision de JP Morgan de sortir le Nigeria de ses indices obligataires pourrait aggraver la réduction des investissements de portefeuille (graphique 1) et avoir de lourdes

conséquences sur le financement du gouvernement, dans un contexte de baisse de l’appétit au risque nigérian.

Une Banque centrale dépassée

Après trois ans d’inertie monétaire, les autorités nigérianes sont intervenues à plusieurs reprises depuis la baisse du prix du pétrole2 dans le but de stabiliser le naira, qui s’est dépréciée de plus de 30% par rapport au dollar depuis un an.

Dans un premier temps, ces mesures n’ont toutefois pas été suffisantes pour arrêter la contraction des réserves, qui ont atteint un point bas historique (sur les derniers dix ans) de USD 29 mds en juin 2015. Finalement, elles se sont stabilisées pendant l’été du fait d’un renforcement des contrôles de change avec : l’interdiction aux banques commerciales d’accepter les dépôts de devises étrangères en espèces, une baisse du plafond de retrait d’argent à l’étranger, et surtout, l’accès aux devises étrangères a été officiellement interdit aux importateurs d’une liste de 40 produits (dont le riz, les textiles et les matériaux de construction), pour encourager leur production au niveau national et améliorer la création d’emplois.

Cependant, ces mesures alimentent le recours au marché noir, sur lequel le dollar se négociait à 240 nairas (plus de 10% au-dessous du taux de change officiel) à fin septembre.

Une nouvelle dévaluation avant la fin d’année est probable, même si les autorités monétaires craignent une aggravation des tensions inflationnistes (graphique 2). La forte dépréciation du naira par rapport au dollar a entraîné une accélération de l’inflation depuis fin 2014 (9,3% en août contre 8,2% en janvier dernier) du fait de la hausse de l’inflation importée.

Le système bancaire va souffrir

Dans ce contexte, la profitabilité, la qualité des actifs et la liquidité du secteur bancaire nigérian pourraient se dégrader. Le secteur pourrait tout d’abord souffrir de la baisse des recettes budgétaires et de la détérioration des finances de certains états.

Le déficit budgétaire devrait rester sous contrôle en 20153 grâce au gonflement des recettes pétrolières en monnaie locale du fait de la dépréciation du naira, et aux mesures d’austérité fiscale. Néanmoins, au niveau fédéral, plusieurs états cherchent à restructurer leurs prêts bancaires et prennent du retard dans le paiement des salaires publics (selon l’IFI, les retards de paiement du gouvernement envers des entreprises liées au secteur pétrolier pourraient s’élever à 4% du PIB). Au vu de ces difficultés, l’Etat pourrait chercher à augmenter ses recettes en éliminant les exemptions fiscales sur les marges d’intérêt des établissements bancaires.

3- Retour des tensions inflationnistes

En g.a. , %

▬ CPI ██ Cible d’inflation de la Banque Centrale

18

15

12

9

6

3

0

Source : Bureau National des Statistiques

Cela affecterait négativement la profitabilité des banques commerciales, qui va pâtir également des mesures de resserrement monétaire (hausse du taux directeur et des coefficients de réserves obligatoires), qui font pression sur les marges d’intérêts et la liquidité interbancaire.

Depuis la privatisation du secteur de l’énergie et la vente d’actifs des compagnies pétrolières étrangères à des acteurs locaux, environ 30% des actifs bancaires sont toujours concentrés dans le secteur du gaz et de pétrole 4 ; une baisse prolongée du prix de pétrole pourrait entraîner des défauts de paiement et dégrader la qualité des actifs bancaires.

Enfin, le secteur bancaire au Nigeria reste encore très « dollarisé » (40% des dépôts et 30% des crédits) et les dévaluations augmentent mécaniquement la valeur des actifs risqués en devises étrangères dans les ratios de capitalisation.

Sara Confalonieri

Sara.confalonieri@bnpparibas.com

2Début novembre 2014, la politique monétaire a été resserrée et la naira dévaluée de

8% contre le dollar en gardant le système d’adjudication hebdomadaire des dollars dans la bande de 160/176 Nairas/USD. En parallèle, les contrôles de change (déjà en place depuis 2013) ont étés durcis pour réduire la spéculation sur le marché interbancaire. Ce système a été finalement supprimé en févier 2015 à la faveur d’une intervention régulière de la Banque Centrale sur le marché interbancaire à un taux de change d’environ 198 Naira/dollar, ce qui correspond de facto à une deuxième dévaluation d’environ 18%.

3En application de la loi de responsabilité budgétaire (Fiscal Responsibility Act) de 2007 qui autorise un seuil maximum de 3,0 % de déficit budgétaire.

4 Parmi les acteurs les plus exposés au secteur énergétique figurent certaines des plus grandes banques nigérianes (First Bank of Nigeria, Guaranty Trust Bank et Diamond Bank) considérées comme systémiques par la Banque Centrale.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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