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Une orientation budgétaire favorable à la croissance

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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Arabie Saoudite  
Une orientation budgétaire favorable à la croissance  
Le PIB non pétrolier a retrouvé une croissance soutenue en 2019 après trois années de résultats décevants. La consommation des  
ménages et les dépenses d’investissement du secteur public sont les principaux moteurs de cette reprise. Les perspectives  
d’activité restent positives à court terme, conséquence du ralentissement du rythme des réformes budgétaires. Le déficit budgétaire  
restera élevé même si des éléments de revenu exceptionnels et des dépenses reportées sur des entités extrabudgétaires  
permettent de le limiter. Le potentiel de croissance est contraint par le rythme erratique des réformes budgétaires et les  
perspectives mitigées du marché du pétrole.  
Reprise confirmée de l’activité hors pétrole  
1-Prévisions  
La croissance du PIB hors pétrole a sensiblement accéléré depuis  
le deuxième trimestre 2019. Selon notre estimation, le PIB non  
pétrolier a progressé de 4,3% en T3 2019 (+3,1% en T2 2019),  
contre 2% en moyenne en 2018. Cette reprise de l’activité est avant  
tout due au rebond de la consommation des ménages. En effet, la  
croissance des activités de commerce (9% du PIB) a été de 8%.  
Les secteurs de la construction et de l’ensemble « immobilier et  
finance » ont aussi alimenté la croissance, progressant  
respectivement de 4,6% et 6,3%. Ensemble, ils représentent  
environ 15% du PIB. Cette tendance est confirmée par la  
progression des prêts immobiliers aux ménages (12% des crédits  
totaux au secteur privé) qui ont significativement augmenté depuis  
2
018e 2019e 2020e 2021e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,2  
0,7  
1,2  
1,6  
2,5  
-1,2  
-4,6  
0,6  
1,2  
-5,9  
-7,4  
-7,1  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
19  
24  
26  
30  
9,0  
4,8  
1,8  
4,0  
Dette externe, % du PIB  
25  
30  
34  
36  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDSAR (fin d'année)  
498  
458  
382  
314  
28  
24  
20  
16  
3,75  
3,75  
3,75  
3,75  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2018. Au troisième trimestre 2019, ils ont progressé annuellement  
d’un tiers. Par contre, le secteur manufacturier (hors raffinage)  
continue de se replier (-0,8%) pour le troisième trimestre consécutif.  
2
- Croissance du PIB réel  
g.a  
PIB du secteur privé hors pétrole ▪▪▪ Services du gouvernement  
%
Selon les premières estimations, les dépenses budgétaires ont  
baissé de 2,8% en 2019. Mais la masse salariale (50% des  
dépenses totales) a augmenté de 4,1% en 2019. De plus, le fonds  
souverain saoudien (PIF pour Public Investment Fund) intervient de  
façon croissante dans la politique d’investissement du  
gouvernement et compense largement la réduction des  
investissements de ce dernier. Au total, malgré une baisse nominale  
des dépenses du gouvernement, les dépenses publiques dans leur  
ensemble restent orientées à la hausse et leur effet sur l’activité  
économique sera positif.  
20%  
15%  
10%  
5
%
%
0
1
Notre indicateur avancé d’activité du secteur non-pétrolier indique  
-
5%  
que cette reprise devrait se confirmer dans les trimestres à venir. En  
effet, celui-ci évolue positivement depuis deux trimestres après 14  
trimestres consécutifs de baisse. Au total, nous estimons que la  
croissance du PIB non pétrolier a progressé de 3,5% en 2019. Au  
niveau de l’économie dans son ensemble, cela devrait permettre  
une légère croissance du PIB (+0,7%) qui reste contraint par  
l’évolution négative du PIB pétrolier (-3,4% en 2019).  
2
011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Sources : General Authority for Statistics, BNP Paribas  
2
en moyenne en 2019, tiré par la baisse continue des loyers ) et  
atteindre en moyenne 0,6%, la masse salariale dans le secteur  
public devrait diminuer en termes réels.  
L’activité non pétrolière devrait rester soutenue en 2020. Dans le  
projet de budget du gouvernement, les dépenses courantes  
devraient baisser de 3% tandis que la masse salariale devrait rester  
stable. Comme l’inflation devrait revenir en territoire positif (-1,2%  
Néanmoins, les récentes évolutions du marché du travail devraient  
soutenir la demande privée. Parmi la population des nationaux, la  
baisse du chômage et la hausse du taux de participation  
(
notamment parmi les jeunes) devraient se poursuivre en 2020. Par  
ailleurs, les sorties du marché du travail des travailleurs expatriés  
1
2
Basé sur les indicateurs suivants : production de ciment, nombre de lettres de  
Le poids de la composante « loyer, eau et énergie » dans l’indice des prix à la  
crédit et retraits de liquide des ATM.  
consommation est de 25%.  
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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
(
les départs nets ont atteint pratiquement 2 millions de personnes  
3- Solde budgétaire et composantes  
depuis 2017) est en baisse notable depuis mi-2019.  
%
pétrole  
du PIB  
Si les dépenses d’investissement du gouvernement devraient rester  
au mieux stables, les dépenses d’investissement public réalisées  
par le PIF devraient atteindre un rythme de croisière et contribuer  
encore positivement à l’activité du secteur de la construction au  
sens large. Nous prévoyons une stabilisation du PIB hydrocarbures.  
D’éventuelles nouvelles baisses de la production de pétrole brut  
devraient être compensées par une hausse de la production  
d’autres hydrocarbures.  
Solde budgétaire  Dépenses  Revenu pétrolier  Revenu hors-  
%
5
4
3
2
1
0
0
0
0
0
0
Au total, en 2020 nous prévoyons une progression de 3% du PIB  
non pétrolier, ce qui devrait amener la croissance du PIB total à  
1
,2%.  
-10  
20  
-
Des évolutions budgétaires contrastées  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019p  
Depuis 2014, les déficits budgétaires sont récurrents et assez  
significatifs. La difficile maîtrise des dépenses et la faible  
diversification des revenus, dans un contexte de déprime du marché  
pétrolier, ont dégradé la situation des finances publiques. D’après  
les premières estimations de l’année budgétaire 2019, le déficit est  
en réduction mais sans que des réformes aient été mises en place.  
Ce sont des opérations exceptionnelles ou utilisant des ressources  
non budgétaires qui permettent cette amélioration.  
Sources : Ministère des Finances, BNP Paribas  
Selon notre scénario central, le déficit budgétaire atteindrait 7,4%  
du PIB en 2020. La principale incertitude réside dans le caractère  
exceptionnel ou non du niveau de dividende versé par Aramco au  
gouvernement en 2019. Son renouvellement en 2020 amènerait le  
déficit budgétaire à 4,2% du PIB.  
En 2019, le déficit budgétaire a atteint 4,6% du PIB, en réduction  
par rapport à 2018 (5,9% du PIB). Le service de la dette a  
augmenté de 40%, mais ne représente que 2% des dépenses  
totales. Une grande partie de l’ajustement a été fait par la baisse  
des dépenses en capital (16% des dépenses totales) qui ont baissé  
de 9%. Celles-ci  indispensables au plan de modernisation de  
l’économie – sont maintenant assurées en partie par le fonds  
souverain PIF. Du côté des revenus budgétaires, la diversification  
progresse timidement en l’absence de nouvelles réformes. Les  
revenus non pétroliers ont progressé de 7% et représentent toujours  
un tiers des recettes budgétaires totales. Bien que le prix du pétrole  
 Hausse modérée de la dette publique  
Traditionnellement, le financement du déficit budgétaire se fait par  
des émissions de dette et des retraits d’actifs du compte du  
gouvernement auprès de la banque centrale (SAMA). En 2020,  
selon les déclarations officielles, environ 35% du déficit serait  
financé par la dette, à 45% sur les marchés internationaux. Par  
conséquent, nous prévoyons une hausse de la dette du  
gouvernement à 26% du PIB fin 2020. Les avoirs du gouvernement  
à la SAMA devraient atteindre USD 142 mds, soit 18% du PIB. Si  
l’on suppose un recours croissant à l’endettement dans les années  
à venir, la dette du gouvernement pourrait atteindre 34% du PIB en  
(
référence Brent) ait baissé de 11% en moyenne en 2019, les  
2022 et les avoirs à la SAMA, l’équivalent de 14% du PIB. La  
revenus pétroliers sont restés quasiment stables (-1%). Ce sont les  
dividendes exceptionnels versés par la compagnie pétrolière  
nationale Aramco qui ont permis de stabiliser le revenu.  
L’amélioration des comptes publics en 2019 est donc en partie  
artificielle.  
solvabilité du gouvernement ne présente donc pas de risque à court  
ou moyen terme, notamment si l’on prend en compte les actifs du  
PIF évalués à environ 50% du PIB.  
Néanmoins, la vulnérabilité des finances publiques aux cours du  
pétrole reste élevée, et l’activité économique reste dépendante de la  
dépense publique. Le potentiel de croissance est contraint par le  
rythme erratique des réformes budgétaires et les perspectives  
mitigées du marché du pétrole.  
Pour 2020, le projet de budget prévoit une baisse des dépenses du  
même ordre que celui de 2019 (-3%), avec une réduction des  
dépenses courantes (sauf le service de la dette qui augmenterait de  
48%) et une quasi-stabilité des dépenses d’investissement. Alors  
qu’un soutien budgétaire à la demande intérieure est nécessaire, il  
nous semble plus réaliste d’anticiper au mieux une stabilité des  
dépenses courantes. Du côté des revenus, aucune réforme fiscale  
qui permettrait d’augmenter la part du revenu non pétrolier n’a été  
annoncée. Le gouvernement prévoit une hausse de 2% des  
recettes non pétrolières. Concernant les revenus pétroliers, ceux-ci  
ont été calculés sur la base d’un prix moyen du Brent de 64  
USD/baril, ce qui aboutit à une baisse de 16% du revenu pétrolier.  
Pour notre part, nous anticipons un niveau plus bas du prix moyen  
du pétrole et donc une baisse plus marquée de ce revenu (-20%).  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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