EcoFlash

A propos de l’élection présidentielle du 3 novembre

ECO FLASH  
N°20-18  
13 octobre 2020  
ÉTATS-UNIS : À PROPOS DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 3 NOVEMBRE  
Jean-Luc Proutat  
Le démocrate Joe Biden apparaît bien placé  
dans les sondages pour remporter l’élection  
présidentielle du 3 novembre 2020 face au  
républicain Donald Trump.  
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE : INTENTIONS DE VOTE (%)  
55  
Biden  
1,8  
5
En raison d’un mode de scrutin particulier,  
le résultat est pourtant loin d’être acquis ;  
menacé de contestations, il pourrait, en  
outre, se faire attendre.  
5
0
5
4
Trump  
42,1  
Le bilan de la présidence Trump, qu’il  
convient pour plus d’honnêteté d’arrêter  
avant la crise sanitaire, est mitigé. Si  
l’économie, l’emploi et, plus encore, la  
Bourse, ont crû rapidement, les finances  
publiques ont connu une dérive inédite en  
temps de paix, tandis que les inégalités  
se sont creusées. L’inflation des droits de  
douane a peu fait pour réduire le déficit  
commercial.  
4
0
1
1-oct.-19  
11-janv.-20  
11-avr.-20  
11-juil.-20  
11-oct.-20  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : REALCLEAR POLITICS  
Le 3 novembre 2020, 235 millions d’Américains en âge de voter seront appelés à élire leur  
président pour les quatre prochaines années. À la date d’investiture (le 20 janvier 2021) et sauf  
coup de théâtre, il s’agira soit du candidat démocrate Joe Biden, qui deviendrait alors le 46e  
président des États-Unis, soit du candidat républicain et président en exercice Donald Trump,  
pour un second et dernier mandat. L’exercice démocratique ne s’arrête pas là puisque, également  
le 3 novembre, l’intégralité de la Chambre des représentants (435 sièges) ainsi que 35 des  
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00 sièges du Sénat seront renouvelés, un certain nombre d’élections locales se déroulant par  
ailleurs, comme celles des gouverneurs dans onze États et deux territoires.  
AVANTAGE FRAGILE POUR JOE BIDEN  
La protection de l’environnement a  
gravement régressé. Dans ce domaine,  
comme dans d’autres (fiscalité,  
redistribution, multilatéralisme, etc.) le  
clivage entre les deux candidats est profond.  
Sur le papier, le candidat démocrate Joe Biden a toutes les chances de l’emporter. Avec près  
de 52 % d’intentions de votes au niveau national, il dispose dans les sondages d’une avance  
assez confortable sur son rival Donal Trump, qui oscille autour de 42 %. L’écart semble s’être  
s’accentué depuis le débat télévisé du 30 septembre dernier et s’avère un peu plus important  
que celui qui séparait D. Trump d’Hillary Clinton, en 2016. On se souvient pourtant que celle-ci  
avait perdu l’élection en comptabilisant près de 3 millions de voix d’avance sur son adversaire,  
ce qui rend tout pronostic hasardeux. Il s’agit là d’une étrangeté propre au mode de scrutin  
américain, décentralisé, indirect, majoritaire et à un seul tour.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco Flash 20-18 // 13 octobre 2020  
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Outre-Atlantique, en effet, l’élection ne se joue pas au niveau national, aux Américains les plus fortunés, les inégalités se sont creusées. Le  
mais à l’échelle des cinquante États. Les Américains n’élisent pas Congressional Budget Office (CBO) estime que, de 2016 à 2021, les  
directement leur président mais des grands électeurs (GE), dont le gains en pourcentage après impôts auront été deux fois et demi plus  
nombre est proportionnel au poids démographique des États (avec un élevés chez les ménages du quintile supérieur des revenus (les 20 %  
minimum fixé à 3) et à qui revient le vote formel. En bout de course, le plus aisés) que chez ceux du quintile inférieur (les 20 % les plus  
le candidat ralliant la majorité des grands électeurs (soit au moins pauvres).  
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70 sur un total de 538) remporte l’élection. Le système implique un  
winner takes all » : dans chaque État, celui ou celle arrivé(e) en tête  
L’augmentation des droits de douane, qui ont plus que doublé sous  
Donald Trump, aura produit des effets ambigus. Si les déficits vis-  
à-vis de la Chine - la première visée - ont été réduits, c’est au prix  
d’une contraction des achats dans les deux camps, simplement plus  
marquée aux États-Unis. L’effet prix (l’appréciation du dollar face au  
yuan), ainsi que le début d’atterrissage de l’économie américaine à  
partir de l’automne 2018 (avec un frein mis sur les importations) ont  
aussi joué un rôle dans la correction du déficit commercial. Chiffré à  
USD 854 milliards en 2019, celui-ci reste malgré tout considérable  
et plus important que celui trouvé par D. Trump au moment de son  
«
remporte l’intégralité du collège électoral, quel que soit le score réalisé  
par son adversaire. C’est ainsi qu’un candidat majoritaire au niveau  
national peut perdre l’élection. La Floride fournit un bon exemple : en  
2
016, Hillary Clinton y avait obtenu 49% des votes, soit 4,5 millions  
de voix, mais aucun des 29 grands électeurs, tous allés au vainqueur  
Donald Trump. Or la Floride fait précisément partie de ces États clés,  
ou « swing states », pouvant faire pencher la balance d’un côté comme  
de l’autre.  
Dans les derniers sondages disponibles compilés par The Guardian, Joe investiture, en 2017.  
Biden faisait la course en tête dans la plupart des États clés, soit en  
Pennsylvanie (20 GE), dans le Michigan (16 GE), l’Arizona (11 GE), le  
Wisconsin (10 GE). Toutefois, dans trois d’entre eux, à savoir la Floride  
L’administration Trump a, enfin, beaucoup privilégié le court terme et,  
pour doper la croissance, affaibli bon nombre de normes sanitaires et  
environnementales. Les universités de Harvard et Columbia mènent,  
sur ce terrain, un recensement, qui indique qu’une centaine de  
dispositifs ou lois ont été attaqués, qui vont des limites imposées aux  
(
29 GE), l’Ohio (18 GE) et la Caroline du Nord (15 GE) l’écart restait  
serré (inférieur à trois points).  
C’est ici que réside un risque non négligeable de contestation des émissions de gaz polluants des véhicules ainsi qu’aux rejets de sites  
résultats, un scénario dans lequel Donald Trump s’inscrit déjà. Au cœur industriels, à la préservation des espaces naturels, en passant par les  
de la possible bataille à venir, le vote par correspondance, plébiscité obligations déclaratives des entreprises.  
dans le contexte de crise sanitaire, mais qui risque de retarder le  
L’environnement fait partie de ces nombreux domaines où les  
décompte des voix, et dont M. Trump estime qu’il est un vecteur de  
programmes deux candidats s’opposent. Sans surprise, Donald Trump  
fraude, en dehors duquel sa victoire serait acquise. Il ne faut donc  
reste résolument favorable au développement des énergies fossiles,  
pas exclure la possibilité qu’après le 3 novembre prochain, le nom  
y compris le charbon, tandis que Joe Biden annonce que les États-  
du futur président ne soit toujours pas connu et que chaque camp se  
Unis réintègreront l’Accord de Paris sur le climat dès lors qu’il sera  
dispute la victoire, en espérant que cette situation prenne fin avant  
élu. Sur le plan de la politique commerciale, Trump enfonce le clou de  
le 6 janvier 2021, date de déclaration officielle du vainqueur par le  
l’America first et annonce, sans plus de précision, un « découplage »  
Congrès américain.  
États-Unis - Chine. Joe Biden est sur une ligne a priori moins hostile  
mais pas forcément plus conciliante. Très critique à l’égard des droits  
de douane imposés à la Chine (une « taxe sur les entreprises et les  
QUEL BILAN, QUELS PROGRAMMES ?  
ménages américains »), il n’envisage cependant pas de les réduire  
Fut-elle traitée avec désinvolture, la pandémie de Covid-19 n’est pas  
imputable à Donald Trump, dont le bilan économique s’appréciera  
plus objectivement sur la période des trois années ayant précédé la  
catastrophe sanitaire (2017-2019). Le résultat est a priori flatteur,  
puisque, au bénéfice d’une croissance assez tonique (2,5 % par an en  
moyenne), de nombreux emplois ont été créés (6,5 millions) et le taux  
de chômage a pu descendre au-dessous de 4 % pour atteindre un plus  
bas niveau historique ; le cours des actions a beaucoup monté (+45 %  
pour l’indice Standard & Poor’s 500), une performance appréciable aux  
yeux de l’électorat républicain, plus généralement dans un pays où  
le système des retraites repose essentiellement sur la capitalisation.  
Au moment d’être élu, l’actuel président avait toutefois hérité d’une  
situation que son prédécesseur, Barack Obama, avait déjà largement  
redressée. Et si les bonnes tendances économique et boursière ont pu  
être confortées, c’est au prix d’un endettement record des entreprises  
comme de l’État fédéral. Car avant même que la pandémie de  
coronavirus ne les fasse exploser, les déficits publics ont connu, sous  
Donald Trump, leur plus importante dérive hors période de récession  
ou de guerre. Il s’agit là d’une conséquence de la réforme fiscale de  
décembre 2017, qui a considérablement fait baisser les impôts et a  
abouti à priver l’État fédéral d’un potentiel de USD 1 000 milliards de  
recettes sur dix ans. Les allègements fiscaux ayant surtout bénéficié  
sans contreparties de Pékin. Vis-à-vis de l’Union européenne, l’attitude  
démocrate s’annonce, en revanche, plus coopérative, ce qui a pu se  
voir dans les critiques adressées par la présidente de la Chambre des  
représentants Nancy Pelosi au gouvernement britannique concernant  
sa gestion du Brexit. D’une manière générale, Joe Biden reste un  
partisan convaincu du multilatéralisme, ce qui ne veut pas dire que sa  
politique sera exempte de toute forme de protectionnisme.  
Déjà, sous Obama, beaucoup de barrières non-tarifaires au commerce  
avaient été érigées, tandis qu’une forme de préférence nationale s’était  
exprimée au travers de l’American Recovery and Reinvestment Act de  
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009. Joe Biden annonce, pour sa part, vouloir encourager fiscalement  
le Made in US en surtaxant à 10 % le résultat des filiales étrangères  
de groupes américains réalisé sur le territoire économique national. Il  
dit aussi vouloir porter l’impôt sur les sociétés de 21 % à 28 %, et le  
taux marginal d’imposition sur les plus hauts revenus de 37 % à 39,6 %.  
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