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Six questions autour du Brexit  
Après les élections européennes du 23 mai 2019  
Jean-Luc PROUTAT  
Polarisation  
Qu’indiquent les résultats des élections européennes ?  
La démission de Mme May change-t-elle la donne ?  
L’Accord de retrait peut-il encore être sauvé ?  
Y a-t-il toujours un risque de « hard Brexit » ?  
Va-t-on vers des élections générales anticipées ?  
Comment se comporte l’économie britannique ?  
Royaume-Uni, résultats des élections européennes du 23 mai 2019  
Le 23 juin 2016, 51,9% des Britanniques se prononçaient par  
référendum pour une sortie du Royaume-Uni de l’Union  
européenne (UE), ou « Brexit ». Le 29 mars 2017, l’article 50  
du traité sur l’UE était activé par la première ministre, Mme  
Theresa May, donnant le départ officiel d’une procédure de  
retrait devant intervenir le 29 mars 2019 à minuit. En mai  
Graphique 1  
Source : Presse  
2
019, le Brexit n’a pas eu lieu, les électeurs britanniques ont  
quatre et ressortent grands perdants du scrutin (graphique 1).  
Les élections européennes montrent donc un paysage  
morcelé, mais délivrent aussi un message important : au  
Royaume-Uni, les partisans d’un Brexit dur (sans accord avec  
l’UE), s’ils sont nombreux, n’en sont pas moins minoritaires.  
voté contre toute attente aux élections européennes, et Mme  
May a annoncé sa démission. A cinq mois de la prochaine  
échéance, fixée au 31 octobre 2019 (fin de mandat officielle  
de la Commission « Juncker »), nous faisons le tour en six  
questions de l’actualité du Brexit.  
La démission de Mme May change-t-elle la  
donne ?  
Qu’indiquent les élections européennes ?  
Une polarisation des antagonismes autour de la question du  
Brexit et une participation en hausse, un paradoxe pour un  
scrutin qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Outre-Manche, un bon  
tiers des électeurs a voté pour les partis extrémistes du Brexit  
ou de l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP), réfractaires à  
l’UE et prônant une rupture radicale avec celle-ci. Mais face à  
eux, les différentes formations pro-européennes (Libéraux  
Démocrates, Verts, Change UK, Parti National Ecossais) ont  
recueilli davantage de voix (6,7 millions au total, soit 40% des  
suffrages). Sanctionnés pour leur indécision, les partis  
travailliste et conservateur rallient moins d’un électeur sur  
Elle risque surtout de prolonger l’inaction, alors que la date  
butoir pour le Brexit reste fixée au 31 octobre 2019. Après sa  
démission, prévue le 7 juin, Mme May gérera les affaires  
courantes, le temps pour le Parti conservateur de se trouver  
un nouveau leader. Les 313 députés Tories devront d’abord  
sélectionner, à travers une série de votes, deux candidats  
parmi treize (!) prétendants (en date du 3 juin). Le choix final  
reviendra ensuite aux 125 000 adhérents du parti, le ou la  
candidat(e) élu(e) devenant alors Premier(e) ministre, après  
nomination par la Reine, normalement une formalité. La  
procédure pourrait s’étendre jusqu’au 20 juillet, ce qui signifie  
EcoFlash // 5 juin 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
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L’ombre d’un doute  
que, compte tenu de la trêve estivale, le ou la futur(e) Premier  
ministre disposera de très peu de temps pour agir.  
Appréciation de Britanniques sur le Brexit (solde d’opinions)  
1
0% Bonne  
L’Accord de retrait peut-il encore être sauvé ?  
décision  
Les vingt-sept chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE ont  
été clairs sur le fait que l’accord de retrait conclu avec le  
Royaume-Uni le 28 novembre 2018 ne serait pas renégocié.  
Cela concerne notamment la question du « backstop » nord-  
5%  
0%  
1
irlandais qui achoppe côté britannique mais garantit, côté  
-
5%  
européen, l’intégrité du marché unique. La Chambre des  
communes conserve, quant à elle, la possibilité de ratifier  
l’Accord jusqu’à la date butoir du 31 octobre. Mais, l’ayant  
déjà rejeté par trois fois, les chances qu’elle finisse par s’y  
rallier sont minces, surtout dans la configuration actuelle, où  
le Parti unioniste irlandais joue les arbitres et empêche tout  
compromis. Le seul moyen de progresser vers un retrait  
négocié passe donc, sans doute, par un renouvellement de la  
Chambre, ce qui implique la tenue d’élections générales  
anticipées (cf. Infra).  
Mauvaise  
-
10% décision  
sept.-16  
mai-17  
janv.-18  
sept.-18  
mai-19  
Graphique 2  
Source : NatCent  
Perte d’attractivité  
Investissement directs (flux nets cumulés sur 12 mois, GBP mds)  
200  
Y-a-t-il toujours un risque de « hard Brexit »  
1
00  
Un Brexit dur, soit un retrait de l’UE sans accord, est l’option  
politiquement et économiquement la plus coûteuse pour le  
Royaume-Uni (elle provoquerait une perte cumulée de 5  
points de PIB à l’horizon 2021, selon une estimation récente  
0
2
du NIESR ). Comme déjà indiqué, le vote européen, mais  
aussi l’évolution des sondages, suggèrent qu’une majorité de  
Britanniques n’y est pas favorable (graphique 2). La Chambre  
des communes elle-même a signifié, lors d’un vote indicatif  
qui s’est tenu le 14 mars, qu’elle s’y opposerait en toute  
circonstance. Ceci réduit objectivement le risque, mais ne  
l’élimine pas. D’abord parce qu’aucune loi britannique n’oblige  
formellement à un accord de sortie avec l’UE ; ensuite parce  
que, affronterait-il un vote de défiance à la Chambre et serait-  
il mis en minorité, tout Premier ministre qui voudrait aller  
jusqu’au no deal aurait la possibilité de proroger la session  
parlementaire au-delà du 31 octobre minuit, arguant de  
l’impératif de négocier jusqu’au bout avec les partenaires de  
-
100  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Graphique 3  
Source : Office for National Statistics  
au Royaume-Uni peuvent changer la donne et permettre de  
progresser vers un retrait ordonné, voire de reposer la  
question du Brexit. Il faudrait néanmoins que le futur Premier  
ministre britannique s’inscrive dans cette logique (il est le seul  
à pouvoir demander un nouveau report) ce qui est loin d’être  
acquis. Sur les treize prétendants conservateurs à l’investi-  
ture, cinq, dont deux favoris (Boris Johnson et Dominic Raab,  
respectivement anciens ministres des Affaires étrangères et  
du Brexit) ont déjà laissé entendre qu’ils se tenaient prêts à  
une sortie sans accord le 31 octobre.  
3
l’UE . Un « hard Brexit » pourrait alors intervenir par défaut.  
Va-t-on vers des élections anticipées ?  
Puisque la Chambre des communes n’est pas en mesure de  
ratifier l’accord de retrait mais qu’elle s’oppose aussi à un  
Comment se comporte l’économie ?  
«
no deal », seul son renouvellement parait offrir une chance  
Son rebond du premier trimestre de 2019 (où le PIB a crû de  
de sortir de l’impasse. Aussi la question est-elle moins de  
savoir si, mais quand et à quelles conditions, des élections  
générales anticipées peuvent se tenir. Si la date butoir du 31  
octobre parait trop proche, les Vingt-Sept accepteraient sans  
doute de la repousser au motif que des élections générales  
2
% en rythme annuel) s’est nourri d’une intense activité de  
stockage, précisément en prévision du Brexit. Il est à contre-  
courant des enquêtes auprès des chefs d’entreprise, plus  
pessimistes, et ne doit donc pas faire illusion. Sur le fond, la  
tendance n’est pas bonne. Intervenu il y a deux ans (en mars  
2
017), le déclenchement de l’article 50 officialisant la sortie du  
Royaume-Uni de l’Union européenne a marqué un début  
d’inversion des flux d’investissements directs étrangers : les  
entrées nettes (GBP +56 milliards par an entre 2012 et 2016)  
ont fait place aux sorties nettes (GBP -1 milliard par an depuis  
2017, cf. graphique 3). Les flux migratoires en provenance de  
l’UE se sont raréfiés (moins de 60 000 entrées nettes  
recensées en 2018, ce qui correspond à l’étiage de 2009), ce  
qui pèse sur l’immobilier.  
1
L’Accord de retrait prévoit que, une fois le Royaume-Uni sorti de l’Union  
européenne et afin d’éviter la réintroduction d’une frontière physique entre les  
deux Irlande, un filet de sécurité ou « backstop » s’applique à l’Irlande du Nord.  
Aux termes de l’accord et le temps de parachever le cadre de la « relation  
future » celle-ci devra temporairement maintenir avec l’UE une union douanière  
ainsi qu’un alignement complet des normes (juridiques, techniques,  
environnementales, etc.).  
2
National Institute of Economic and Social Research (2019) Modelling the  
Short- and Long-run impact of Brexit” NiGEM Observation n°14, May 31.  
3
Jean-Luc PROUTAT  
jean-luc.proutat@bnpparibas.com  
Cf. point de vue exprimé par l’ancien député conservateur Nick Boles, et repris  
par le site du Guardian en date du 29 mai 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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