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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Brésil  
En quête de rythme  
Malgré un contexte externe plus difficile, la reprise économique brésilienne semble gagner du terrain, tirée par une demande interne  
qui se raffermit. Bien que les comptes externes se soient dégradés et que des interrogations subsistent quant à la capacité de  
l’économie à monter en régime, les perspectives de croissance pour 2020 sont mieux orientées. L’assouplissement des conditions  
monétaires et financières devrait profiter au marché du crédit mais peser sur le real. Pour sa première année en poste, la chute de  
popularité du président Jair Bolsonaro contraste avec des avancées notables sur le plan des finances publiques.  
Des signes plus concrets de reprise ?  
1-Prévisions  
Au troisième trimestre 2019, l’activité économique a été marquée  
par le raffermissement des moteurs internes de la croissance. Le  
PIB réel a progressé de 2,5% t/t en rythme annualisé (r.a.), et de  
2
018 2019e 2020e 2021e  
PIB (croissance %)  
1,3  
1,0  
2,0  
3,0  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique brute (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
3,4  
3,7  
3,4  
3,7  
1
,2% en glissement annuel (g.a.), alors même que la contribution  
-7,1  
-6,0  
-5,4  
-5,7  
nette du commerce extérieur est restée fortement négative. Le  
chiffre de la croissance  qui a surpris la plupart des observateurs à  
la hausse  a notamment bénéficié d’un vif rebond de la production  
dans le secteur minier (+57,4% t/t r.a.) et d’un regain d’activité dans  
le secteur de la construction. Lourdement affecté par la crise, ce  
dernier a affiché une croissance positive sur deux trimestres pour la  
première fois depuis 2013. Du côté de la demande, la croissance a  
été tirée par la consommation des ménages (+0,5 p.p.) et  
l’investissement (+0,4 p.p.) qui maintient sa progression observée  
au T2. Toujours marqué par les efforts d’ajustement budgétaire du  
gouvernement, les dépenses publiques, à l’inverse, ont reculé  
77  
77  
80  
81  
-2,2  
-3,2  
-3,5  
-3,4  
Dette externe (en % du PIB)  
36  
38  
42  
45  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDBRL (fin d'année)  
374  
357  
340  
333  
18  
17  
17  
16  
3,9  
4,0  
4,0  
3,8  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Note : l’institut statistique national, l’IBGE, a revu à la hausse ses chiffres de  
croissance de 2017 et 2018, passés tous deux de 1,1% à 1,3%.  
2- Marché du travail  
(
-1,7% t/t en rythme annuel). À noter qu’une ventilation de l’activité  
par état et par région montre que la croissance est plus dynamique  
dans les zones où les services publics représentent une part  
proportionnellement moins importante du PIB local, avec des écarts  
en moyenne de l’ordre de 2 points de croissance. Ce constat  
entretient la thèse d’une reprise économique à deux vitesses et  
pose la question à terme de l’évolution des inégalités régionales.  
 Taux de chômage officiel (taux moyen sur 3 mois)  
▪▪▪ Taux de chômage corrigé des variations saisonnières  
%
14  
13  
12  
11  
10  
9
8
7
6
Les indicateurs disponibles au T4 laissent anticiper une légère  
décélération de l’économie en fin d’année. En effet, si les ventes de  
détails sont restées solides en novembre (+0,6% m/m, cvs),  
affichant une progression positive depuis mai 2019, les services ont  
légèrement décéléré (-0,1% m/m) et la production industrielle a  
rechuté (-1,2% m/m) après trois mois consécutifs de hausse  
(
reprise des activités du géant minier Vale et production pétrolière  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
record de Petrobras au T3). La production industrielle semble  
souffrir du ralentissement de l’activité dans le secteur manufacturier  
Sources : IBGE, GSP  
(
env. 11% du PIB). Le PMI manufacturier, bien que toujours en  
territoire expansionniste en décembre (50,2) s’effrite graduellement  
depuis septembre (53,4). Bien qu’il ait continué de progresser en  
octobre et novembre, le proxy du PIB (IBC-BR), calculé par la  
banque centrale, a aussi ralenti par rapport aux deux mois  
précédents. La hausse des dépenses pendant les fêtes de fin  
d’année conjuguée au déblocage, courant septembre, des fonds  
des comptes FGTS (cf. EcoEmerging T4 2019), ainsi que la bonne  
tenue de la production de minerai devraient toutefois permettre de  
contenir le ralentissement.  
 La politique monétaire, principal levier de croissance  
En 2020, la politique monétaire demeurera le principal levier pour  
stimuler l’activité et contrebalancer les effets défavorables liés à  
l’austérité budgétaire et à un environnement externe moins porteur.  
Les effets de l’assouplissement monétaire (baisse du SELIC de 200  
points de base depuis août 2019) devraient en effet se faire  
ressentir dans les prochains trimestres et permettre une expansion  
plus vigoureuse du crédit. Pour l’instant, il reste tiré par les  
ménages (58% du crédit total et +10,8% de croissance en g.a. en  
novembre) mais on observe un redémarrage du crédit aux  
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entreprises (+2,5% en g.a. en novembre). La baisse graduelle du  
chômage (11,8%, données cvs en novembre contre 12,3% en  
janvier), la hausse récente de l’emploi formel et la progression des  
salaires réels (1,2% g.a. en novembre) devraient profiter à la  
consommation des ménages, tandis que la baisse des taux longs  
devrait finir par soutenir l’investissement.  
3
- Balance commerciale  
Balance commerciale (é.d.) ▪▪▪ Exportations  Importations  
USD mds  
USD mds  
300  
250  
200  
150  
70  
6
0
50  
Des comptes externes sous pression  
4
0
Les révisions méthodologiques apportées aux statistiques de la  
balance des paiements en 2019 dépeignent un tableau un peu plus  
sombre des comptes externes. Le déficit courant pour l’année 2018  
est passé de USD 15 mds (-0,8% du PIB) à USD 42 mds (-2,2% du  
PIB) en raison d’un déficit de la balance des revenus plus important  
que prévu (+USD 19,6 mds). En 2019, le déficit s’est creusé  
davantage (-2,8% du PIB sur 12 mois en novembre) en raison d’un  
fort repli de l’excédent commercial (-20%).  
30  
20  
10  
0
100  
-10  
2
014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : BCB  
La balance commerciale a notamment souffert de la chute des  
ventes de soja (-21% g.a.), le premier poste d’exportations du pays,  
due à la baisse de la demande chinoise suite à une épidémie de  
grippe porcine. La Chine qui absorbe environ 80% des  
exportations de soja brésilien destiné principalement à l’alimentation  
animale a dû, dans le même temps, intensifier ses importations de  
viande de porc, bœuf et poulet. La hausse des exportations de  
viande, conjuguée à celle des minerais de fer, n’a toutefois pas été  
suffisante pour contrebalancer la baisse des exportations de soja,  
de pétrole ainsi que la forte chute des ventes de véhicules (-27,5%  
g.a.). En 2020, la décélération de ses deux principaux partenaires  
commerciaux (la Chine et les États-Unis) devrait peser sur les  
exportations du Brésil. Ces dernières devraient aussi continuer de  
pâtir de l’ajustement macroéconomique en Argentine (dont les  
importations ont baissé de USD 5,2 mds en 2019), et ne profiter que  
baissières sur le real. La monnaie, qui a atteint un plus bas  
historique contre le dollar à 4,27, a manqué de facteurs de soutien :  
d’une part, lintérêt limité des compagnies étrangères pour la vente  
aux enchères des droits pétroliers en novembre a conscrit les flux  
d’IDE initialement escomptés; d’autre part, les entreprises ayant des  
recettes d’exportation détenues offshore ont préféré accélérer  
l’amortissement de leurs engagements extérieurs plutôt que  
rapatrier leurs avoirs. Pour contenir les pressions sur la monnaie et  
atténuer sa volatilité, la BCB a ainsi vendu USD 36,9 mds sur le  
marché des changes. Accusant le pays de « dévaluation massive »,  
les États-Unis dont le secteur agricole est en forte concurrence  
avec le Brésil  ont rétabli, fin 2019, des tarifs douaniers sur l’acier  
(
25%) et l’aluminium (10%) brésiliens.  
 Jair Bolsonaro : an 1  
1
marginalement de la dépréciation du BRL, selon une étude de l’IIF .  
La première année de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil a été  
marquée par la dégradation rapide de l’image du chef de l’Etat. Son  
taux d’approbation est tombé à 30%, un plus bas historique pour un  
président durant sa première année en exercice. Son gouvernement  
peut toutefois se féliciter d’avancées notables sur le plan des  
finances publiques. En 2019, le secteur public consolidé devrait  
avoir réduit son déficit primaire d’au moins 0,4 point de PIB par  
rapport à 2018 (-1,6% du PIB). De plus, après avoir mené à bien  
une réforme des retraites ambitieuse, son gouvernement a présenté,  
début novembre, de nouvelles mesures budgétaires (le plan Mais  
Brasil) pour endiguer la progression des dépenses obligatoires,  
réformer la fonction publique, décentraliser les revenus, simplifier la  
fiscalité et renforcer la responsabilité budgétaire. En conséquence,  
l’agence S&P a relevé la perspective encadrant sa note souveraine  
(BB-) de stable à positive, laissant augurer une première hausse de  
la note du Brésil depuis 2011.  
Du côté du compte financier, les flux d’investissements directs  
étrangers (IDE) ont également été revus à la baisse, d’USD 88 mds  
à USD 78 mds sur la base de nouvelles données d’enquête. En  
2019, les IDE se sont maintenus (USD 77 mds sur 12 mois en  
novembre) mais leur composition a changé : les prêts intragroupes  
ont fortement baissé (-USD 17 mds) tandis que les investissements  
greenfields et autres fusions acquisitions ont augmenté  
(
+USD 16 mds). Les IDE nets financent toujours le déficit du  
compte courant mais le taux de couverture se réduit (2,9% PIB en  
novembre contre 4% du PIB en 2018). Dans le même temps, les  
sorties nettes d’investissements de portefeuille se sont accentuées  
(
USD 10,9 mds sur 12 mois en novembre 2019 contre USD 6,4 mds  
fin 2018) en raison de la réduction de l’écart de taux d’intérêt avec  
les pays développés. À la Bourse, alors que l’indice B3-Ibovespa a  
pris 31% en 2019, la participation des investisseurs étrangers est  
passée de 52% en 2018 à 44% en 2019, tandis que la détention de  
titres de dette souveraine par les non-résidents sur le marché local  
est tombé à un plus bas en novembre (11,1%).  
Plus généralement, les sorties nettes de devises ont atteint un  
record de USD 44,8 mds expliquant en partie les fortes pressions  
1
Weak currencies are failing to lift exports, November 2019, Institute of  
International Finance.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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