Perspectives

PDF
2
e
EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Éditorial  
Le ralentissement de la croissance mondiale s’intensifie  
La croissance mondiale marque le pas, obligeant la Réserve fédérale à abaisser ses taux à deux reprises tandis que la BCE a annoncé un  
ensemble complet de mesures d’assouplissement. Le ralentissement devrait néanmoins se poursuivre. L’incertitude est omniprésente.  
Confrontées à l’essoufflement de la croissance, aux différends commerciaux, aux inquiétudes liées au Brexit et au risque géopolitique,  
les entreprises s’interrogent sur la situation réelle de la demande. Leur investissement est à la peine, ce qui pourrait freiner l’emploi et  
impacter les ménages. Autre facteur susceptible de peser sur la confiance : la marge de manœuvre désormais limitée de la politique  
monétaire et, dans de nombreux pays, de la politique budgétaire pour stimuler la croissance. Aux Etats-Unis, les enquêtes auprès des  
chefs d’entreprises font ressortir de fortes inquiétudes concernant le risque de récession et l’inversion de la courbe de taux ne fait  
qu’ajouter à l’inconfort. Cependant, un éventail d’indicateurs avancés brosse pour le moment un tableau moins sombre.  
Le ralentissement s’accentue  
1- L’incertitude est omniprésente  
La décélération de la croissance économique est désormais un  
phénomène mondial. Si elle reste nettement supérieure à celle du  
monde occidental, la croissance en Chine, à 6,2 % au deuxième  
trimestre, ne s’approche pas moins du seuil psychologique de 6,0 %.  
Cette tendance à la baisse devrait se poursuivre à court terme sous  
l’effet de mesures de relance prudentes et d’un environnement  
international difficile. La croissance fléchit également aux Etats-Unis,  
où l’investissement des entreprises est en repli, malgré la résistance  
de la consommation des ménages. Seule exception, la croissance  
japonaise, portée par la demande intérieure, a été supérieure aux  
attentes du début de l’année. L’exposition à la Chine, les  
perspectives moroses pour le commerce international et les  
conséquences de la hausse de la TVA sur la consommation laissent  
néanmoins entrevoir des difficultés à court terme. Dans la zone euro,  
après une bonne performance au premier trimestre (+0,4 %) la  
croissance a, à peine, progressé de 0,2 % au T2. La consommation  
privée a bien résisté, portée par la baisse du chômage et la  
dynamique des salaires. Cependant, l’investissement a décéléré, en  
partie, sous l’effet d’une forte incertitude. Dans la zone euro, les  
divergences s’accentuent. L’Allemagne, où le secteur manufacturier  
est mis à rude épreuve, est en récession technique. L’Italie stagne,  
alors que l’économie française affiche une belle résistance. En  
Espagne, la croissance ralentit mais reste à un niveau très  
satisfaisant. On observe également une divergence des tendances  
entre les services et l’industrie qui, plus exposée au commerce  
international traverse une mauvaise passe.  
Indice d'incertitude de politique économique  
Taux des obligations du Trésor américain à 10 ans (é.d.)  
3,6  
360  
00  
240  
3
3,0  
2,4  
1,8  
1,2  
0,6  
0,0  
1
80  
20  
1
60  
0
2
014 2019  
2015  
2016  
2017  
2018  
Sources : Economic Policy Uncertainty, Datastream, BNP Paribas  
2
- Politique de taux de la Fed et la BCE (%)  
Taux objectif Fed Funds de la FED  
Taux de facilité de dépôt de la BCE  
3.0  
2.5  
2.0  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
-
-
0.5  
1.0  
L’efficacité des mesures adoptées laisse sceptique  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
La Réserve fédérale américaine et la BCE ont réagi en  
assouplissant leur politique monétaire, marquant ainsi un  
changement radical par rapport aux anticipations du début de  
l’année. Les deux banques centrales ont fait preuve d’un très grand  
volontarisme. La Fed a, en effet, abaissé le taux directeur alors que  
le taux de chômage est au plus bas depuis cinquante ans. Dans la  
zone euro, le marché du travail reste robuste mais les inquiétudes  
suscitées par une atonie de la croissance plus longue que prévu,  
pesant ainsi sur les perspectives d’inflation et la convergence de  
cette dernière vers l’objectif, ont conduit le Conseil des gouverneurs  
de la BCE à adopter un ensemble exhaustif de mesures  
d’assouplissement monétaire. Les opposants n’ont pas tardé à  
hausser le ton devant le retour du programme de rachat d’actifs et  
certains membres du Conseil des gouverneurs sont allés jusqu’à  
Sources : Réserve fédérale, BCE, BNP Paribas  
exprimer leur désaccord. L’introduction d’une forward guidance liée  
à l’état de l’économie, impliquant le maintien (voire un nouvel  
assouplissement) de la politique actuelle aussi longtemps que  
l’inflation ne se sera pas suffisamment et durablement rapprochée  
de l’objectif, a également été critiquée par certains. Elle implique, en  
effet, que les taux d’intérêt restent très bas, voire, pour certains, à  
des niveaux négatifs pendant un certain temps. A priori, ces  
mesures devraient permettre de soutenir la croissance. Cependant,  
leur traduction dans les chiffres dépend, en particulier, de la  
confiance et, partant, du recul indispensable de l’incertitude.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2261 articles et 573 vidéos