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Un rebond économique tardif et incertain

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 10 juillet 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
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ROYAUME-UNI  
UN REBOND ÉCONOMIQUE TARDIF ET INCERTAIN  
Du fait de la mise en place retardée de mesures de restriction, le Royaume-Uni a été durement affecté par la pandé-  
mie de Covid-19. En conséquence, le pays sort du confinement avec du retard par rapport à ses voisins européens, et  
son économie est particulièrement affaiblie. Le retour au niveau d’avant-crise sera donc long et difficile. De surcroît,  
le risque d’une crise prolongée est d’autant plus grand que deux menaces majeures assombrissent l’horizon. D’une  
part, une seconde vague de la pandémie pourrait mener à la réimposition de mesures de restriction. D’autre part,  
l’échec des négociations avec l’Union européenne sur un traité de libre-échange avant la fin de l’année fait craindre  
des difficultés économiques supplémentaires.  
Parce que le gouvernement a tardé à mettre en place des mesures  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
de restriction, la pandémie de Covid-19 s’est propagée rapidement au  
Royaume-Uni. Avec près de 45 000 décès, c’est le troisième pays au  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
1,8  
monde le plus affecté, et le premier en Europe. En conséquence, le  
confinement – finalement imposé le 23 mars – a été particulièrement  
long. Alors qu’ils accueillent de nouveau des clients depuis début  
mai en Allemagne et en France, les commerces dits non essentiels  
n’ont rouvert qu’à la mi-juin au Royaume-Uni, tandis que les bars  
et restaurants ont dû attendre jusqu’au début du mois de juillet.  
Néanmoins, si les mesures de confinement ont tardé, les autorités ont  
été plus promptes à annoncer des plans de soutien à l’économie.  
Prévisions  
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9,1  
L’ÉTAT AU SECOURS DE L’ÉCONOMIE…  
Ensuite, au regard de la crise économique qui s’annonçait, des  
mesures de soutien pour les entreprises et les ménages ont été prises.  
Le Chancelier de l’Échiquier, Rishi Sunak, a promis non seulement  
GBP 330 mds de garanties de prêts pour les entreprises, mais aussi  
d’augmenter ce montant si cela s’avérait nécessaire. Jusqu’ici,  
les différents programmes créés ont fourni plus de GBP 40 mds de  
financements (cf. tableau 1). De plus, le chancelier a annoncé le 8  
juillet un plan pour l’emploi de GBP 30 mds.  
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Pour faire face à la crise sanitaire liée au coronavirus, le gouvernement  
britannique a tout d’abord mobilisé une quinzaine de milliards de livres  
sterling pour le service public.  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
PROGRAMMES DE SOUTIEN BUDGÉTAIRE (ENCOURS AU 28 JUIN, GBP MDS)  
Garanties de prêts pour les entreprises  
-
Bounce Back Loan Scheme (BBLS)  
29,5  
11,1  
2,3  
-
Coronavirus Business Interruption Loan Scheme (CBILS)  
- Coronavirus Large Business Interruption Loan Scheme (CBILS)  
Future Fund  
-
0,3  
Du côté des ménages, le gouvernement a lancé des programmes de  
chômage partiel (CJRS) et de soutien aux autoentrepreneurs (SEISS), qui  
devraient mobiliser environ GBP 80 mds. Le CJRS a été prolongé jusqu’à  
octobre, même si la part du salaire prise en charge par le gouvernement,  
et le montant maximum d’indemnités vont progressivement diminuer.  
Chômage partiel et aide aux autoentrepreneurs  
- Coronavirus Job Retention Scheme (CJRS)  
25,5  
7,7  
-
Self-employed Income Support Scheme (SEISS)  
Report de charges  
AVEC LE SOUTIEN DE LA BANQUE D’ANGLETERRE - VAT payments deferral scheme (encours au 7 juin)  
27,5  
De son côté, la Banque d’Angleterre a agi sur tous les tableaux. Elle a  
baissé son taux directeur de 65 points de base, le portant à 0,10%, son  
plus bas niveau historique. La Banque a aussi significativement étendu  
son programme d’assouplissement quantitatif. Alors qu’avant la crise  
elle visait un stock de GBP 435 mds d’obligations – principalement  
souveraines –, sa cible a été relevée à GBP 745 mds.  
TABLEAU 1  
SOURCE : GOUVERNEMENT  
PROGRAMMES DE SOUTIEN MONÉTAIRE (ENCOURS AU 24 JUIN, GBP MDS)  
Refinancement pour les banques et sociétés de crédit foncier  
-
Term Funding Scheme with additional incentives for SMEs (TFSME)  
14,2  
18,6  
11,4  
7,7  
À tout cela s’ajoutent des programmes de financement pour les  
banques et sociétés de crédit foncier (TFSME) et pour les entreprises  
Facilité de financement pour les entreprises  
(
CCFF), ainsi qu’un programme d’apport de liquidités aux acteurs du  
-
Covid Corporate Financing Facility (CCFF)  
marché (CTRF) (cf. tableau 2). Enfin, la Banque a passé des accords de  
swaps avec la Réserve fédérale américaine et étendu l’utilisation de  
la « Ways and Means facility », qui permet au gouvernement de se  
financer à court terme directement auprès de celle-ci.  
Néanmoins, si ses programmes de refinancement des banques et  
des entreprises (TFSME et CCFF) dureront encore quelques mois, la  
Banque commence à retirer son soutien sur d’autres segments. Ainsi,  
Apport de liquidités aux acteurs du marché  
-
Contingent Term Repo Facility (CTRF)  
Accords de swaps avec la Réserve fédérale américaine  
- Opérations « repo » en dollars  
TABLEAU 2  
SOURCE : BANQUE D’ANGLETERRE  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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son programme d’apport de liquidités (CTRF) a été arrêté le 26 juin Selon l’OCDE , cela entraînerait une chute du PIB de l’ordre de 14% en  
et les opérations de provisions de liquidités en dollars ne se tiennent 2020 – contre 11,5% en l’absence de seconde vague.  
plus que trois fois par semaine depuis juillet, alors qu’elles étaient  
quotidiennes précédemment.  
La seconde menace est le risque de l’échec des négociations entre le  
Royaume-Uni et l’Union européenne sur un traité de libre-échange. Ce  
risque est d’autant plus grand que le Royaume-Uni a officiellement  
UNE LENTE RECONSTRUCTION EN PERSPECTIVE rejeté la possibilité de prolonger la période de transition actuelle après  
la fin de l’année (cf. encadré ci-dessous).  
Résultat d’un confinement prolongé, l’économie du Royaume-Uni a  
beaucoup souffert, comme en attestent les chiffres de l’ONS, le Bureau  
de la statistique nationale. Après une baisse de près de 6% en mars,  
le PIB a chuté de plus de 20% en avril – le premier mois complet de  
confinement. C’est sa plus grosse baisse mensuelle depuis le début de  
la série en 1997 (cf. graphique 2).  
Hubert de Barochez  
hubert.debarochez@bnpparibas.com  
Il est vrai que les chiffres des prochains mois donneront sûrement des  
signes d’amélioration, du fait de la réouverture de l’économie et des  
différents programmes de soutien fiscal et monétaire.  
QUATRE QUESTIONS SUR LE BREXIT  
Cependant, il faudra probablement beaucoup de temps à l’économie  
britannique pour revenir à son niveau d’avant la crise, et les difficultés  
économiques ne s’arrêteront pas avec le retour de la croissance. Les  
programmes de chômage partiel et d’aide aux autoentrepreneurs – qui  
bénéficient à plus de 12 millions de Britanniques – ont permis de sta-  
biliser le taux de chômage à 3,9% entre février et avril. Néanmoins,  
cela s’explique aussi par une chute de la population active. De surcroît,  
plus de 600 000 salariés ont perdu leur emploi durant le confinement.  
Du fait de l’ampleur de la crise économique et de la fin prochaine des  
programmes gouvernementaux, une forte hausse du chômage semble  
inévitable. L’OBR, le Bureau pour la responsabilité du budget, prévoit  
• Quelle est la position actuelle du Royaume-Uni vis-à-vis de l’UE ?  
Si le Royaume-Uni a formellement quitté l’Union européenne le 31  
janvier dernier, il est entré dans une période de transition jusqu’à la fin  
de l’année, le temps pour les deux parties de se mettre d’accord sur la  
nature de leur relation future. Pendant cette période, il reste membre du  
marché commun et de l’union douanière de l’UE, et continue d’être soumis  
aux traités européens. En résumé, si le « Brexit politique » s’est produit, le  
«
Brexit économique » reste à venir.  
Où en sont les négociations ?  
Après quatre tours de négociations, les progrès sont minces. Michel  
Barnier, le chef de la task force de la Commission européenne chargée  
de la finalisation des négociations, a plusieurs fois relevé le manque  
d’engagement de ses homologues britanniques, particulièrement dans  
quatre domaines : les règles de fair-play économique et commercial  
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une flambée du taux chômage à 10% au deuxième trimestre 2020 .  
PIB DU ROYAUME-UNI (INDICE EN VOLUME, BASE 100 = AOÛT 2016)  
(
contrepartie de l’accord sans tarifs ni quotas proposé par l’UE), l’accès  
Indice en volume, base 100 = août 2016  
aux eaux et aux marchés pour la pêche, la coopération policière et  
judiciaire en matière pénale, et la gouvernance de la future relation. Ainsi,  
les Britanniques semblent revenir sur certains des engagements qu’ils  
avaient pris dans la Déclaration politique, en particulier celui de maintenir  
les normes élevées communes applicables dans l’UE et au Royaume-Uni  
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Quelles sont les prochaines étapes ?  
Face au manque de progrès des négociations, une « réunion de haut  
niveau » s’est tenue le 15 juin entre Boris Johnson, le Premier ministre  
britannique, et Ursula von der Leyen, Charles Michel et David Sassoli,  
les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens,  
respectivement. Durant cette réunion, les parties ont pris acte de la  
décision du Royaume-Uni de ne demander aucune prorogation de la  
période de transition au-delà du 31 décembre 2020. Elles ont alors décidé  
d’intensifier les pourparlers en juillet et août. D’après l’UE, un accord doit  
être trouvé avant le 31 octobre afin de lui permettre d’être ratifié à temps.  
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GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BUREAU DE LA STATISTIQUE NATIONALE (ONS)  
Quels sont les scénarios possibles ?  
DEUX RISQUES MAJEURS À L’HORIZON  
Le scénario qui entraînerait le moins de perturbations serait un traité  
de libre-échange sans aucuns quotas ni frais de douane. Néanmoins,  
cela représenterait tout de même un Brexit « dur » car le Royaume-Uni  
sortirait à la fois du marché commun et de l’union douanière de l’Union  
européenne. À l’autre extrémité, l’échec des négociations entraînerait le  
retour aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Ainsi, le plus  
dur des Brexit est toujours une possibilité bien réelle, ce qui fait peser le  
risque de forte volatilité financière et de troubles économiques importants  
vers la fin de l’année.  
L’ampleur du rebond est d’autant plus incertaine que deux menaces  
planent sur l’économie britannique. La première est le risque d’une  
réimposition de mesures de restriction dans le scénario d’une  
seconde vague du virus – un scénario dont les plus éminents ordres  
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professionnels de santé ont rappelé la possibilité récemment .  
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Voir https://obr.uk/coronavirus-analysis  
Voir https://www.bmj.com/content/369/bmj.m2514  
Voir http://www.oecd.org/economic-outlook/june-2020/  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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