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Après le rebond, les interrogations

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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ÉDITORIAL  
APRÈS LE REBOND, LES INTERROGATIONS  
Depuis plusieurs semaines, l’amélioration des données économiques semble marquer le pas. D’un côté, ce constat n’est  
pas surprenant car il succède à un rebond spectaculaire qui ne pouvait pas durer. D’un autre côté, il pourrait refléter  
le coup de frein à l’économie qui résulte de la hausse du nombre de nouvelles infections. En outre, le niveau toujours  
élevé de l’incertitude économique et sanitaire, qui affecte les ménages et entreprises, devrait également jouer un rôle.  
En conséquence, le soutien monétaire et, surtout, budgétaire reste crucial pour assurer la poursuite de la reprise, le  
temps qu’un vaccin soit trouvé.  
L’amélioration des données économiques marque le pas. Ce constat se  
prête à deux lectures. La première est que cette perte de momentum  
n’a rien de surprenant, voire même elle était inévitable. Elle intervient  
après un rebond important qui avait suivi un effondrement des données  
d’enquête, de l’activité et de la demande pendant le confinement.  
Ce rebond est mécanique : des activités qui tournaient au ralenti et  
celles qui étaient à l’arrêt ont pu reprendre avec le déconfinement. La  
consommation est également repartie. Là encore, il s’agit d’une réaction  
mécanique. Elle avait chuté parce que les ménages ne pouvaient pas se  
rendre dans les magasins ou au restaurant, non pas faute de moyens  
financiers. Bien au contraire, leur taux d’épargne a fortement augmenté  
en raison du confinement à domicile. Ainsi, après une forte reprise, il  
est normal que l’amélioration du climat d’affaires d’un mois sur l’autre  
ralentisse.  
ZONE EURO : ENQUÊTES AUPRÈS DES MÉNAGES SUR LE CHÔMAGE  
Anticipation sur l'évolution du chômage dans les 12 mois à venir  
(
solde de réponses en %)  
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La deuxième lecture est nettement moins réconfortante. Elle part de  
l’observation que certaines enquêtes ont nettement fléchi. C’est le cas  
de l’indice des directeurs d’achats dans le secteur des services. Parce  
qu’il est plus exposé au risque sanitaire que le secteur manufacturier,  
cette baisse pourrait refléter la réaction de l’économie à la hausse du  
nombre de nouvelles infections de Covid-19 dans beaucoup de pays. Ce  
n’est toutefois pas le seul facteur. Ainsi, l’issue des négociations sur la  
future relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’Union européenne  
reste très incertaine. Une séparation sans accord constituerait un choc  
important supplémentaire pour l’économie britannique mais également  
pour des partenaires commerciaux de premier ordre comme l’Irlande,  
l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Belgique. Aux États-Unis, on  
craint de plus en plus que le résultat de l’élection présidentielle soit  
contesté, ce qui pourrait plonger les marchés financiers dans plusieurs  
semaines d’incertitude.  
Au-delà de ces facteurs, qui joueront à court terme, la situation sanitaire  
restera l’élément déterminant du comportement des ménages et des  
entreprises. De nouvelles mesures visant à arrêter la propagation du  
virus influencent directement la demande et l’activité mais également  
indirectement, via un effet de prudence accrue. Concernant les ménages,  
l’épargne forcée du confinement constitue une réserve importante de  
pouvoir d’achat, dont l’utilisation éventuelle dépendra de leur confiance  
dans les perspectives, notamment dans le marché du travail. En zone  
euro, les anticipations de chômage ont certes baissé mais restent à un  
niveau élevé, tandis qu’aux États-Unis certaines grandes entreprises ont  
récemment annoncé d’importantes suppressions d’emplois. L’épargne  
forcée pourrait donc se transformer en épargne de précaution. Quant  
aux entreprises, des enquêtes réalisées en Allemagne et aux États-Unis  
montrent, sans surprise, un niveau d’incertitude toujours très élevé,  
quoique moins qu’il y a quelques mois. Tenant compte de la baisse du  
taux de marge et, pour beaucoup, de la hausse du taux d’endettement  
pendant le confinement, la velléité des entreprises à investir risque  
d’être freinée. Pour ces raisons, les messages de la Réserve fédérale et  
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GRAPHIQUE 1  
SOURCES : COMMISSION EUROPÉENNE, BNP PARIBAS  
INDICE IFO DE DISPERSION - INCERTITUDE DES ENTREPRISES ALLEMANDES  
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GRAPHIQUE 2  
SOURCES : IFO , BNP PARIBAS,  
de la BCE sont cruciaux : leur politique restera très accommodante  
pendant longtemps et, au besoin, elle sera assouplie davantage.  
Cependant, comme l’a dit Jerome Powell, le président de la Réserve  
fédérale, « les crédits sont des prêts, pas du pouvoir d’achat […] Un prêt  
qui pourrait s’avérer difficile à rembourser pourrait ne pas apporter  
la bonne réponse.» La politique budgétaire restera donc cruciale pour  
assurer la poursuite de la reprise, le temps qu’un vaccin soit trouvé.  
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Discours de Jerome H. Powell, président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale devant  
le Comité sur les services financiers de la Chambre des représentants des États-Unis, le 22 septembre 2020.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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