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EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Espagne  
A la recherche d’une majorité  
La croissance espagnole reste vive, mais elle n’est pas pour autant à l’abri du ralentissement européen. Elle devrait ralentir cette  
année, mais s’établir malgré tout sans difficulté au-dessus de 2% en moyenne annuelle. Vainqueur des élections législatives du mois  
d’avril, Pedro Sanchez cherche encore la majorité qui le portera à la tête de l’exécutif et lui permettra de former un nouveau  
gouvernement. Le pays vient officiellement de quitter la procédure européenne pour déficits excessifs. Sans avoir formellement  
adopté de budget cette année, les autorités visent l’excédent primaire en 2019.  
Une croissance solide mais qui va ralentir  
1- Croissance et inflation  
Comme le laissaient présager les enquêtes, la croissance  
espagnole a fait preuve d’une grande résistance à la dégradation de  
l’environnement international et au ralentissement européen début  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
3
,2  
Prévision  
Prévision  
3,0  
2
,6  
2
019. L’activité a même légèrement accéléré en rythme trimestriel,  
avec un PIB en hausse de 0,7% t/t au T1, au plus haut depuis fin  
017. Sa composition s’est, en outre, révélée favorable, plus  
2
,2  
2
,0  
1,9  
1
,7  
2
1
,2  
1
,0  
équilibrée que nous ne l’attendions. La croissance au T1 a en effet  
bénéficié d’un net rebond des investissements productifs (+6,8%  
g.a. au T1 2019), et elle est apparue moins dépendante que nous  
ne le craignions de la consommation des ménages (+1,4% g.a.) et  
des investissements résidentiels (+3,8% g.a.), qui restaient toutefois  
bien orientés.  
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0,3  
1
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17  
18  
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20  
16  
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18  
19  
20  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
Sur le front extérieur en revanche, la contraction des échanges  
amorcée au second semestre 2018 s’est poursuivie. Si la baisse  
des exportations de biens et services (-0,5% g.a.) est contenue par  
la bonne tenue du tourisme, le repli des importations est de plus en  
plus marqué (-1,2% g.a.), ce qui limite le creusement de la balance  
commerciale observé l’an dernier. Au final, la croissance espagnole  
atteignait encore +2,4% g.a. au T1, contre 1,2% en moyenne dans  
la zone euro. Les données d’enquêtes les plus récentes montrent  
qu’un tassement est très probable dès le printemps. Il pourrait se  
prolonger un peu au cours des prochains trimestres,  
l’affaiblissement de la confiance s’étendant désormais aux activités  
de services, et plus seulement à l’industrie manufacturière. Dans  
l’ensemble toutefois, la croissance de l’activité devrait sans  
difficultés dépasser 2% en moyenne annuelle en 2019.  
2
- Ralentissement en vue  
Indices des directeurs d’achats (points)  
__ Composite - - - - Industrie manufacturière - - - - Services  
70  
65  
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
2
007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
Dans ce contexte, les créations d’emplois sont également restées  
très bien orientées jusqu’ici, en hausse de +2,5% g.a. au T1 2019,  
au plus haut depuis fin 2017. 2,5 millions d’emplois ont été créés en  
Espagne depuis le creux de fin 2013. Le taux de chômage, qui vient  
de s’afficher en deçà de 14% de la population active pour la  
première fois depuis dix ans, contre un plus haut au-delà de 26%  
courant 2013, va poursuivre son repli dans les trimestres à venir, un  
peu plus lentement toutefois. Associées à la faiblesse de l’inflation  
Source : Markit  
des 350 sièges du Congrès des députés, soit près de deux fois plus  
que son opposant principal le Parti populaire (66 députés), en fort  
recul. Celui-ci a vu ses soutiens s’affaiblir au bénéfice du parti de  
centre-droit Ciudadanos sur son aile modérée (57 sièges), et du  
parti d’extrême-droite Vox (24 sièges) sur son aile radicale.  
(
qui soutient le pouvoir d’achat des ménages), ces créations  
Mais ce succès du PSOE n’en est pas forcément un pour la stabilité  
politique espagnole. Recomposée, cette nouvelle Chambre des  
députés n’en apparaît pas moins fragmentée que la précédente,  
avec un parti leader qui ne bénéficie que de 35% des sièges  
d’emplois sont le principal moteur de résistance de la demande  
intérieure.  
Quelle majorité pour gouverner ?  
1
parlementaires , contre 39% pour Mariano Rajoy et le Parti  
Pedro Sanchez est, sans surprise, arrivé en tête des élections  
législatives anticipées du 28 avril dernier, avec 28,7% des suffrages  
exprimés. Le parti socialiste espagnol (PSOE) occupera donc 123  
1
Le PSOE bénéficie en revanche de la majorité absolue au Sénat où la plupart  
des sénateurs sont élus au scrutin majoritaire.  
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populaire dans la foulée des élections de 2016. Dans ce contexte,  
Pedro Sanchez a patiemment attendu la tenue des élections  
européennes et, surtout, municipales et locales pour entamer les  
négociations nécessaires à la formation d’un nouvel exécutif.  
Celles-ci ont notamment montré que les instances dirigeantes du  
parti Ciudadanos, avec lequel une coalition majoritaire serait  
numériquement possible, était bien décidées à s’installer dans un  
rôle d’opposant au côté du Parti populaire et prêtes, dans certains  
cas, à soutenir des exécutifs locaux bénéficiant également du  
soutien Vox.  
3
- A la recherche d’une majorité  
Groupes politiques au sein du congrès des députés à l’issue des élections du 28 avril  
2019, en nombre de sièges  
Republicano* 14  
Vasco** 6  
Mixto  
1
8
Cuidadanos  
5
7
Socialista  
1
23  
Popular  
À gauche, aucune coalition majoritaire n’est possible sans le soutien  
du groupe de la gauche républicaine, qui abrite les élus  
indépendantistes catalans d’ERC. Dans ce contexte, Pedro  
Sanchez préférerait apparemment former un gouvernement  
minoritaire sur le seul parti socialiste, capable de s’appuyer sur des  
soutiens variés en fonction des sujets. Ce projet se heurte toutefois  
à la volonté de Podémos d’intégrer le gouvernement au sein d’une  
coalition formalisée avec le parti socialiste. A ce stade, la question  
n’est pas tranchée et les deux formations discutent d’un  
gouvernement « de coopération ». Un premier vote d’investiture est  
programmé le 23 juillet, mais il n’est pas exclu que les négociations  
6
6
Unidas Podemos  
En Co Podem 42  
Vox  
&
2
4
* élus nationalistes catalans d’ERC  
** élus nationalistes basques du PNV  
Source : Wikipedia  
4- Prévisions budgétaires  
En % du PIB  
solde budgétaire,  
ratio de dette publique  
2
s’étendent au-delà de la pause estivale . Malgré sa victoire  
électorale, le futur gouvernement de Pedro Sanchez, s’il parvient à  
le former, devra probablement s’appuyer sur une coalition aussi  
fragile que celle qui a soutenue, un temps, l’exécutif précédent.  
4
2
110  
100  
90  
0
Un déficit en baisse, malgré l’absence de budget  
pour 2019  
-2  
-4  
80  
70  
-
6
8
60  
Rappelons que c’est justement sur le constat qu’il n’était pas en  
mesure de faire adopter un budget pour 2019 par la précédente  
assemblée que Pedro Sanchez a convoqué les élections anticipées  
qui viennent de s’achever. Dans l’attente, le budget pour 2018 est  
automatiquement reconduit en 2019, additionné d’une série de  
mesures adoptées par décret, notamment en décembre 2018.  
-
50  
-
10  
12  
40  
-
30  
2
004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022  
Sources : Commission européenne, Programme de Stabilité 2019-2022  
Du côté des dépenses, il s’est agi de valider une augmentation  
générale des retraites (+1,6%) largement supérieure au minimum  
légal de 0,25%, ainsi qu’un renforcement des dépenses sociales  
espagnol à 10 ans s’affichant en repli marqué au cours des  
dernières semaines, à 0,4% fin juin. Au total, l’exécutif pense être  
en mesure d’équilibrer le solde primaire des finances publiques  
espagnoles en 2019, le déficit public d’ensemble s’établissant  
autour de 2% du PIB, contre 2,5% en 2018. Dans le programme de  
stabilité envoyé à Bruxelles au printemps (réalisé par le  
gouvernement intérimaire sortant), les autorités prévoient de  
renforcer les mesures d’ajustement structurelles sur l’ensemble de  
la programmation budgétaire 2019-2022 (pour un montant cumulé  
de 1,5 pp de PIB en 4 ans), et d’équilibrer les finances publiques à  
l’horizon 2022 (graphique 4). Pour 2020, des mesures d’économies  
(
extension du congé paternité, amélioration de l’indemnisation des  
chômeurs âgés, coup de pouce aux petites retraites, etc.) et locales,  
pour un total d’environ 0,4 point de pourcentage (pp) de PIB selon  
le programme de stabilité transmis à Bruxelles, financé par une  
hausse des recettes (hausse des cotisations sociales et de  
certaines taxes) un peu supérieure (0,5 pp). Au total, la politique  
budgétaire serait donc très légèrement restrictive cette année selon  
les autorités, quasiment neutre selon la Commission européenne.  
Cette année encore, la réduction du déficit sera donc assurée par la  
croissance économique et le recul des intérêts versés. Estimé à  
3
à hauteur de 0,5 pp de PIB ont déjà été annoncées mais il n’est  
pas certain que le gouvernement minoritaire ou la coalition à venir  
seront en mesure de les faire adopter.  
0
,1 pp par rapport à 2018 (la charge d’intérêt passant de 2,5% du  
PIB à 2,4%), celui-ci pourrait même être un peu plus important  
qu’anticipé au vu des derniers développements, le taux souverain  
2
Lors de ce premier tour, un vote de confiance des députés à la majorité absolue est  
3
Dont une réforme de l’IS pour limiter optimisation fiscale des grands groupes  
requis. En cas d’échec, un nouveau vote est organisé deux jours plus tard, où seule  
la majorité simple est requise. Si, dans les deux mois qui suivent ce premier scrutin,  
aucun candidat n'a obtenu l'investiture du Congrès, de nouvelles élections seront  
organisées.  
et baisser le taux appliqué aux PME (0,1 pp), une taxe sur les transactions  
financières (0,1pp), une taxe sur les revenus des activités numériques (0,1pp),  
et des mesures contre l’évasion fiscale (0,1).  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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