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EcoEmerging// 2 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Colombie  
A la recherche d’un second souffle  
La Colombie sort de quatre années d’un ajustement macroéconomique rendu nécessaire par l’importante dégradation des termes de  
l’échange suite à l’effondrement des cours des matières premières en 2014. Des mesures de politique publique ont permis d’améliorer le  
solde de la balance courante et le solde budgétaire, et de faire converger l’inflation vers la cible de la banque centrale. Depuis 2018,  
l’aggravation de la crise migratoire au Venezuela met toutefois à mal les comptes publics du pays. Par ailleurs, la volonté du président  
Duque d’apporter des ajustements à l’accord de paix signé avec les FARC en 2016 fait craindre une dégradation du climat sécuritaire.  
Dans le même temps, le ralentissement économique s’est enrayé en 2018. La croissance devrait s’accélérer en 2019 mais restera modeste.  
Reprise cyclique de la croissance  
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-Prévisions  
En 2018, la croissance a accéléré (2,7% g.a.), après avoir ralenti de  
façon continue entre 2014 (4,7% g.a.), et 2017 (1,4% g.a.), son plus  
bas niveau depuis la crise financière. Dans le même temps, le  
relèvement du salaire minimum, les effets du phénomène climatique  
El Niño sur les prix ainsi que la dépréciation du change ne se sont  
pas traduits par des pressions inflationnistes accrues. Ceci a permis  
à la banque centrale de laisser son taux directeur inchangé à 4,25%  
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017 2018e 2019e 2020e  
PIB (croissance %)  
1,4  
2,7  
3,5  
3,3  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique brute (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
4,3  
3,2  
3,2  
3,6  
-3,6  
-3,1  
-2,4  
-2,6  
46,6  
-3,4  
46,1  
-3,8  
44,1  
-4,0  
45,7  
-3,8  
(
depuis avril 2018).  
40,3  
47,1  
41,9  
47,9  
42,6  
48,3  
43,5  
48,7  
La croissance a été tirée par la consommation privée (+3,9% g.a.),  
elle-même favorisée par le ralentissement de l’inflation, la hausse  
des salaires réels, l’amélioration de la confiance des ménages (du  
moins au S1 2018) et la baisse des taux d’intérêt réels. Après s’être  
contracté en 2017, l’investissement brut a rebondi en 2018 (+3,5%  
en g.a.) sous l’effet d’une forte accumulation des stocks. Il s’est  
particulièrement accéléré après les élections (août) grâce à la  
hausse des prix des matières premières, à une plus grande  
disponibilité du crédit, et à un rebond de l’investissement immobilier  
et de la construction. Cependant, la reprise de la demande  
intérieure a entraîné une forte accélération des importations (+8%  
g.a.) tandis que les exportations ralentissaient (+1,2% contre +2,5%  
g.a. en 2017). Le commerce extérieur net a ainsi considérablement  
freiné la croissance annuelle.  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
10,1  
9,2  
10,0  
10,0  
Taux de change USD/COP (fin d'année) 2952  
2958  
3021  
2922  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Économique Groupe  
2
- Indice de confiance des ménages (points)  
2
5
5
5
5
Perceptionpositive  
Perceptionnégative  
1
-
-
15  
25  
-
À court terme, la croissance devrait gagner en rythme mais restera  
en deçà de son niveau historique (+4,3% sur la période 2000-2017).  
Les dépenses des ménages devraient bénéficier d’une hausse du  
crédit et d’une amélioration progressive du marché du travail. Le  
pouvoir d’achat des ménages devrait également bénéficier de la  
décision du Congrès de rejeter la proposition du gouvernement  
d’élargir l’assiette de la TVA. La baisse de l’impôt sur les sociétés,  
la remontée des prix du pétrole ainsi que la hausse des dépenses  
d’investissement prévues par Ecopetrol devraient, dans l’intervalle,  
favoriser une accélération des investissements. Les dépenses  
publiques devraient ralentir en raison des tensions qui pèsent sur le  
budget. Les données d’enquêtes révèlent toutefois un début  
d’année hésitant. En mars, l’indice PMI manufacturier est ressorti en  
-35  
juil.-16  
janv.-17  
juil.-17  
janv.-18  
juil.-18  
janv.-19  
Sources : Fedesarollo, BNP Paribas  
gestion active de la dette publique, flexibilité du taux de change).  
L’invitation faite au pays, en mai 2018, à rejoindre l’OCDE,  
témoigne aussi des efforts de la Colombie pour mettre en place des  
réformes structurelles (code du travail, gouvernance, commerce,  
industrie). Néanmoins, des faiblesses importantes subsistent :  
déficit d’infrastructures, forte dépendance vis-à-vis des matières  
premières, niveau élevé du travail informel, déclin de la compétitivité  
dans le secteur manufacturier, niveaux toujours élevés de violence  
associés au trafic de drogue et au crime organisé.  
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deçà de 50 pour le 3 mois consécutif, tandis que l’indice de  
confiance des ménages demeure déprimé même s’il s’est amélioré  
depuis novembre.  
Des défis budgétaires persistants  
Les comptes publics de la Colombie devraient faire face à des  
pressions croissantes malgré l'adoption récente d'une sixième  
réforme fiscale en 10 ans. Celle-ci a été principalement marquée  
par de nouvelles incitations fiscales pour les entreprises visant à  
À moyen terme, les perspectives de croissance de la Colombie  
restent étayées par un cadre institutionnel solide en matière de  
politique économique (ciblage de l’inflation, règles budgétaires,  
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promouvoir l’investissement privé. Parallèlement à une réduction de  
la TVA sur les biens d’équipement, l’impôt sur le revenu des  
sociétés sera réduit de 1 point de pourcentage par an, pour passer  
de 33% en 2019 à 30% en 2022.  
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- Principaux postes de la balance des paiements  
 Solde du compte financier  dont les flux nets d’IDE  
Solde du compte courant  
▪▪ Solde de base (solde du compte courant + IDE nets)  
La réforme n’aborde pas certains problèmes structurels comme  
la rigidité des dépenses publiques (constituées à environ 85% de  
dépenses obligatoires) et la forte dépendance à l’égard du pétrole.  
Surtout, elle ne vise pas à augmenter les recettes (les recettes  
fiscales stagnent à environ 14% du PIB depuis 2011). Au final, à  
l’issue des négociations au Congrès les recettes seront inférieures  
de moitié (0,7% du PIB) à celles envisagées dans le projet de loi  
initial. La baisse concomitante de l’impôt sur les sociétés devrait,  
entre-temps, entraîner une perte de recettes estimée à 1% du PIB  
par an. Or, les pressions sur les finances publiques augmentent en  
raison de l'impact budgétaire de la crise des migrants vénézuéliens  
%
du PIB, 4 trimestresglissants  
7
5
3
1
1
3
5
-
-
-
-7  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
(
estimé à 0,5% du PIB par an). Cette situation a mené à une  
révision à la hausse les objectifs de déficit pour 2019 et 2020, à  
,7% et 2,3% du PIB. De ce fait, le besoin de financement public  
Sources : Banque centrale de Colombie, BNP Paribas  
2
augmentera, mais il devrait être facilement couvert. En effet l’appétit  
pour les titres de dette publique reste vif, en témoignent les faibles  
primes de risque souverain (107 pb pour les CDS à cinq ans en  
avril).  
Les autorités ont pris des mesures pour atténuer les risques  
résultant d’un tarissement des financements extérieurs. En  
septembre 2018, la banque centrale a annoncé un programme  
visant à accroître les réserves de change par le biais du marché des  
dérivés. La Colombie dispose, en outre, d’une ligne de crédit  
modulable (LCM) accordée par le FMI, pour un montant de  
USD 11,4 mds (soit 3,3% du PIB) jusqu’en 2020. Enfin, la liquidité  
en devises reste à des niveaux convenables (représentant environ 9  
mois d’imports et environ 2/3 des stocks d’investissement de  
portefeuille).  
Ralentissement des flux d’investissement  
Le déficit courant du pays s’est réduit assez rapidement jusqu’en  
2
2
017 après s’être fortement dégradé en 2015 (-6,4% du PIB). En  
018, la croissance vigoureuse des importations a partiellement  
inversé cette tendance et le déficit courant s’est à nouveau creusé  
pour atteindre 3,8% du PIB. La poursuite du rebond de la demande  
intérieure, conjuguée au ralentissement de l’économie mondiale  
verra le déficit courant s’accentuer en 2019.  
Vents contraires sur le front politique  
Le président Duque a fait face à de multiples vents contraires  
depuis son entrée en fonction en août 2018. Les relations difficiles  
qu’entretient son gouvernement avec le Congrès ont contribué à  
diluer sa réforme fiscale. A ceci se sont ajoutés des mouvements de  
contestation populaire contre la baisse des subventions sur les  
carburants et l’énergie ainsi que contre la réduction des dépenses  
dans l’éducation. Les retombées du scandale de corruption  
impliquant l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht ont  
également nui à la cote de popularité du président. L’aggravation de  
la crise politique au Venezuela et l’afflux massif de migrants pèsent  
également sur la société et les services publics. Lattentat perpétré  
en janvier contre une école de police à Bogotá par l’ELN (Ejército  
de Liberación Nacional), faisant 20 morts et des dizaines de blessés,  
a par ailleurs ravivé les craintes de voir le climat sécuritaire se  
dégrader, d’autant plus que le président Duque souhaite modifier  
En 2018, les flux nets d’IDE n’ont pas permis de couvrir le déficit  
courant, les flux entrants d’IDE ayant nettement ralenti, atteignant  
même leur plus bas niveau depuis 2010 (environ USD 11 mds  
contre USD 14,5 mds en moyenne sur la période 2011-2017). La  
couverture du besoin de financement externe a été assurée par de  
nouveaux emprunts bancaires contractés principalement par le  
secteur privé.  
L'augmentation de la dette extérieure (42% du PIB en 2018 contre  
27% en 2014) souligne une vulnérabilité accrue au resserrement  
des conditions financières internationales. La Colombie reste aussi  
vulnérable à un retournement de confiance de la part des  
investisseurs étrangers. Les investissements de portefeuille (stocks)  
détenus par des non-résidents ont augmenté de 14% en moyenne  
depuis 2012 (environ 24% du PIB en 2018). La détention par les  
non-résidents de titres souverains en monnaie locale demeure par  
ailleurs significative (environ 25%). Les placements des non-  
résidents représentent également plus du tiers des volumes  
négociés sur le marché boursier. En 2018, les flux de portefeuille  
ont fortement ralenti (USD 349 millions contre USD 7,8 mds en  
1
l’accord de paix signé en 2016 avec les FARC . Ainsi, l’objectif  
affiché du président de renforcer la croissance du PIB à plus de 4%  
en engageant d’importantes réformes structurelles dépendra  
d’abord de sa capacité à sauvegarder la paix.  
2017), les sorties nettes atteignant ainsi USD 1,2 md sur l’année.  
Par ailleurs, les investisseurs étrangers ont été vendeurs nets sur le  
marché actions pour la première fois en sept ans.  
1
En mars, le président Duque a annoncé un veto partiel de la loi statutaire relative à  
la juridiction spéciale pour la paix (JEP) - le système de justice transitionnel - la  
jugeant trop indulgente à l’égard des combattants ayant commis des crimes graves.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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