Perspectives

Un redémarrage qui se fait attendre

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Eco Perspectives // 2 trimestre 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
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ESPAGNE  
UN REDÉMARRAGE QUI SE FAIT ATTENDRE  
L’activité économique est restée très fragile en ce début d’année 2021. À l’épidémie de Covid-19 s’est ajoutée, début  
janvier, la tempête Filomena, dont les effets délétères, sur la consommation notamment, se sont fait clairement  
ressentir. Les ventes automobiles et celles de détail ont ainsi fortement chuté au cours de l’hiver. Nous prévoyons  
désormais une croissance du PIB nulle au T1. L’activité économique pourrait néanmoins rebondir au printemps, et  
plus fortement cet été, même si les risques baissiers, liés au variant anglais et à une possible quatrième vague de  
contaminations, ne peuvent être totalement écartés. Nous anticipons une croissance du PIB réel de 5,9% en 2021, et  
de +5,6% en 2022. Cela fait suite à une contraction record de l’activité de 10,8% en 2020.  
Pour faire face à la crise sanitaire qui se prolonge, le gouvernement a  
prorogé une grande partie des mesures d’urgence mises en place en  
CROISSANCE ET INFLATION  
2
3
020, dont le moratoire sur les faillites d’entreprises (étendu jusqu’au  
1 décembre 2021) et le dispositif ERTE de chômage partiel (en place  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
pour l’heure jusqu’au 31 mai prochain). Un nouveau stimulus budgétaire  
de EUR 11 milliards a également été approuvé le 12 mars dernier. Il  
est constitué de EUR 7 mds d’euros d’aides directes aux entreprises  
Prévisions  
5.9  
5.6  
7
2
3
8
1
dans les secteurs et les régions les plus en difficulté , de EUR 3 mds  
2.0  
destinés à la restructuration de la dette des entreprises, et EUR 1 md  
pour d’éventuelles recapitalisations. La persistance de l’épidémie et les  
difficultés économiques attenantes vont très certainement amener les  
dépenses publiques à dépasser des prévisions initiales. Pour l’heure,  
le gouvernement a officialisé un budget record de EUR 239,8 mds pour  
1.3  
1.2  
0.8  
-
0.3  
-
-
2
021 et la Banque d’Espagne, dans son scénario central, anticipe un  
déficit public de 7,7% du PIB cette année. Ce dernier s’est établi à 10,1%  
du PIB en 2020, un record.  
-
10.8  
-
13  
2
019  
2020  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
UN ESPOIR CONTENU  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
Il y a néanmoins de bonnes raisons d’espérer que l’activité se redresse  
plus significativement à partir du printemps, et plus encore cet été :  
sur le plan sanitaire, les chiffres des contaminations dans le pays ont  
fortement chuté, même si la courbe épidémique est repartie légèrement  
à la hausse fin mars. La campagne de vaccination progresse, mais à un  
rythme certes peu soutenu. Au 29 mars, près de 16% de la population  
avait reçu une première injection du vaccin, ce qui place l’Espagne dans  
la tranche haute en Europe, mais bien loin des taux de vaccination  
observés aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Le Premier ministre Pedro  
Sanchez a néanmoins annoncé un quadruplement du nombre de doses,  
et donc une forte accélération de la vaccination au T2. L’objectif du  
gouvernement – vacciner 70% de la population d’ici à la fin de l’été –  
reste pour l’heure d’actualité, même si l’approvisionnement en vaccins  
demeure un obstacle important qui perdurera très certainement dans  
les mois à venir.  
INDICES PMI POUR LES SERVICES  
9
0
Indice d'activité actuelle  
Indice d'activité à 12 mois  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
Un relâchement progressif des mesures de restriction devrait conduire  
à un rebond significatif de l’activité. C’est ce que laissent, par ailleurs,  
présager certains indicateurs de confiance pour le secteur des  
services à moyen terme, les PMI notamment, qui ont bondi cet hiver  
06  
07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  
(
cf. graphique 2). De plus, lors du premier déconfinement en mai 2020,  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MARKIT, REFINITIV  
l’activité économique s’était rétablie fortement, le PIB ayant enregistré  
une croissance trimestrielle en volume de 16,4% au T3. En outre, la  
conjoncture mondiale est meilleure aujourd’hui qu’à l’été dernier, en  
particulier aux États-Unis et en Asie. Cela devrait tirer vers le haut les  
exportations de biens espagnoles à destination de ces régions, même  
si le bénéfice qu’en tirera l’Espagne devrait être moins important que  
celui de ses voisins européens (cf. encadré sur la page suivante).  
2
Comme nous l’avons vu dans un précédent Ecoflash , compte tenu de  
la structure de l’économie espagnole, tournée vers les services et le  
tourisme, avec un tissu important de PME et de contrats précaires,  
l’épidémie de Covid-19 pourrait laisser davantage de stigmates sur  
l’activité à moyen terme, comparativement aux trois grands autres pays  
1
Les aides seront accessibles à 95 secteurs. Par ailleurs, EUR 2 milliards seront alloués exclusivement aux Iles Baléares et aux Iles Canaries, deux régions fortement touchées sur le plan économique par la  
crise du coronavirus  
Voir BNP Paribas Ecoflash, Zone Euro : À chaque pays, sa reprise économique, 20 mai 2020.  
2
La banque  
d’un monde  
qui change  
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européens. L’évolution des marchés d’actions semblent attester de ce  
sentiment puisque l’indice boursier espagnol (Ibex) oscillait encore, fin  
mars, autour de 15% en dessous de son niveau d’avant-crise. Une part  
plus conséquente du retard avait été comblée en France (CAC40) et en  
Italie (FTSE MIB), tandis que l’indice allemand (Dax) avait atteint un  
nouveau record dès la mi-mars.  
LA DÉPENDANCE À L’ÉGARD DU MARCHÉ COMMUN EUROPÉEN :  
UN FREIN À LA REPRISE EN ESPAGNE ?  
Bien que le tourisme représente une part majeure des recettes  
extérieures » de l’Espagne, les exportations de biens restent un secteur  
«
très important dont le poids dans l’économie a continué de croître au fil  
des années. La part des exportations de biens dans le PIB s’est ainsi pro-  
gressivement élargie pour atteindre 24,1% en 2020, alors qu’elle n’était  
que de 18,5% en 2007 à la veille de la crise financière mondiale (données  
du FMI). À noter que la pandémie n’a pas modifié de façon notable la part  
des exportations par rapport à 2019.  
VERS UN REBOND DE L’INFLATION AU PRINTEMPS ?  
La faiblesse de l’activité en ce début d’année a limité le rebond des prix  
à la consommation, à l’inverse de ce qui a été observé dans la plupart  
des autres grands pays européens. Alors que l’indice des prix à la  
consommation harmonisé (IPCH) pour la zone euro a rebondi de 0,7%  
entre décembre et février, il a baissé, au cours de la même période, de  
Cette évolution s’est accompagnée d’une plus forte concentration des  
exportations espagnoles vers l’Union européenne et en particulier la  
France. À l‘inverse, pour l’Allemagne, la France et l’Italie, la part des  
exportations vers l’Union européenne est restée globalement stable  
– et historiquement bien inférieure à celle de l’Espagne (cf. tableau ci-  
dessous). Celle-ci devrait donc bénéficier comparativement moins de la  
reprise d’activité et de la hausse de la demande, plus soutenue aux États-  
Unis et en Chine notamment. Par extension, l’Espagne devrait plus pâtir  
du retard dans les campagnes de vaccination, et donc de la levée plus  
tardive des restrictions d’activité au sein de l’UE.  
0
,8% en Espagne (Eurostat). En glissement annuel, l’IPCH espagnol est  
même retombé en territoire négatif en février. Le seul rebond notable  
concerne les prix de l’énergie – et par extension ceux des transports  
et fait suite à la hausse du prix des matières premières au cours de  
l’hiver. Cependant, une remontée de l’inflation au printemps n’est pas  
à écarter : les goulets d’étranglement sur les chaînes de production  
mondiales (visibles dans les enquêtes PMI notamment) pourraient se  
traduire, à terme, par une accélération de l’inflation dans le pays. Une  
reprise d’activité prononcée au T2 constitue un second risque haussier  
significatif pour l’inflation.  
Espagne Allemagne France Italie  
Part dans les exportations mondiales en  
1
,8  
7,9  
2,9  
2,9  
PLAN DE RELANCE : MADRID EN MARCHE ACCÉLÉRÉE  
2020 (%) :  
%
exportations nationales vers :  
Les semaines qui se profilent coïncideront avec la finalisation et l’envoi  
du plan de relance national (« Plan de relance, de résilience et de  
transformation ») à la Commission européenne. L’exécutif espagnol a  
indiqué son intention de soumettre son plan à Bruxelles d’ici à mi-avril,  
soit deux semaines avant la date limite imposée par la Commission  
Etats-Unis  
Chine  
4,6  
8,8  
8,0  
9,6  
2,7  
7,6  
4,1  
2,8  
Japon  
0,9  
1,5  
1,4  
1,6  
UE  
59,7  
52,6  
6,7  
52,5  
36,8  
5,7  
52,4  
45,6  
6,6  
50,8  
41,0  
5,2  
3
européenne . Les premiers versements du fonds Next Generation EU  
Zone euro  
Royaume-Uni  
ne devraient cependant se faire qu’à partir du second semestre 2021.  
Pour accélérer le processus, le gouvernement espagnol envisage de  
procéder à des émissions de dettes obligataires, qui seront ensuite  
remboursées lorsque les transferts de l’UE seront effectifs. Ce plan  
de relance, qui doit se calquer sur les exigences de la Commission  
européenne, se compose pour près des deux-tiers d’investissements en  
faveur de la transition écologique et numérique.  
Asie (hors Chine et pays «avancés»*)  
1,4  
2,5  
3,0  
2,3  
Moyen-Orient  
Afrique  
2,6  
2,0  
3,5  
3,7  
5,4  
1,4  
4,7  
2,7  
Autres destinations  
16,1  
17,9  
16,2  
21,1  
L’un des défis majeurs pour l’exécutif espagnol sera néanmoins de  
transformer ces allocations « théoriques » en investissement sur le  
terrain. Le bilan de l’Espagne dans l’utilisation des aides structurelles  
européennes est en effet médiocre. Au cours du précédent budget plu-  
riannuel européen (ESIF), pour la période 2014-2020, l’Espagne n’a uti-  
lisé que 40% des aides allouées, soit le deuxième taux d’absorption le  
plus bas, après la Croatie.  
* Pays avancés d’Asie (classification du FMI) : Australie, Hong-Kong, Japon, Corée du Sud,  
Nouvelle Zélande, Singapour et Taiwan  
SOURCE : FMI, DIRECTION DES STATISTIQUES  
Enfin, en marge de la situation sanitaire, les élections anticipées au Ces élections à Madrid feront suite à celles qui ont eu lieu en Catalogne  
parlement régional de Madrid du 4 mai constitueront une échéance en février dernier, et qui ont conduit à un renforcement des partis  
politique importante du printemps. Le leader du parti Podemos Pablo séparatistes. Depuis de nombreuses années, la situation politique en  
Iglesias a annoncé sa candidature à la présidence de la région et a Espagne constitue un risque sous-jacent venant s’agréger aux difficultés  
quitté son poste de vice premier ministre, poste désormais occupé économiques du pays, significatives aujourd’hui et qui risquent de  
par la ministre des Affaires économiques Nadia Calviño. Le leader s’aggraver avec la crise du coronavirus.  
de Podemos fera face à la présidente sortante, et membre du Parti  
populaire, Isabel Diaz Ayuso.  
Achevé de rédiger le 31 mars 2021  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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