Emerging

Du répit sans embellie

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Eco Emerging // 4 trimestre 2021  
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ALGÉRIE  
DU RÉPIT SANS EMBELLIE  
L’Algérie n’est pas sortie de la crise mais les voyants ne sont plus rouge vif. La croissance est redevenue positive au  
T1 2021 et la pression extérieure s’est considérablement allégée. Pour autant, les raisons de ces améliorations sont  
essentiellement conjoncturelles, à commencer par la remontée des cours du pétrole et la forte demande européenne  
en gaz. De plus, cela reste encore insuffisant pour rééquilibrer les finances publiques. L’avancée de la campagne de  
vaccination ne permet pas d’écarter la possibilité d’une nouvelle vague de contamination. C’est dans ce contexte  
que le Parlement vient d’adopter le plan d’action du nouveau gouvernement. La volonté de diversification y est une  
nouvelle fois mise en avant, mais le manque d’objectifs chiffrés et l’absence d’un calendrier précis jettent un doute  
sur sa mise en application. En outre, certaines décisions de politique économique laissent penser que les autorités  
continuent de gérer l’urgence au risque de retarder l’ajustement nécessaire, voire d’aggraver certains déséquilibres  
(
notamment monétaires).  
COMPTES EXTÉRIEURS : LA PRESSION S’ALLÈGE  
PRÉVISIONS  
Pour la première fois depuis avril 2015, les réserves de change ont  
progressé de USD 2,4 mds en août (graphique 1). Certes, l’allocation de  
DTS du FMI de USD 2,7 mds y est pour beaucoup. Mais cette stabilisation  
reflète également le rééquilibrage en cours des échanges extérieurs. Le  
déficit commercial a été ramené à moins de USD 1 md sur les huit  
premiers mois de 2021 contre USD 7,6 mds un an auparavant. En plus  
de l’envolée des cours du pétrole, les exportations d’hydrocarbures sont  
tirées par un regain de la demande de gaz en provenance d’Europe,  
au moment où plusieurs projets de développement sont arrivés à leur  
terme. Selon les statistiques de l’organisation JODI, la production et  
les exportations de gaz affichaient ainsi des hausses annuelles de 28%  
et 76% respectivement à fin juillet. S’il est difficile d’extrapoler ces  
évolutions en raison notamment de facteurs saisonniers, les volumes  
d’exportations de gaz pourraient atteindre un record sur une décennie.  
Cela permettra de compenser une partie du manque à gagner découlant  
des quotas de production de pétrole de l’OPEP+ même si ces derniers  
sont régulièrement relevés. Au total, les exportations d’hydrocarbures  
devraient atteindre plus de USD 33 mds en 2021 contre USD 20 mds  
en 2020. Hors hydrocarbures, les exportations ont plus que doublé  
sur les huit premiers mois de l’année, une performance à souligner  
même si elle doit être relativisée au regard de leur faible poids dans  
les échanges extérieurs (12% des exportations totales).  
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019  
2020  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
0.8  
-4.9  
2.4  
3.5  
2.4  
2.0  
5.2  
4.8  
-9.8  
45.8  
-9.9  
2.7  
-14.4  
53.4  
-12.8  
3.5  
-9.6  
58.7  
-4.9  
3.5  
-9.7  
64.8  
-5.7  
3.8  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
62.2  
13.8  
48.8  
13.8  
43.1  
11.0  
35.9  
8.8  
E: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
RÉSERVES DE CHANGE  
Mds de USD  
00  
2
1
1
1
1
1
80  
60  
40  
20  
00  
Parallèlement, les importations se maintiennent à un bas niveau.  
Bien qu’en hausse de 8% à fin août par rapport à la même période en  
2
020, elles demeurent encore 20% inférieures à leur niveau de 2019.  
80  
60  
40  
20  
0
La compression des importations est un axe prioritaire de la politique  
du gouvernement, que ce soit par un durcissement des mesures non-  
tarifaires ou par la dépréciation du taux de change. Depuis le début  
2
020, le dinar a ainsi perdu 13% de sa valeur contre le dollar et 17%  
contre l’euro. Néanmoins, l’écart avec le taux sur le marché parallèle  
reste supérieur à 30%, ce qui suggère que la surévaluation de la monnaie  
est encore loin d’être corrigée. La chute des importations provient  
avant tout de celle de l’activité économique. Celles de machines et  
d’équipements y a contribué pour plus de la moitié en 2020.  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : FMI  
l’hypothèse que les cours du pétrole se maintiendront au-dessus de  
USD 70 le baril Le risque de crise de balance des paiements à court  
terme s’est donc réduit.  
Au total, le déficit courant devrait se réduire à moins de 5% du PIB cette  
année après avoir atteint presque 13% du PIB en 2020. L’érosion de la  
liquidité extérieure va donc se poursuivre mais à un rythme beaucoup  
plus lent. Tombées à USD 49 mds à fin 2020 contre USD 180 mds à fin  
FINANCES PUBLIQUES : ENCORE LOIN DU COMPTE  
014, les réserves de change devraient encore baisser de USD 6 mds  
2
La situation des finances publiques, en revanche, continue d’inquiéter.  
Malgré des efforts d’ajustement réalisés pour faire face à la chute des  
recettes pétrolières (40% des revenus totaux avant la crise), le déficit  
budgétaire s’est considérablement creusé en 2020 pour atteindre  
en 2021. C’est trois fois moins que lors des quatre dernières années.  
De plus, elles sont encore à un niveau confortable de 14 mois  
d’importations de biens et services et le resteront à court terme sous  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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plus de 14% du PIB (selon nos estimations). Or, les orientations prises  
dans la loi de finances pour 2021 ne permettent pas d’entrevoir de  
rééquilibrage majeur. Construite sur une hypothèse des cours du pétrole  
à USD 45 le baril, le gouvernement pourra évidemment compter sur un  
surcroît de recettes (de l’ordre de 4% de PIB). Mais avec des dépenses en  
hausse de 10%, dont les ¾ proviennent de l’accroissement des charges  
courantes, le déficit budgétaire est attendu à plus de 5% du PIB, auquel  
il faut ajouter 4 points de PIB de transferts et prêts nets pour soutenir  
les entreprises publiques en difficulté et pour couvrir les besoins de  
financement de la Caisse nationale des retraites. Au total, les finances  
publiques devrait afficher un solde déficitaire de presque 10% du PIB en  
CROISSANCE DU PIB RÉEL (CONTRIBUTION EN %)  
Points de %  
6
4
2
0
2
-
2
021 alors que la plupart des autres pays exportateurs de pétrole de la  
-4  
-6  
-8  
10  
12  
Hydrocarbures  
Hors-hydrocarbures  
PIB  
région verront leurs comptes revenir quasiment à l’équilibre.  
La dette va donc croître de nouveau rapidement. En 2020, la hausse  
des ratios d’endettement a résulté essentiellement de la contraction  
du PIB. Environ deux tiers des besoins de financement ont en effet  
été couverts par des prélèvements sur le compte courant du Trésor à  
la banque centrale, dont une grande partie provenait du programme  
de financement monétaire direct de 2017-2019. Ce compte ayant été  
asséché, les autorités ont décidé de procéder à un nouveau mécanisme  
de financement monétaire moins direct à compter du 1er juillet 2021  
via des opérations d’open market d’un montant de DZD 2 100 mds  
-
-
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : ONS, BNP PARIBAS  
Surtout, la récession de 4,9% en 2020, provoquée par le choc de la  
pandémie, a frappé une économie déjà affaiblie, caractérisée par  
une croissance du PIB par habitant négative depuis 2017 et une  
contraction continue du taux d’investissement privé. L’efficacité de  
la dépense publique pour stimuler la croissance est désormais très  
faible. Il en est de même pour les mesures de soutien de la banque  
centrale dont les autorités viennent d’annoncer l’extension jusqu’à fin  
(
environ 10% du PIB), échelonné sur douze mois. À première vue, cela  
devrait suffire à financer le déficit mais cela ne régle pas le problème du  
manque de profondeur du marché des capitaux ni celui du déséquilibre  
structurel des finances publiques. De fait, la dette du gouvernement  
devrait s’approcher de 60% du PIB à la fin de cette année contre  
seulement 7% du PIB en 2014. La dette reste cependant une dette  
fondamentalement captive dans la mesure où l’État se finance auprès  
de la banque centrale à des taux réels négatifs et sur des maturités  
longues. En outre, la dette en devise est quasi-inexistante.  
2
021. L’assouplissement de la politique monétaire et des contraintes  
prudentielles a sans doute permis de préserver la stabilité du sytème  
financier mais pas de soutenir l’activité de prêts. À fin juillet, la  
croissance des crédits bancaires au secteur du privé et des entreprises  
publiques était encore inférieure à l’inflation.  
PERSPECTIVES : VERS UNE REPRISE POUSSIVE  
Malgré la hausse attendue des dépenses publiques et une conjoncture  
extérieure plus favorable, l’activité économique se redressera  
difficilement. Le rebond au T1 après quatre trimestres de contraction  
est certes une bonne nouvelle mais il est à relativiser. Déjà, il est  
d’amplitude modeste, à seulement 2,4% en g.a (graphique 2). Ensuite,  
il s’explique en grande partie par la hausse de la production de gaz.  
Hors hydrocarbures, le PIB n’a progressé que de 1,4%.  
Dans ce contexte, la croissance ne devrait atteindre que 3,5% en  
021 avant de décélérer à 2,4% en 2022. Au-delà, la dynamique sera  
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étroitement corrélée à la capacité des autorités à réformer un système  
profondément déséquilibré. Un plan d’action présenté par le nouveau  
gouvernement vient tout juste d’être adopté par le Parlement. Une  
nouvelle fois, la volonté de diversification de l’économie algérienne  
y est mise en avant mais le manque d’objectifs chiffrés et l’absence  
d’un calendrier précis jettent un doute sur sa mise en application. Au  
moment où les cours du pétrole remontent, le risque est également  
grand de voir les autorités repousser les ajustements budgétaires  
nécessaires.  
Les vents contraires demeurent importants. La campagne de  
vaccination, bien qu’elle accélère ces dernières semaines, ne permet  
pas d’écarter une nouvelle vague de contaminations à l’image de  
celle qui a touché le pays cet été. À fin septembre, seulement 20% de  
la population avait reçu une première dose. En outre, les pressions  
inflationnistes se sont intensifiées depuis la fin 2020 avec un pic atteint  
en mars 2021 à 7,2% en raison de l’envolée des prix alimentaires  
Achevé de rédiger le 6 octobre 2021  
(
+9,7% ; 43% du panier). Elles se sont quelque peu allégées depuis.  
Stéphane ALBY  
Mais l’inflation a atteint 5,7% en moyenne sur les six premiers mois  
de l’année (2,4% en 2020), et les facteurs de risque sont nombreux.  
Aux effets de la dépréciation du dinar pourraient s’ajouter des facteurs  
monétaires (accélération de la masse monétaire depuis le début de  
l’année, à 12% à fin juillet, en raison notamment du redressement des  
recettes pétrolières et gazières, injections de liquidité de la banque  
centrale à partir de la mi-2021).  
stephane.alby@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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