Perspectives

Vers une reprise incertaine

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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ITALIE  
VERS UNE REPRISE INCERTAINE  
Au T2 2020, le PIB réel s’est effondré de 12,8%, retrouvant les niveaux des années 1990. La récession s’explique  
principalement par la chute de la demande intérieure : les ménages ont réduit leurs dépenses et les investissements  
ont baissé de 15%. La contraction économique a été générale. Les signaux sont contrastés dans l’immobilier : les prix  
ont grimpé au T1 2020 alors que le volume des transactions était en net repli. Les données récentes indiquent un  
rebond de l’économie, mais le scénario demeure incertain. La vigueur de la reprise dépendra du comportement des  
entreprises et des ménages, qui sera lui-même fonction de l’évolution de la pandémie. Dans le secteur immobilier,  
l’année pourrait s’achever sur une forte baisse des prix comme du nombre d’opérations. Les transactions ne devraient  
partiellement se redresser qu’en 2022.  
RETOUR AUX ANNÉES 1990  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
L’Italie a été le premier pays occidental touché par l’épidémie de  
Covid-19. Elle a adopté des mesures de restriction sévères, quelques  
semaines avant les autres pays, pour contenir la propagation du virus.  
La limitation des déplacements et des interactions sociales, ainsi que la  
mise à l’arrêt de nombreuses activités de production ont eu un impact  
sévère sur l’économie. Au T2 2020, au plus fort du confinement, le PIB  
réel s’est effondré de 12,8% t/t (-5,5% au T1 2020). La contribution des  
exportations nettes a été négative (-2,4%), les exportations ayant reculé  
davantage que les importations (respectivement, de -26,4 % et -20,5%),  
de même que celle des stocks (-0,9%). En rythme annuel, l’économie  
s’est contractée de 17,7 %, pour revenir aux niveaux observés au début  
des années 1990.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
8
6
4
2
0
2
4
5
.3  
1
.2  
0
.7  
0.6  
0.4  
0.3  
0.2  
-
-
-6  
-8  
-
-
-
10  
12  
14  
-
10.0  
La contraction économique  
a été générale. Dans le secteur  
manufacturier, qui connaissait déjà un ralentissement de l’activité  
depuis le début de 2018, la valeur ajoutée a baissé de 22,2% au T2  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
(
-9,1% au T1). Au cours du premier semestre 2020, la production a  
chuté de plus de 30 % dans le secteur des moyens de transport et  
dans celui du textile, de l’habillement et de la chaussure, tandis que  
dans les secteurs des produits alimentaires et pharmaceutiques la  
production est en léger retrait. Dans le secteur des services, qui était  
le seul à avoir effacé les pertes enregistrées lors des deux récessions  
précédentes, la valeur ajoutée a baissé de 11 % au T2 (-4,7% au T1).  
Suite aux restrictions draconiennes imposées sur les voyages, le chiffre  
d’affaires des activités de services dans l’hôtellerie-restauration a  
plongé de plus de 60 %. Selon les chiffres des comptes courants, les  
recettes du tourisme international en Italie se sont effondrées, passant  
de EUR 12 mds au T2 2019 à EUR 1,8 md au T2 2020, tandis que le  
nombre de touristes étrangers est tombé de 25,9 à 4,9 millions.  
MARCHÉ DU TRAVAIL  
mns  
mns  
Heures travaillées  
Emploi (éch.d.)  
11 600  
25.800  
25.600  
1
1 100  
10 600  
0 100  
2
5.400  
5.200  
2
1
25.000  
24.800  
24.600  
24.400  
9
9
8
600  
100  
600  
UNE DEMANDE INTÉRIEURE LÉTHARGIQUE  
Au T2, le plongeon impressionnant du PIB a continué à être  
principalement alimenté par la chute de la demande intérieure, avec  
une contribution négative de 9,5%.  
24.200  
2
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2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
La consommation privée a baissé de 6,7% au T1 et de 11,3 % au T2,  
contribuant à hauteur de plus de dix points de pourcentage à la  
contraction économique enregistrée au premier semestre de l’année.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : BNL, CALCULS DE L’INSTITUT ÉCONOMIQUE ITALIEN  
Les consommateurs italiens ont réduit leurs dépenses de plus de un haut niveau au T2, après avoir dépassé la barre de 12%, un record  
EUR 45 mds, notamment en services et biens durables. La situation depuis quinze ans. Quoiqu’en baisse par rapport au record atteint en  
économique des ménages s’est encore aggravée. Malgré l’introduction avril, le montant des dépôts bancaires reste supérieur de EUR 23 mds  
d’une interdiction temporaire de licenciement, plus de 750000 au niveau de décembre 2019.  
personnes ont perdu leur emploi entre le T4 2019 et le T2 2020; en juin,  
La chute considérable de l’investissement (-15% au T2 et -7,5%  
le taux d’emploi se situait à environ 1,5 point de pourcentage en deçà  
au T1), qui a amputé la croissance du PIB d’environ quatre points  
du pic atteint en 2019, tandis que le nombre d’heures ouvrées a baissé  
de pourcentage, fait également écho à la dynamique récente de la  
de près de 20%. L’évolution de la confiance des consommateurs montre  
demande intérieure.  
que la propension à épargner s’est aussi probablement maintenue à  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
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Depuis le début de la crise, les dépenses de formation brute de capital  
fixe ont reculé de EUR 17 mds. Entre le T4 2019 et le T2 2020, les  
investissements en machines-outils et équipements ont plongé de 25%  
et ceux en moyens de transport, de 38%. Les entreprises italiennes sont  
restées extrêmement prudentes, en raison également des incertitudes  
persistantes entourant le scénario global. Selon les données de la  
balance commerciale, les exportations ont reculé de 15% (t/t), au T2,  
avec une forte contraction des secteurs des moyens de transport, de  
l’habillement et la chaussure, ainsi que des machines-outils, tandis que  
les ventes de produits alimentaires et pharmaceutiques à l’étranger  
ont légèrement progressé.  
VALEUR AJOUTÉE DU SECTEUR DE LA CONSTRUCTION  
t/t, %  
5
0
-5  
10  
15  
20  
25  
-
-
-
-
UNE REPRISE TOUJOURS INCERTAINE EN PERSPECTIVE  
Les dernières données disponibles indiquent un rebond de l’économie  
italienne au T3. La réouverture du commerce international a soutenu  
les exportations, qui ont fortement progressé en mai et en juin, après  
l’effondrement enregistré au cours des deux mois précédents. Avec  
la réouverture de l’activité économique, la production industrielle  
a grimpé de plus de 60% par rapport au creux atteint en avril. Le  
déconfinement et la levée des mesures de restrictions sociales ont eu  
un effet favorable sur la demande intérieure, entraînant un rebond des  
ventes au détail en mai et juin. Ces ventes ont néanmoins enregistré un  
léger tassement en juillet. Par ailleurs, le nombre de personnes ayant  
un emploi a augmenté de 85000 en juin.  
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2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : BNL, CALCULS DE L’INSTITUT ÉCONOMIQUE ITALIEN  
La baisse a été homogène dans toutes les régions du pays, avec des  
pics négatifs enregistrés à Milan (-19,3%), à Naples (-19,5%) et à Gênes  
-19,2%). À Rome, les transactions ont chuté de 14,8%.  
D’après des estimations préliminaires, les transactions immobilières  
auraient accusé un repli bien plus sévère au T2 qu’au T1. À la fin de  
l’année, le nombre de transactions devrait être inférieur à 500000,  
contre 603000 en 2019. La reprise en 2022 ne sera probablement que  
partielle.  
(
Le pire semble derrière nous, même si le scénario reste extrêmement  
incertain. Après le rebond au T3, un ralentissement de l’activité est  
attendu entre la fin de l’année et le début de 2021. La vigueur de la  
reprise dépendra du comportement des entreprises et des ménages,  
qui sera lui-même déterminé par l’évolution de la pandémie.  
Le secteur de la construction a, dans son ensemble, considérablement  
pâti du confinement et de la récession qui a suivi. D’après les données  
DES SIGNAUX CONTRASTÉS DANS L’IMMOBILIER  
Les messages sont contrastés dans l’immobilier italien. Entre janvier de l’Istat, la valeur ajoutée dans le secteur a baissé, au T2, de 22%  
et mars 2020, selon les estimations de l’Istat, les prix de l’immobilier par rapport au T1 2020 et de 26 % par rapport au même trimestre  
résidentiel ont augmenté de 1,7 % en g.a., soit la plus forte progression de l’année précédente. L’emploi a, par conséquent, chuté dans le  
depuis le T2 2011. La hausse concerne le neuf, mais aussi (et surtout) secteur : au premier semestre 2020, 40000 emplois ont été supprimés  
l’ancien, les prix des logements ayant augmenté de 0,9% et 1,9% par rapport à la même période de 2019, soit environ 3 % de la perte  
en g.a., respectivement, soit une nette accélération par rapport au totale enregistrée par l’ensemble de l’économie italienne sur la même  
T4 2019. Les prix des logements sont en hausse de 0,9% en glissement période.  
trimestriel. Les mesures restrictives introduites en mars pour enrayer  
la propagation de la pandémie de Covid-19 n’ont pas eu un impact  
significatif sur les prix de l’immobilier résidentiel, les conditions des paolo.ciocca@bnlmail.com  
actes de vente notariés ayant été fixées avant la crise sanitaire. Dans  
les prochains trimestres, cependant, les prix de l’immobilier devraient  
accuser une forte baisse.  
Dans l’ensemble, les prix de l’immobilier ont reculé de 15,8% entre 2010  
(
première année de publication des données officielles) et le T1 2020.  
Cette baisse est entièrement imputable aux logements anciens, dont  
les prix au début de 2020 étaient inférieurs de 22,2% à leurs niveaux  
de 2010. Le prix des logements neufs ont augmenté d’à peine 1,5% par  
rapport à 2012.  
En revanche, les mesures introduites en mars pour stopper la pandémie  
ont considérablement limité les possibilités de signature de nouveaux  
actes notariés, entraînant un net repli des transactions immobilières.  
Entre les mois de janvier et mars 2020, les ventes de biens immobiliers  
résidentiels (non corrigées des variations saisonnières) ont reculé de  
1
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5,5 % en g.a. (contre -3,3 % au trimestre précédent) aux environs de  
17000 opérations (14000 de moins qu’au même trimestre de l’année  
précédente).  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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