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La banque d’un monde qui change

Italie

Une reprise modérée

Portée par la demande intérieure, l’économie poursuit son redressement, malgré une contribution négative du commerce extérieur. Le revenu disponible des ménages a augmenté, soutenu par la hausse des rémunérations, elle-même soutenue par une amélioration, quantitative et qualitative, des conditions du marché du travail. La reprise de l’investissement reste décevante : les entreprises préfèrent renforcer leur matelas de liquidités. L’une des tendances les plus marquantes est la détérioration progressive du revenu des jeunes générations. Entre la fin des années 1980 et le milieu des années 2000, le salaire à l’embauche a reculé d’environ 20 % en termes réels.

La reprise se généralise

Le redressement de l’économie italienne a gagné en ampleur au début de 2016, avec une croissance réelle de 0,3% (1% en glissement annuel). Alors qu’elle était extrêmement concentrée en 2015, les équipements de transport expliquant le tiers de la hausse, la progression de la valeur ajoutée de l’industrie (1,2 %) s’étend à d’autres secteurs : 3 % dans la métallurgie, 2,5 % dans les équipements électroniques et 4 % dans les machines-outils. L’activité a progressé dans les services, quoiqu’à un rythme modéré, tandis que la construction est toujours à la peine.

La demande intérieure demeure le principal moteur de croissance. Comme en 2015, la contribution des exportations nettes est restée négative. Les ventes italiennes à l’étranger ont baissé de 0,5 % entre janvier et avril, sous l’effet du ralentissement des économies émergentes. Les exportations ont chuté vers la Chine, la Russie et la Turquie, tandis que les exportations vers les États-Unis, qui avaient largement soutenu le total en 2015, se sont nettement repliées.

Croissance de la consommation

En 2015, le pouvoir d’achat des ménages a augmenté pour la première fois depuis huit ans, à la faveur du repli de l’inflation. La progression de 0,9 % a été portée par la hausse des salaires et une politique budgétaire plus favorable. Compte tenu du niveau bas des taux d’intérêt et de l’aggravation des turbulences sur les marchés financiers, l’érosion des revenus immobiliers s’est poursuivie.

1- Synthèse des prévisions

e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Emploi

Nombre de personnes occupant un emploi (en millions)

23.2

23.0

22.8

22.6

22.4

22.2

22.0

Source : Istat

Les conditions du marché du travail se sont améliorées à la fois en termes quantitatifs et qualitatifs : la tendance à la conclusion de contrats plus stables s’est en effet confirmée, malgré la fin des allégements de charges au titre des nouvelles embauches. Entre décembre 2014 et avril 2016, l’emploi total a augmenté de près de 250 000 (progression de l’emploi salarié et recul du nombre de travailleurs indépendants).

Au T1, malgré une légère dégradation du moral des ménages face à une conjoncture économique globalement décevante, la consommation a augmenté de 0,3 %, comme au trimestre précédent. La consommation de services et de biens non durables a progressé et celle de biens durables a légèrement décéléré.

Entreprises : la prudence reste de mise

Dans l’ensemble, la situation des entreprises italiennes s’est améliorée. En 2015, la valeur ajoutée des sociétés non financières a progressé de près de 3 %. Encouragées par les mesures fiscales visant à promouvoir le recours au financement par capitaux propres,

les entreprises italiennes ont renforcé leur structure financière. Le ratio d’endettement est ainsi passé de 50 % en 2011 à 43 %. La dette financière totale a reculé de EUR 65 mds, la part des valeurs mobilières grimpant à 13 %, plus de 7 points de pourcentage au- dessus du niveau antérieur à la crise. Depuis 2011, les fonds propres ont progressé de EUR 320 mds, sous l’effet conjugué de l’évolution favorable des cours en bourse et de l’augmentation des capitaux propres, due aux bénéfices non distribués et à l’injection de nouveaux fonds.

Grâce à une politique monétaire toujours expansionniste, les conditions financières se sont assouplies. Les taux d’intérêt des prêts aux sociétés non financières au titre des nouveaux contrats (plus de EUR 1 million) ont baissé en deçà de 1,5 %.

Malgré les mesures d’incitation fiscale en vigueur depuis la fin de 2015, le redressement des investissements est resté décevant. L’incertitude entourant la demande étrangère conduit les entreprises à renforcer leur matelas de liquidités. A la fin de 2015, les dépôts

des sociétés non financières avaient grimpé de EUR 313 mds, EUR 32 mds de plus qu’un an plus tôt. Au T1, la formation brute de capital fixe a augmenté de 0,2 %, les dépenses en machines-outils et en moyens de transport ayant progressé, tandis qu’elles reculaient de nouveau dans la construction.

Érosion de la classe moyenne italienne

Depuis l’éclatement de la crise financière mondiale en 2007, les inégalités de revenu (mesurées par le coefficient de Gini) se sont creusées quasiment partout dans les pays développés. Aujourd’hui, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon présentent les plus fortes concentrations de revenu, suivis de l’Italie, dont le coefficient de Gini est (légèrement) supérieur à la moyenne de l’OCDE. En Italie, cependant, cette situation est en grande partie héritée du passé. Selon la Banque d’Italie, entre 2012 et 2014, la part des bas revenus dans la population a légèrement augmenté, atteignant 21 % du total (contre environ 20 % en 2004-2006 et 16 % à la fin des années 1980). La classe moyenne a reculé (de près de 78 % à 76 % de la population totale en 2004-2006 ; elle représentait 82 % au début des années 1980), tandis que la part des « plus aisés » est restée fondamentalement stable aux environs de 2 %.

En Italie, la récession a eu des effets plus sévères sur le montant que sur la répartition des revenus. Après avoir atteint un point haut au début des années 1990, les revenus du travail (aux prix de 2014) ont commencé à reculer. A la fin de 2015, malgré un léger redressement au cours de cette même année, ils étaient aux niveaux de la fin des années 1970. Le recul de l’emploi, entamé en 2008 (touchant en particulier les salariés), a aggravé les difficultés. En revanche, le revenu global des ménages a bénéficié de la hausse des retraites et des revenus immobiliers. D’après la Banque d’Italie, le revenu annuel généré par les retraites a crû depuis le milieu des années 1970 : à la fin de 2014, il représentait (après impôt) environ 80 % du revenu du travail. Sur la même période, la part des retraités dans la population totale a également augmenté, malgré un ralentissement, depuis 2010, dû aux réformes des pensions introduites depuis le début des années 1990. Aujourd’hui, les retraités représentent environ 25 % de la population. Sous l’effet de tous ces facteurs, entre le milieu des années 1970 et 2014, le revenu disponible net par tête a progressé d’environ 55 %. Après une augmentation d’environ 77 % entre 1975 et 2008, ils ont reculé d’environ 25 % entre 2008 et 2014.

Au milieu des années 1970, 75 % des Italiens vivaient dans des foyers dont le revenu était généré aux deux tiers par le travail. Ce pourcentage a ensuite régulièrement décliné, atteignant environ 52 % en 2015. En revanche, la part des ménages dont le revenu est principalement constitué des pensions n’a cessé d’augmenter, pour atteindre environ 20 % aujourd’hui.

Une inégalité héritée du passé

L’une des principales tendances qui se dégagent de l’ensemble des données disponibles est la dégradation continue du revenu des jeunes. Entre la fin des années 1980 et la première moitié des années 2000, le salaire hebdomadaire à l’embauche a diminué, en termes réels, d’environ 20 %. Cette baisse s’est accompagnée d’un ralentissement de la progression de l’échelle des salaires.

La banque d’un monde qui change

3- Principales sources de revenu

Pourcentage de la population

Source : Istat

L’Istat montre que le revenu médian des personnes âgées de 25 à 39 ans occupant un emploi est aujourd’hui inférieur de 20 à 40 % à celui des 50-59 ans, selon le secteur d’activité économique (de 5 600 à 11 300 euros en moins par an pour un même poste). Les jeunes sont aussi plus touchés par l’aggravation de la précarité de l’emploi. Le revenu des jeunes générations sur l’ensemble de leur durée de vie sera inférieur à celui des générations précédentes. L’écart aura tendance à se creuser y compris à la retraite du fait de l’introduction du régime par cotisations.

L’évolution de la situation économique des jeunes Italiens est aussi la résultante, aujourd’hui plus que jamais, et davantage que dans d’autres pays européens, de la faiblesse de la mobilité sociale, le milieu socio-économique d’origine étant déterminant pour leur avenir. Selon une étude récent, menée, en 2011, sur les 30 à 39 ans, le niveau d’études et la profession des parents, ainsi que leur statut de propriétaire de leur résidence principale (un critère représentatif de la situation financière pendant l’adolescence) sont positivement corrélés au revenu futur. L’éducation est un facteur crucial, tout particulièrement en Italie : les personnes de la tranche d’âge étudiée, dont l’un des parents était titulaire d’un diplôme universitaire ou qui avait reçu un enseignement secondaire, bénéficaient d’un revenu supérieur de 29 % et 26 %, respectivement, au revenu de ceux dont les parents avaient un faible niveau d’éducation ou n’avaient pas fait d’études du tout. On retrouve cette même corrélation dans d’autres pays, mais elle est moins prononcée.

Paolo Ciocca

paolo.ciocca@bnlmail.com

Simona Costagli simona.costagli@bnlmail.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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