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EcoEmerging// 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Vietnam  
Le secteur exportateur résistant face aux chocs externes  
De par sa dépendance au commerce extérieur et son intégration aux chaînes de valeur asiatiques, l’économie vietnamienne subit  
les effets de l’affaiblissement de la demande mondiale et des tensions sino-américaines. La croissance du PIB, des exportations et  
de l’industrie a ralenti au cours des derniers mois. Mais le Vietnam pourrait également tirer profit des difficultés de la Chine : il  
pourrait bénéficier à court terme de certains effets de report, en livrant des marchandises directement aux entreprises américaines  
cherchant à éviter les barrières tarifaires. Le Vietnam pourrait aussi bénéficier de nouveaux projets d’investissement d’entreprises  
étrangères souhaitant produire hors de Chine. Par ailleurs, sa position financière extérieure devrait pouvoir continuer à s’améliorer.  
L’économie vietnamienne continue d’enregistrer de solides taux de  
1-Prévisions  
croissance. Le PIB a progressé de 6,6% par an en moyenne depuis  
014, soit un taux supérieur à la moyenne de 6,3% de l’ensemble  
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2017  
2018 2019e 2020e  
des pays émergents asiatiques. Après avoir atteint en 2018 son  
plus haut niveau des dix dernières années (à 7,1%), la croissance a  
légèrement ralenti depuis le début de 2019. Elle s’est établie à 6,7%  
en glissement annuel (g.a.) au S1, et devrait continuer de ralentir au  
S2. De par son important degré d’ouverture commerciale, le  
Vietnam est en effet vulnérable à l’affaiblissement de la demande  
mondiale et aux effets de contagion des tensions sino-américaines.  
Les Etats-Unis et la Chine (y compris Hong Kong) absorbaient  
chacun 20% des exportations vietnamiennes en 2018. Cependant,  
les perspectives de croissance du Vietnam restent très favorables à  
court et à moyen terme, soutenues par une demande interne  
toujours dynamique et l’expansion continue du secteur exportateur.  
Celui-ci pourrait même bénéficier de nouveaux investissements  
directs d’entreprises cherchant à établir leurs centres de production  
hors de Chine.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation IPC, moyenne, variation annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,8  
7,1  
6,5  
6,5  
3,5  
3,5  
3,1  
3,3  
-4,8  
-4,6  
-4,5  
-4,3  
Dette publique, % du PIB  
58,2  
2,9  
57,5  
2,4  
57,4  
2,1  
57,1  
2,1  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
47,2  
49,1  
48,1  
55,5  
49,2  
65,0  
49,6  
74,0  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDVND (fin d'année)  
2,7  
3,0  
3,1  
3,1  
22 700 23 190 23 450 23 700  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Exportations modérément affaiblies  
Exportations en USD, glissement annuel, %, moyenne mobile 6 mois  
▪▪ Exportations totales du Vietnam  Vers les Etats-Unis  
Vers la Chine et Hong Kong  Exportations mondiales totales  
Tensions sino-américaines : un frein...  
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6
4
2
0
La performance du secteur exportateur vietnamien s’est dégradée  
depuis l’an dernier, à cause de l’essoufflement de la demande  
mondiale et des répercussions de la hausse des droits de douane  
américains sur les importations de biens chinois. Les exportations  
de marchandises (mesurées en dollars courants) n’ont ainsi  
augmenté que de 7% en g.a. au S1 2019, contre 13% en 2018 et  
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0
0
0
2
2% en 2017 (graphique 2). Les conséquences des mesures  
tarifaires américaines ont été fortement ressenties depuis l’automne  
018, principalement via des effets de contagion à travers les  
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chaînes de valeur régionales, ainsi que via les effets négatifs  
indirects sur la confiance, l’investissement et la demande mondiale.  
La croissance de l’industrie manufacturière vietnamienne a ralenti  
en conséquence, pour atteindre 11% en g.a. en termes réels au  
S1 2019, contre 13% en 2018 et 14,4% en 2017.  
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2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : Bureau statistique vietnamien  
Le Vietnam connaît en effet une forte expansion de sa base de  
production manufacturière exportatrice depuis une dizaine d’années,  
largement soutenue par les entrées d’investissements directs  
étrangers (IDE). Les exportations de marchandises mesurées en  
pourcentage du PIB sont passées de 67% en 2012 à 100% en 2018,  
et cette expansion est allée de pair avec une diversification et une  
montée en gamme continues des produits exportés. Ainsi, les  
produits électroniques et téléphones représentent aujourd’hui 33%  
des exportations totales, contre 17% fin 2011.  
Dans l’ensemble, néanmoins, la performance du secteur  
manufacturier et des exportations reste relativement solide par  
rapport aux autres économies de la région, et le Vietnam continue  
de gagner des parts de marché à l’international (il représentait 1,3%  
du total des exportations mondiales en 2018). D’ailleurs, après avoir  
atteint un point bas au cours du T1 2019, les exportations ont  
retrouvé un peu de vigueur au second trimestre. Cette légère  
amélioration a bénéficié à d’autres pays insérés dans les chaînes  
de valeur asiatiques, mais la progression des exportations  
vietnamiennes a conservé son avance.  
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… et une opportunité pour le secteur exportateur  
3- Une balance de base très confortable  
Le Vietnam pourrait donc tirer profit des difficultés des exportateurs  
chinois : à très court terme s’il a la capacité de les remplacer  
partiellement pour fournir des biens manufacturés ou semi-  
manufacturés aux entreprises américaines cherchant à éviter les  
barrières tarifaires et, dans un deuxième temps, s’il réussit à attirer  
les investisseurs qui souhaitent déplacer leurs centres de  
production hors de Chine. De fait, depuis novembre 2018, le  
ralentissement des exportations totales a principalement résulté  
d’une contraction des livraisons vers la Chine et Hong Kong (-4,5%  
en g.a. sur la période novembre-mai) alors que les ventes vers les  
Etats-Unis ont rebondi (+24,7% en g.a. sur la même période)  ce  
qui laisse penser que l’industrie vietnamienne a bénéficié de  
certains effets de report.  
% of GDP, moyenne mobile 4 trimestres  
▪▪▪ IDE nets  Compte courant  Balance commerciale  Services  
 Solde net des revenus primaires  Solde net des revenus secondaires  
1
5
0
5
0
1
-5  
-
10  
Par ailleurs, la récente hausse du nombre de projets d’IDE dans  
l’industrie manufacturière et émanant de Chine et Hong Kong  
suggère que la délocalisation de certaines unités de production hors  
de Chine devrait effectivement profiter au Vietnam. Des industriels  
coréens et japonais ont également récemment annoncé leur intérêt  
d’y accroître leurs capacités de production.  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Source : Banque centrale du Vietnam  
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018. En revanche, le solde net des revenus primaires est négatif et  
se détériore rapidement depuis 2017 (atteignant -6,5% du PIB en  
018), notamment sous l’effet de l’augmentation des profits  
rapatriés par les entreprises étrangères. La balance des services  
affiche quant à elle un déficit modéré (de 1,5% du PIB en 2018), qui  
se réduit légèrement depuis 2017 grâce au développement du  
secteur touristique.  
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Le Vietnam conserve des avantages comparatifs qui devraient lui  
permettre de continuer à attirer les entreprises étrangères. En  
particulier, il est déjà bien intégré aux chaînes de valeur en Asie, les  
coûts salariaux restent compétitifs, et les autorités poursuivent  
lentement les réformes visant  
à
consolider la stabilité  
macroéconomique, renforcer le cadre institutionnel et améliorer  
Au final, l’excédent courant est passé de 2,9% du PIB en 2017 à  
l’environnement des affaires (le Vietnam est par exemple passé du  
2,4% en 2018 et devrait atteindre 2,1% en 2019. Sa dégradation est  
ème ème  
9
9
en 2013 au 69 rang en 2019 dans le classement pour 190  
modérée, et résulte à la fois de chocs externes (ralentissement des  
exportations de marchandises) et de facteurs structurels (hausse  
des profits rapatriés par les groupes étrangers dont dépend  
largement le secteur exportateur). En supposant que la base  
d’exportations continue de s’élargir, l’excédent courant devrait se  
stabiliser, voire se redresser légèrement en 2020.  
pays de l’indice de « facilité de faire des affaires », ou Doing  
Business, de la Banque Mondiale). En outre, la participation du  
Vietnam dans de multiples accords commerciaux témoigne de la  
volonté des autorités de promouvoir une politique de libre-échange.  
Par exemple, laccord multilatéral de « Partenariat TransPacifique »  
(
TPP) est partiellement entré en vigueur début 2019, et l’accord de  
Le Vietnam a bénéficié d’une balance de base (compte courant +  
flux nets d’IDE) largement positive depuis plusieurs années, et son  
recours à la dette extérieure est resté modéré. La hausse du stock  
de dette a été principalement alimentée par l’endettement du  
secteur privé, y compris via des prêts inter-entreprises. Le ratio de  
dette externe sur PIB est ainsi passé de 40% en 2012 à 48% en  
2018, et le poids du service de cette dette est resté d’autant plus  
modéré que les recettes d’exportations se sont fortement accrues (il  
était estimé à 5,3% des exportations de biens et services en 2018).  
libre-échange avec l’Union Européenne devrait l’être d’ici 2020. Un  
projet d’harmonisation de l’ensemble des accords bilatéraux avec  
les pays de l’ASEAN afin d’aboutir à un large accord de partenariat  
régional est également en discussion.  
La position extérieure se renforce progressivement  
mais des vulnérabilités persistent  
Le Vietnam dégage des excédents courants depuis 2011.  
L’excédent commercial en est la principale composante : il s’est  
établi à 5,7% du PIB en moyenne depuis 2013, et à 6,8% sur  
l’année 2018 (graphique 3). Après s’être renforcé au cours des trois  
premiers trimestres de 2018, l’excédent commercial s’est réduit  
depuis le T4 2018 du fait de la dégradation de la performance des  
exportations. La croissance des importations s’est affaiblie comme  
celle des exportations (leur contenu en importations est élevé) mais  
reste néanmoins plus rapide, soutenue par la vigueur de la  
demande interne. Les transferts nets (aide internationale et, surtout,  
envois de fonds de la diaspora) sont le deuxième contributeur clé de  
l’excédent courant ; ils restent solides malgré leur lente baisse  
structurelle depuis quelques années, représentant 3,6% du PIB en  
La position de liquidité externe s’est également améliorée, mais elle  
reste fragile : les réserves de change ont plus que doublé depuis  
2012, atteignant USD 55 mds fin 2018, mais ne couvrent toujours  
pas plus de trois mois d’importations de biens et services. Elles ne  
constituent donc pas un matelas confortable de protection contre les  
chocs externes. Elles devraient néanmoins continuer à augmenter  
en 2019-2020.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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